« Soyons comme l’oiseau, posé pour un instant
Sur des rameaux trop frêles,
Qui sent ployer la branche et qui chante pourtant
Sachant qu’il a des ailes. »
(Victor Hugo, Chants du crépuscule, 33)
 
Je vous l’accorde : le style de ce quatrain sent son XIXe siècle, où je l’ai cueilli à votre intention. Mais, outre le fait que je le trouve bien tourné, il me paraît aussi exprimer une vérité de tous les temps, et donc terriblement actuelle.
C’est clair, nous avons besoin d’une branche sur laquelle nous percher. Pour notre sécurité, informer de notre présence et y construire notre nid. On peut penser à une bonne santé, une formation sérieuse, une situation enviable, une famille chaleureuse et, si possible, une intelligence brillante et un physique avantageux. Mais lorsque survient tel coup de vent imprévu, serait-ce sous la forme d’un invisible et néanmoins pernicieux virus, et que cette branche ploie comme un « frêle rameau » ?
Chantez ! … C’est vite dit. Peut-on décemment conseiller de chanter à quelqu’un dont la santé chancelle ou qui est en train de perdre son emploi ? Une telle invitation pourrait paraître de pur cynisme. Mais que dit vraiment le poète ? Chantons ! … Ce qui laisse entendre qu’il a – peu ou prou – éprouvé en lui-même les fragilités de la vie humaine. Et si nous connaissions les circonstances ayant entouré la composition du poème, peut-être réaliserions-nous que les conditions de vie de l’époque pouvaient aussi être très dures.
Alors, comment peut-on continuer à chanter malgré tout ? Tout se passe comme si notre auteur avait expérimenté la force et la consolation émanant des promesses d’un Dieu infiniment bienveillant et compatissant et invite son lecteur à suivre son exemple. En d’autres termes, il n’aurait rien fait d’autre que de mettre en œuvre la première des vertus théologales, selon la classification de saint Paul : la foi. D’après celui-ci, cette foi-confiance libère et élève l’être humain beaucoup plus sûrement que tous les soucis qu’il pourrait se faire.
La question est : Est-ce toujours valable en notre XXIe siècle ? A chacun-e d’apporter sa réponse.
Avec mes vœux les meilleurs pour chacun-e de vous : en ce temps où nous rappelons l’événement de la Pentecôte, que la colombe de l’Esprit vous égaie par son chant et son vol libres et légers !
 

Jacques-André Henry, président du Conseil paroissial