2nd texte : Psaume 90/1-4, 11-17

 

PREDICATION :

Evangile de Jean 15/4-5, 8-16

Bien-aimés de Dieu,

Un résultat durable, nous dit le Psaume.

Des fruits durables, nous dit le Christ.

Evangile de Jean : « C’est moi qui vous ai choisis ; je vous ai chargés d’aller, de porter des fruits et des fruits durables. »

Durables.

Depuis longtemps la Bible, l’Evangile, nous parlent de durabilité. Et vous savez combien cette dernière année j’ai eu l’occasion de l’étudier, d’y réfléchir, d’explorer comment elle peut s’intégrer à toutes nos organisations, institutions, entreprises, orienter les stratégies, inspirer les prises de décisions et les bons gestes.

Des fruits durables.

Quand Jésus en parle, il fait précéder cette expression de trois autres.

D’abord, « ce n’est pas vous qui m’avez choisi », la foi, l’attachement au Christ, ne résulte pas de notre propre initiative. Nous n’avons rien fait pour être chrétiens. Et bien nous comporter ne fait pas de nous, de fait, des chrétiens.

Ensuite, « c’est moi qui vous ai choisis », c’est ce que l’on appelle l’élection. Nous sommes croyants uniquement parce que le Christ est venu à notre rencontre, nous a reconnus, interpellés et appelés.

Nous ne sommes pas à l’origine, nous ne sommes que réponse. La foi est d’abord toujours reçue, ensuite nous la faisons nôtre.

Ainsi, s’il est sans doute vrai, comme l’écrivait Blaise Pascal, qu’il « y a un vide en forme de Dieu dans le cœur de chaque homme… », une intuition du divin, un désir de Dieu, c’est Jésus qui crée le lien et ouvre la voie pour que nous devenions des chrétiens.

De cette élection dépend et découle l’amitié dont il est question aux versets précédents. Avec cette arrière-fond de son autorité toujours présente, l’on sent dans la relation du Christ et de ses disciples cet échange et cette transparence, cette compréhension mutuelle, cette connaissance partagée, qui permet aux disciples de prendre de l’autonomie, de donner un sens à leur destin.

Enfin, « je vous ai établis ». Le lien du Christ envers ses disciples est un lien de confiance et d’amitié, mais où son autorité est toujours présente.

Et on le sent dans cette injonction : « je vous ai établis », elle sonne comme un impératif, c’est ce qu’on peut nommer la consécration, la légitimation, la mise en évidence d’une vocation, la reconnaissance d’une compétence, la désignation d’une tâche à accomplir.

Bien qu’elle ne soit pas mentionnée explicitement, juste peut-être avec le verbe « aller », l’on peut y voir la responsabilité et la tâche d’annoncer l’Evangile, de relayer le Christ, de lui succéder. Le Christ établit ici les disciples, il leur transmet le flambeau.

Et à ce moment des adieux, il dit en somme juste l’essentiel. A savoir que ce sont ceux qui restent qui sont les plus importants, et non celui qui part. Ce sont ceux qui restent, tous ceux qui restent et qui ont reçu l’appel, tous ceux qui ont été élus et qui ont répondu, tous ceux qui ont de sa part reçu le commandement d’amour et en sont devenus porteurs, tous ceux qui se sont vu confier par lui la responsabilité du message de l’Evangile.

Et dans ce « tous ceux » que j’énumère, je nous vois tous, tous les chrétiens, et non pas seulement ceux et celles qui bénéficient de qualifications particulières, théologiques par exemple, et ont revêtu un ministère.

Ainsi que nous tous en ce moment, les disciples se trouvent alors réunis autour de Jésus, assis, à l’écoute. Mais la suite des événements, ce que la communauté deviendra, dépend de ces deux mots : « aller » et « des fruits durables ».

Ce que le Christ veut, c’est que ses disciples se lèvent, s’engagent, pour le développement durable de l’Eglise et de l’humanité. Une certaine parenté avec des thèmes actuels, d’ordre économique, social et environnemental, n’est-ce pas ?

Une vision d’amour, un plan, la mise en œuvre des compétences et de l’imagination, des paroles et des gestes inspirés, les résultats. Jésus se comporte ici comme un vrai leader, un vrai manager, qui laisse à son équipe tout ce qu’il faut pour, sinon atteindre le succès, du moins obtenir des résultats. Et aujourd’hui, puisque nous sommes là, nous pouvons évaluer positivement ce résultat, nous avons nous-mêmes reçu l’Evangile, et à notre tour nous le transmettons.

En ce sens on voit que les disciples ont porté du fruit durable, c’est-à-dire au premier sens qui dure dans le temps, puisque nous sommes là, des siècles plus tard, chrétiens rassemblés. Un fruit durable ce sera, pour nous-mêmes et pour les générations futures, cette place à prendre dans le monde, avec ces valeurs fortes du respect, de la fidélité à la parole donnée, de la vérité, de l’engagement envers les plus démunis, de relations économiques plus équitables.

Etre chrétien en effet ne dispense pas d’être humain. Et l’Evangile se lit, s’annonce et se pratique aussi dans la préservation de la création, dans tout geste de protection envers cette maison qu’est notre planète.

Les enjeux sont tels pour notre destinée et celle de tous les humains, que nous ne pouvons que rejoindre, et nous associer à, cette vocation essentielle de durabilité qui est maintenant, impérativement, celle de tous les humains. Mais la différence, c’est que nous nous y engageons avec des points de repère clairs, une conviction forte, un amour éternel chevillé au cœur et au corps.

Car si l’Evangile nous y conduit, à cette vocation et à cet engagement partagé, il ne s’y réduit pas.

J’en viens ainsi aux fruits durables qui sont spécifiquement ceux de la foi. A savoir la durabilité de la foi elle-même. Et comment nous y prendre pour que notre foi reste vivante, et pour persévérer dans la foi.

En nous souvenant que ce chapitre de l’Evangile s’est ouvert sur la mention de la vigne, inspirons-nous en pour dire d’abord que le fruit (au singulier) n’est pas une production individuelle. La vigne est un collectif portée et dirigée vers un même but.

Oui, la logique est tout entière communautaire. Le fruit n’est pas le résultat du travail de chacun, il est le résultat du développement et de la disponibilité de l’ensemble. Pour que « ça marche », la relation de la vigne et du vigneron doit rester vivante, d’où les mentions de la fidélité dans l’enseignement et de l’assiduité dans la prière.

Pour que notre foi soit forte, pour que l’Eglise puisse choisir et assumer ses priorités, témoigner de façon intelligente, intelligible et joyeuse de l’amour de Dieu pour tous les humains, je vois trois conditions, extrêmement concrètes.

La première, c’est l’entretien soigneux et permanent d’un lien communautaire. Dans le texte, ce sont tous les versets sur l’amour mutuel, sur le dévouement les uns vis-à-vis des autres.

En pratique cela signifie le respect de l’engagement d’autrui, la critique uniquement constructive et la prière les uns pour les autres.

La deuxième condition, c’est l’entretien soigneux et permanent d’un esprit de prière. Dans le texte, ce sont toutes les exhortations à demeurer unis à Jésus-Christ, à parler à Dieu de nos besoins, à lui adresser nos demandes.

En pratique, cela pourrait signifier qu’à chaque rencontre, un temps significatif soit consacré à un recueillement digne de ce nom, à une prière qui s’en remet consciemment à la direction de Dieu pour ce qui va se discuter, se préparer ou se décider.

La troisième condition, c’est l’entretien soigneux et permanent d’un attachement à la Bible. Dans le texte, ce sont toutes les invitations pressantes à être fidèles à son enseignement, à obéir à ses commandements.

En pratique, cela pourrait signifier qu’à chaque occasion de rencontre dans la vie paroissiale ou régionale, de façon consciente, intelligente et ouverte, l’on ait recours à la parole biblique pour être orientés et renouvelés dans la foi.

Ainsi,

avec l’entretien d’un lien communautaire,

avec l’entretien d’un esprit de prière,

avec l’entretien d’un attachement à la Bible,

notre foi sera durable !

Qu’il nous bénisse tous.

                                                             Amen.

DEO GRATIAS