Morges (culte de l’offrande et cène) 7 avril 2019
Scd texte : 1 Rois 17/1 à 16
 
PREDICATION :     Matthieu 15/32 à 39
Bien-aimés de Dieu,

Ont été dites ou écrites plein de belles et bonnes choses sur ce texte de la multiplication des pains et des poissons. Le fait que Jésus se préoccupe des besoins fondamentaux de l’être humain, et pas seulement de sa santé et de son développement spirituel. Le fait qu’il ordonne et organise le partage et la distribution. Le fait qu’il multiplie ce qui rassasie toute une communauté, et préfigure ainsi la cène, la communion, l’eucharistie.

Quant à moi, je me suis arrêté dans ma méditation et ma réflexion sur ces quelques mots : « Les disciples emportèrent sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient. » J’imagine ces corbeilles bien plus grandes que les paniers que nous utiliserons tout à l’heure pour recueillir l’offrande. Sept corbeilles pleines. Même quand il y a eu abondance et rassasiement, bien plus de gens auraient pu encore être nourris.

Je me suis ainsi intéressé aux « morceaux qui restaient ». Et ce n’est pas forcément la première idée qui vient au prédicateur ouvrant l’Evangile sur ce texte.

Et pour l’instant mes recherches m’ont seulement permis de constater que peu de commentateurs y prêtent réellement attention, et peut-être peu de prédicateurs également. Bon, je n’ai pas terminé mes vérifications sur les 20 derniers siècles, mais je serais heureux si vous me donniez un peu de temps pour ça !…

Les morceaux qui restaient. On nous dit qu’il y en a beaucoup, qu’ils sont emportés, mais on ne sait pas ce qu’ils deviennent. Assistons-nous ici à l’un des plus anciens exemples de gaspillage alimentaire ? Les restes seront-ils donnés aux démunis des environs, à l’exemple de La Halte ici à Morges ? Vont-ils servir pour les prochains pique-niques de Jésus et de toute son équipe ? Le texte biblique n’en dit rien. On peut tout supposer.

Il m’est alors venu l’idée de mettre en correspondance les morceaux qui restent et les offrandes.

Nous habitons un pays où bien sûr vivent aussi des personnes en situation financière précaire. Mais pour moi qui ai suffisamment pour vivre, et même plus, je peux donner au minimum ce qui ne m’est pas vraiment nécessaire, laisser aller dans l’offrande ce superflu. Je peux placer dans la corbeille ce morceau qui reste, celui que je ne consommerai pas, celui que je n’utiliserai pas, moi-même. Je fais le choix de le donner, le choix du partage.

Et comme d’autres, je confie ce morceau à la Paroisse, à la communauté, pour qu’elle le multiplie, le distribue, en fasse usage de la manière la plus appropriée, la plus adéquate, selon les besoins, pour qu’elle le distribue à d’autres. Comme je le dis souvent : pour ses projets, services, activités et engagements pour tous les âges, ici et au loin.

C’est bien d’ailleurs à la Paroisse, à la communauté, à l’Eglise, c’est-à-dire à nous tous, que revient cette tâche, de recueillir, puis de redistribuer. Dans le texte en effet, ce sont les disciples qui s’en chargent : « Les disciples emportèrent sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient. »

Quand je confie ainsi mon offrande, je lâche quelque chose. Je consens à ce que la somme, associée à d’autres, permette de réaliser de plus grandes choses que ce que j’aurais pu faire avec ma seule contribution. Confier l’offrande, c’est ouvrir la voie à une nouvelle multiplication, une nouvelle abondance, sans laquelle d’autres foules ne peuvent pas être nourries, sans laquelle le monde ne peut pas de notre part entendre l’Evangile, et ses paroles de paix et de réconciliation.

Sept corbeilles pleines. Même quand il y a eu abondance et rassasiement, il y en a encore pour beaucoup de gens.

C’est ainsi que tout à l’heure nous ferons notre offrande, après avoir reçu le pain de la parole et celui de la Cène. A son annonce, nous préparerons nos enveloppes. Deux officiants remonteront, depuis l’arrière de la Chapelle, chacun-e une allée avec un grand panier. Chaque rang fera converger les offrandes (enveloppes) qui seront déposées dans les paniers, puis les paniers seront portés jusque devant la table de communion.

Ce geste signifiera aussi ne pas nous confiner à apporter notre offrande individuelle, mais à nous confier nos offrandes les uns aux autres, pour qu’elles se rassemblent, symboles et moyens de notre solidarité, de notre soutien, de notre ouverture, à ceux et celles qui vont bénéficier de ces offrandes, par les projets, services, activités et engagements de notre Paroisse. Ainsi sont valorisées à la fois l’offrande personnelle et l’offrande communautaire, offrande qui est aussi ce lien de confiance les uns en les autres.

Bien sûr, jusqu’à présent, j’ai parlé de don d’argent. C’est le premier sens auquel nous pensons sous ce mot d’offrande.

Le texte de l’Evangile quant à lui nous parle de nourriture.

Dans un premier temps, nous en sommes aux besoins de base, à ce qui a trait à l’immédiat de la survie, à la nécessité du corps.

Mais de quoi avons-nous besoin encore pour vivre, si ce n’est d’être aimés, en relation, écoutés, compris, accompagnés ?

Pour cela, il faut du temps, de l’espace, de la disponibilité intérieure, de l’empathie, de la réflexion, de la délicatesse, de la tendresse, qui sont des qualités, des compétences si nécessaires à la relation, à la vie spirituelle, à l’encouragement, à l’édification.

Ailleurs dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul exhorte : « offrez vos corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », ou dans une version plus moderne : « je vous demande de vous offrir vous-mêmes comme un sacrifice vivant, réservé à Dieu et qui lui est agréable. »

Il ne s’agit pas bien sûr de s’oublier soi-même, de s’écraser devant les autres afin de les valoriser et les mettre en avant. Il s’agit de ce que l’on pourrait nommer consécration, attention soutenue, générosité dans le partage de ses dons, de sa présence, tel que je l’ai mentionné à l’instant : temps, espace, disponibilité, empathie…

Les morceaux qui restent, ce sont nous qui les recueillons, les portons, les offrons. Nous nous les offrons les uns aux autres et au monde, au gré de notre service, de notre vocation, de nos engagements.

Je pense bien sûr à toutes les responsabilités et les fonctions que nous pouvons être appelés à assurer en Eglise, mais aussi à ces gestes, à ces paroles, à ces initiatives au quotidien envers nos semblables.

Les deux formes d’offrande, celle de nos biens, celle de notre temps et de nos compétences, ne sont pas opposées, ne sont pas incompatibles, elles sont même complémentaires. Elles se nourrissent et se stimulent l’une l’autre.

Et cette vision permet aussi d’avoir une conviction claire sur la place de l’argent dans notre vie et dans l’Eglise : un moyen, orienté vers le service, au service de la vie, au service de tous.

Amen.

DEO GRATIAS

Michel Muller pasteur