Introduction

Représentation de Dieu

Qui est Dieu ?

Il y a quelques semaines, le sommet convoqué par le pape François, la sortie simultanée du film « Grâce à Dieu » et du livre Sodoma ont ébranlé la confiance en l’Eglise catholique, et l’onde de choc ébranle aussi les autres églises. « Papa, tu crois encore en Dieu ? » demande le fils à son père victime d’un prêtre prédophile.

Qui est Dieu ?

Notre représentation assez naturelle et spontanée va vers l’idée d’un Dieu tout puissant, qui exige obéissance et pureté, qui dirige le monde. Et tôt ou tard vient la question : si Dieu est tout-puissant, pourquoi ne prévient-il pas le mal ? Et s’il ne le fait, est-ce parce qu’il a un plan secret, parce qu’il ne veut pas, ou parce qu’il ne peut pas ?

Comment un enfant qui a été abusé par un prêtre, (qu’il appelait « mon père ») peut-il prier Dieu comme son Père céleste ?

Qui est Dieu ?

Notre parabole du fils prodigue, que l’on intitule aussi du père prodigue, que nous dit-elle de Dieu ? Selon l’Evangile de Luc, Jésus la raconte pour répondre aux scribes et aux pharisiens qui murmuraient parce qu’il accueillait des gens de mauvaise vie. Est-ce que l’on peut être fidèle à Dieu si l’on a des relations avec des gens de mauvaise vie ? Jésus raconte trois paraboles en réponse à cette critique : celle de la brebis perdue, celle de la drachme perdue, et celle du fils prodigue. Chacune souligne la joie de retrouver ce qui était perdu.

Dieu est donc comme un père qui se réjouit de retrouver son fils qui était perdu !

La parabole du Père et des deux fils nous touche puissamment

Nous avons une expérience de fils

Pour nous aider à connaître Dieu, Jésus raconte cette parabole d’un père qui a deux fils. Elle nous parle puissamment. Parce que nous avons tous une expérience d’avoir un père, même si nous ne le connaissons pas. Et nous avons peut-être en plus une expérience d’être père, ou mère.

Dignité d’être fils

Cett parabole nous parle puissamment, car nous avons tous eu, comme le fils cadet, à un moment ou à un autre l’expérience du sentiment de culpabilité. Le sentiment d’avoir déçu notre père, de n’être pas à la hauteur de ses attentes.

Comparaison et sentiment d’injustice

Cette parabole nous parle puissamment, car nous avons tous, comme le fils aîné, expérimenté la loi du donnant-donnant, ou de la réciprocité.

Cette parabole nous parle puissammant, car nous avons peut-être, comme le père, souffert de voir notre enfant s’éloigner de nous, ou nos enfants se jalouser ou se détester.

Cela nous parle peut-être trop fort,

La comparaison avec un père et ses deux fils nous parle à coup sûr. Tellement que notre expérience est un filtre à travers lequel nous voyons Dieu le père. L’image du père et des deux fils soulève en nous tellement de poussières d’expériences que notre vision de Dieu peut en être brouillée et teintée.

Evangéliser notre image de Dieu

Un des messages possibles de cette parabole est que nous avons à nous distancer de l’image du père issue de notre enfance, à enlever ce filtre, pour accéder à une compréhension plus juste du Dieu de l’univers.

La psychothérapie nous aidera à voir de quoi est fait notre filtre ;

la théologie nous aidera à comprendre qui est Dieu, selon la parabole de Jésus.

La pointe de la parabole

Plusieurs interprétations possibles

Qui est Dieu ? Que peut nous apprendre cette parabole ?

Une ligne d’interprétation consiste à repérer la pointe de la parabole, ce qu’elle a de surprenant, et de trouver là le message à retenir. C’est plus ou moins dans cette ligne que je vais me situer.

L’amour de la vie plutôt que le donnant-donnant

A mon sens, la pointe de la parabole c’est que le père de la parabole ne se situe pas dans le donnant-donnant, ni dans la toute puissance, mais dans l’amour et la célébration de la vie.

Lorsque le cadet veut partir, coupe les ponts, et dilapide son héritage, le père lui donne sa part et le laisse partir. Et il reste impuissant, sans nouvelles, guettant son retour.

Et lorsque le cadet s’agenouille, honteux d’avoir rompu le donnant-donnant, en disant « je ne suis plus digne d’être appelé ton fils », le père ne l’écoute pas, se réjouit de son retour et ordonne la fête de l’amour.

Lorsque l’aîné se met en colère et refuse d’entrer dans la fête, parce qu’il est lui aussi dans le donnant-donnant et qu’il trouve que les comptes ne sont pas bons, le père ne peut que l’inviter à célébrer l’amour et la vie. Il ne peut le forcer. L’aîné entrera-t-il ?

La pointe de la parabole, pour moi c’est que le père, qui représente Dieu, n’est pas le Dieu tout-puissant qui pratique le donnant-donnant mais le Dieu d’amour qui célèbre la vie.

Liens entre la réflexion systématique de Oord et la parabole

Pendant mes vacances, j’ai lu un ouvrage d’un théologien américain, Thomas Jay OORD, intitulé « God can’t » Dieu ne peut pas.

Dieu ne peut, à lui seul, prévenir le mal

A la question lancinante « si Dieu est tout-puissant, pourquoi ne prévient-il pas le mal ? », Oord répond : Dieu est amour, et parce qu’il est amour, il ne peut pas contraindre les gens. L’amour, par définition, ne contrôle pas.

Dieu ne pouvait-il pas éviter qu’un pédophile, fût-il prêtre ou laïque, abuse d’un enfant ? Sa réponse est que non, Dieu ne peut pas, à lui seul, prévenir le mal. Parce que Dieu est amour, et que l’amour ne contrôle pas les êtres. (Je reviendrai sur ce « à lui seul »…) God can’t p 17

C’est ce que met en scène la parabole avec le père et le cadet. Si le père représente le Dieu tout-puissant, qui sait tout, qui connaît l’avenir, pourquoi n’empêche-t-il pas le cadet de partir, de dilapider l’héritage, de se souiller, et de connaître la faim et la honte, au point de dire «  je ne mérite plus d’être appelé ton fils » ? Parce qu’il n’est pas tout-puissant, il est amour, et l’amour ne contrôle pas.

Dieu ne peut pas, à lui seul, prévenir le mal.

Dieu d’amour qui ne peut contraindre

« Dieu est amour. » C’est ce qu’affirme l’épître de Jean. (1 Jean 4, 8.16)

C’est aussi dans cette direction que nous conduit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Colossiens :

Col 3, 12ss   « Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de sentiments de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez –vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez –vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez–vous aussi. Mais par–dessus toutes ces choses revêtez–vous de l’amour, qui est le lien de la perfection. »

Dieu est amour, et l’amour ne contrôle pas.

Dieu éprouve notre souffrance

Une autre affirmation forte de Thomas Jay Oord est que Dieu ressent notre souffrance. J’ai des réserves concernant notre anthropomorphisme, c’est à dire notre manière de penser Dieu comme s’il était un homme. Mais l’interprétation de la parabole colle avec cette affirmation que Dieu ressent notre souffrance. Au verset 20, Jésus dit :

« Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le l’embrassa ». (luc 15, 20). Si Dieu est comme ce père de la parabole, il est impuissant, il ne contrôle pas, mais il n’est pas indifférent : il ressent notre souffrance.

De nombreux autres textes bibliques parlent de Dieu ému jusque dans ses entrailles.

Dieu ressent notre souffrance.

Dieu fait sortir le bien du mal

Je ne vais pas citer toutes les affirmations de Thomas Jay Oord, faute de temps, mais une autre est que Dieu fait sortir le bien du mal.

Dieu fait sortir le bien du mal.

Dieu ne peut pas à lui seul prévenir le mal, mais il ressent notre souffrance, et il fait sortir le bien du mal. God can’t p 109 ss

Cette affirmation est aussi en cohérence avec notre parabole. Lorsque le fils revient, misérable, vers son père, et qu’il s’humilie dans sa honte, le père répond par la célébration de la vie (luc 15, v 22-24)

« …le père dit à ses serviteurs: Apportez vite la plus belle robe, et revêtez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ;

car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. »

Ce Dieu – père n’est ni dans le donnant-donnant, ni dans la justice, ni dans la punition, ni dans l’humiliation, il est uniquement dans l’amour. Il célèbre le retour à la vie de celui qui était mort.

Dieu fait sortir le bien du mal.

Il en va de même lorsque le père répond au fils aîné. Ce fils est en colère, il a un sentiment d’injustice. Il se compare avec son frère, et s’estime victime d’injustice. Le père lui dit « tout ce qui est à moi est à toi » A la colère et au discours de victime de l’aîné, il répond par une célébration de la vie. Il l’invite à se réjouir de la vie qui l’a emporté sur la mort

Dieu fait sortir le bien du mal.

Deutéronome

Le Dieu de l’Ancien testament est déjà décrit comme un Dieu d’amour, mais il semble parfois que son amour est conditionnel, dans le donnant-donnant. C’est ce que nous avons entendu dans le livre du Deutéronome.

Deut 30, 15   « Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Eternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, (…) afin que tu vives et que l’Eternel, ton Dieu, te bénisse (…). 17 Mais si (…) tu n’obéis pas, (…), je vous déclare aujourd’hui que vous périrez(…). »

Je disais que notre vision de Dieu comme tout-puissant et exigeant nous vient naturellement… Je crois qu’elle est venue naturellement à nos ancêtres, la Bible en est le reflet.

Mais déjà, nous entendons la prédominance de l’amour : « choisis la vie, afin que tu vives ».

Dieu a besoin de notre coopération

Une autre affirmation de Thomas Jay Oord, est que Dieu a besoin de notre coopération. P 141 de God can’t

Je disais tout à l’heure que Dieu ne peut pas à lui seul prévenir le mal. En effet, si l’amour par définition ne peut pas contrôler les êtres, Dieu a besoin de la coopération de ses créatures pour que la vie et l’amour grandissent.

Non seulement les créatures peuvent coopérer avec Dieu pour l’amour et la vie, mais Dieu a besoin de notre coopération. Il ne peut pas atteindre son objectif d’amour sans nous. Et quand je dis « nous » c’est toutes les créatures, pas seulement les chrétiens.

Dieu nous invite à entrer ici et maintenant dans un amour qui ne contrôle pas, un amour généreux, libérateur, qui rend les autres autonomes. C’est ainsi que Dieu aime sa création. Le Dieu dont l’amour ne contrôle pas les êtres, a besoin de nous pour que son amour fleurisse.

Sur ce point encore, me semble-t-il, la parabole corrobore cette compréhension de Dieu : elle se termine sur l’appel à coopérer avec l’amour du Père.

Le père ne peut rien faire d’autre que le prier d’entrer pour fêter le retour à la vie de son frère. Le choix de l’aîné lui appartient, …

comme il nous appartient à nous tous.

Conclusion

Qui est Dieu ? disais-je en commençant ?

Je crois que Dieu n’est pas le Dieu tout-puissant qui pratique le donnant-donnant mais le Dieu d’amour qui célèbre la vie, et qui a besoin de nous pour cela.

 Amen.