Orgue –

Invocation –

Seigneur, nous venons à ta rencontre.

Que ton Esprit ouvre nos cœurs pour être réceptifs à ta grâce

Qu’avec le Christ vivant, ta parole chemine en nous et porte nos pas.

Amen

 

Thème du culte ?

  • Prédication. C’est quoi la prédication ?
  • A quel moment débute la prédication ?
  • Ou qu’est-ce que vous repérer qui est de l’ordre de la prédication ?
  • Pas question piège… mais ouverture et éveil de nos sens.

 

Psaume 137

Orgue

Psaume 137 version Christian Vez

Lorsqu’il n’est plus possible de chanter

Assis, perdus, détruits, en pleurs, nous nous souvenons de la vie des temps heureux avec notre Dieu.

Nous avons suspendu nos instruments de musique aux saules pleureurs.

Ceux qui nous ont conduits là de force nous réclament de mélodies entraînantes. Ils nous disent : « Allez ! chantez-nous un gospel qui donne de l’entrain ».

Comment pourrions-nous le faire alors que nous ne savons plus où nous en sommes ?

Si je t’oublie, ma patrie spirituelle, alors que j’oublie aussi tout le reste !

Que je devienne muet si je t’efface de mes pensées, si je ne te fais plus passer avant tout le reste.

N’oublie pas, mon Dieu, ceux qui ont essayé de détruire tout ce que nous avons construit avec toi.

Mais éliminer autrui, c’est se mettre en posture d’être éliminé à son tour. Comment ne pas nous réjouir de la destruction future de ce qui nous a détruits ?

Car la loi du plus fort finit par avoir raison des fruits qu’elle a elle-même engendrés.

Heureux qui en fera table rase !

Orgue

 

La ré-écriture du psaume 137 n’est-elle déjà pas prédication ? Pour moi oui, c’est une actualisation…

Ps 137 : cri de détresse, silence dans la souffrance, sous la persécution et la destruction.

Et nous pensons à tant de personnes qui souffrent de violence, de dénigrement, de discrimination.

Psaume crie l’absence de Dieu et rêve de vengeance, de destruction de l’oppresseur.

Plainte au cœur du non-sens et de la souffrance. Plainte adressée à Dieu.

En creux, il y a le souvenir de la présence de Dieu et de la vie dans la foi. Mais cela semble un lointain révolu.

Et pourtant, comme l’a montré le Christ, même dans le silence de la mort, la présence de Dieu nous rejoint et ouvre à la vie. Même là où la prédication semble muette, le message de l’Evangile est à l’œuvre.

 

Lectures :

  • Esaïe 63, 15 – 17 + orgue
  • Épître aux Éphésiens 5, 1 – 20 + orgue
  • Évangile selon Matthieu 7, 1 – 5 + orgue

 

cantique… Alleluia 46-07 qui entre en harmonique

46-07. Que notre amour se montre

 

  1. Que notre amour se montre en vérité,
    Et plus encore en actes qu’en paroles,
    Ayant, Seigneur, ta charité
    Pour son modèle, et ta croix pour symbole.

 

  1. Heureux celui qui tourne ses regards
    Vers son prochain en s’oubliant soi-même !
    Il trouvera sa pleine part
    Dans le bonheur de ce frère qu’il aime.

 

  1. Il gagne en joie autant qu’il a donné,
    Ses soins, son temps, ses biens et sa personne.
    Comme un soleil, il doit brûler ;
    Il n’est plus rien si le feu n’en rayonne.

 

  1. Accorde-nous, Seigneur, un tel amour !
    Il vient de toi, c’est lui qui nous pardonne.
    S’il règne en nous, à notre tour
    Nous répandrons le bonheur qu’il nous donne.

 

Les paroles du cantique pourraient suffire. Tout y est dit ? C’est une forme de prédication

 

Anne-Lise nous joue encore le cantique et chacun-e peut relire les paroles pour soi, les méditer, les savourer

 

Vous avez eu déjà plusieurs prédications dans ce culte ! Je pourrais m’arrêter là.

 

En fait il y a deux sens pour le mot prédication :

  1. Sens spécifique lié à l’acte de prêcher.
  2. annonce de l’Evangile, contenu du message.

 

1 – Prédication : Sens spécifique lié à l’acte de prêcher. C’est formel et précis. Cela renvoie à l’art oratoire. C’est très protestant : attente d’un discours solide et bien envoyé, nourri d’un travail théologique. Oui l’étude, l’approfondissement, la recherche, tout cela est important.

Cependant le revers est de tomber dans le piège de la prestation : une assemblée qui consomme un discours. Si je force le trait, le risque est que le public attende ce qu’il aime, ce qui lui convient. Que reste-t-il de l’aiguillon de l’Evangile ? Est-ce juste pour le grand frisson ?

Cette compréhension formelle de la prédication a fortement influencé l’imaginaire collectif parmi les paroissiens réguliers, mais aussi à l’extérieur du cercle des habitués. La définition du culte se trouve alors liée à l’acte formel de la prédication : « Dimanche matin un pasteur déclame son prêche. » Comme si le culte se résumait à cela ! L’Eglise est alors mise dans une case précise et n’est pas censée en sortir. Une prédication n’est-elle pas au contraire destinée à sortir de l’église/L’Eglise, déjà à travers celle et ceux qui l’ont écoutée, et qui vont encore la méditer ?

 

2 – Nous y voilà au 2e sens de la prédication : annonce de l’Evangile, contenu du message. Cette annonce dépasse alors largement le mode du discours verbal.

Dans l’agencement des éléments du culte, il y a déjà message.

Le dialogue entre textes, prières, musique, silence, tout cela participe au message.

Comme une prédication infinie qui se déroule à travers plusieurs modes. Et parfois l’usage de l’image, de l’illustration, est un moyen qui enrichit encore l’annonce de l’Evangile.

Ainsi avec ce 2e sens, la prédication n’est pas seulement l’acte du prédicateur, mais celui de toute la communauté. Annoncer l’Evangile en acte et en paroles. La prédication nous met tous et toutes en chemin.

J’avais été frappé dans mes débuts comme pasteur de la remarque d’une personne à l’issue du culte. Elle me disait combien ce que j’avais dit l’avait touchée et nourrie. En l’écoutant, j’ai réalisé qu’elle se référait à quelque chose que je n’avais pas expressément dit du haut de la chaire. C’était beau de voir que la parole du Christ cheminait. Mes mots avaient ouvert une porte et la personne continuait la prédication, la faisait sienne et allait pouvoir partager cet essentiel de l’Evangile encore plus loin.

 

Ces deux définitions de prédication se tiennent ensemble, comme pile et face. Les deux ont leur importance.

 

C’est dans cette idée que la paroisse expérimente ce que nous avons nommé labo-cultes.

L’idée est de diversifier encore plus les styles de cultes car la proclamation de l’Evangile suit divers chemins : notre communauté paroissiale est ouverte à la diversité avec plusieurs ministres et leurs styles différents. Nous sentons l’assemblée ouverte à des déroulements atypiques selon ce que les officiants cherchent à souligner dans le message. Les marches méditatives d’une église à l’autre permettent de cheminer avec une parole. Les laïcs prennent part au culte (groupes de la paroisse, jeunes, musiciens, etc.). En encore les temps de méditation office Taizé ou Espace Souffle, ou la nouveauté avec ResPrier. Et la nouveauté que nous expérimentons avec les cultes parole et musique dans les villages des samedis soirs. Et j’en oublie et nous expérimenterons encore…

 

La prédication c’est l’annonce de l’Evangile, ce trésor à partager. Il y a plein de manière de le faire en paroles et en actes. Comme prédicateur, mon rôle a son importance, mais ce n’est qu’un moyen parmi d’autres pour diffuser ce trésor que Dieu nous confie.

 

C’est bien joli tout cela. Et vous vous demandez peut-être : ce pasteur va-t-il évoquer les textes lus ?

Même si je m’arrêtais là, la lectrice du jour ne les aura pas lus pour rien. Ces textes cheminent déjà en vous, la prédication est déjà à l’œuvre. Et comme pasteur, comme prédicateur, je n’aurai jamais la prétention de tout dire, d’épuiser ces textes. La prédication est infinie. Elle est toujours plus que les quelques mots du prêche.

 

Nous avons débuté par le psaume 137. Il a des harmoniques avec Esaïe 63, 15 – 17.

Se tourner vers le Dieu sauveur, appel à la grâce de Dieu. Rechercher amour de Dieu.

La plainte se transforme en cri vers Dieu : « Ne nous laisse pas tomber, souviens-toi de nous, que ton amour soit le plus fort ! » C’est la recherche du lien avec Dieu dans l’épreuve… le chemin s’ouvre. Il nous faut alors entretenir cette relation avec Dieu. Ainsi quand nous nous sentons perdus et seuls, nous aurons encore le réflexe de nous adresser à Dieu. La prédication nourrit cette relation avec Dieu.

 

Le texte de Matthieu sur la paille et la poutre se prêterait bien à un dessin tellement ce récit est imagé. Jésus nous donne des balises pour vivre, avec reconnaissance, de l’amour de Dieu pour nous. Ce n’est pas « que chacun s’occupe de ses oignons ». Non, la relation avec autrui est au centre, même s’il y a des choses qui dérangent, qui font mal, qui fâchent. Se souvenir de traiter d’abord sa propre poutre, permet d’avoir du tact, de la bienveillance et de l’amour en s’occupant de la paille chez les autres. Une manière de ne pas se laisser piéger dans l’escalade du jugement sur autrui.

 

Comme le dit l’Épître aux Éphésiens 5, 1 – 20, nous sommes appelés à prendre Jésus comme modèle. Ayant Seigneur, ta charité pour son modèle et ta croix pour symbole, dit le cantique.

Comme enfants que Dieu aime, nous sommes appelés à nous comporter en conséquence : vivez dans l’amour comme le Christ.

Et soudain la pente est glissante… Selon comment nous interprétons les actions immorales et mauvaises auxquelles cette lettre fait allusion, nous pourrions tomber vite dans le jugement. La balise de la paille et de la poutre est alors bien utile.

Nous pourrions nous plonger dans le contexte de l’époque pour essayer de bien prendre la mesure de ce qui se cache derrière les questions morales. Mais attention à ne pas télescoper les époques avec des enjeux différents.

Une manière de résumer l’interpellation de ce passage d’Ephésiens est la suivante : quand nous avons tendance à tout ramener à nous-même, nous nous éloignons de notre identité d’enfant de Dieu. Tout ramener à soi-même, comme prédateur, dans l’exploitation d’autrui, dans l’utilisation d’autrui. Cela touche toutes nos relations humaines, pas seulement dans la sexualité. Et nous pouvons élargir au monde, à la nature.

 

Vivez dans l’amour comme le Christ !

 

Alors résonne cette prière du cantique :

Accorde-nous, Seigneur, un tel amour !

Il vient de toi, c’est lui qui nous pardonne.

S’il règne en nous, à notre tour

Nous répandrons le bonheur qu’il nous donne.

 

Amen