Message

Textes bibliques: Marc 10, 13-16 puis 17-27

Citations tirées du livre « La nuit de feu » d’Eric-Emmanuel Schmitt.

 

Trois textes vont donc nous accompagner ce matin pour notre réflexion.

Celui d’une expérience spirituelle forte évoquée par l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt et ces deux rencontres racontées par l’évangéliste Marc de Jésus avec les enfants puis avec l’homme riche.

 

Quels liens peut-on découvrir entre ces trois rencontres?

Quatre thèmes sont venus me rejoindre: l’envie de comprendre, le lâcher-prise, la confiance et l’amour.

 

Premièrement, l’envie de comprendre.

Je ne sais pas si c’est déjà le cas pour Léane et Adrien mais certainement que Nathan a déjà passé par cette période de la vie. Entre 3 et 5 ans, vous le savez bien, un enfant ne cesse de demander « pourquoi ». Des questions qui alors nous interpellent, nous réjouissent mais aussi nous désarçonnent, voir finissent parfois un peu par nous agacer.

Et pourtant Jésus nous invite à être comme des enfants, donc à inlassablement oser demander, même à Dieu, « Mais pourquoi? »

La rencontre entre l’homme riche et Jésus commence elle aussi par une question. Une question à laquelle, Jésus répond avec patience. Une question profonde, existentielle, difficile: « Que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle? »

Jésus prend alors le temps d’une longue explication sur les commandements. Mais dans le cœur et dans les propos de l’homme on sent bien qu’il y a un « oui, mais » comme un enfant dont les pourquoi parfois s’enchaînent.

Et là encore, Jésus loin de s’en offenser, le regarde avec amour. Visiblement il accueille avec amour le questionnement de cet homme.

Dans son livre, où il raconte cette expérience mystérieuse dans le désert, Eric-Emmanuel Schmitt évoque d’abord longuement le chemin qui l’a conduit à la vivre. Il parle notamment des réflexions spirituelles qu’il partage avec certains membres du groupe avec lequel il marche. Des questions sur le sens de la vie, sur l’au-delà, sur Dieu qui bousculent les uns et les autres, entraînent des complicités comme des éloignements.

Ces questions partagées dans un lieu où l’on ne peut y échapper entrainent visiblement l’auteur sur un chemin de remise en question et d’ouverture. Et peut-être que ces questions sont une sorte de préparation pour s’ouvrir et accueillir l’inattendu.

Osons donc, comme les enfants, comme cet homme riche, comme Eric-Emmanuel Schmitt, nous laisser interpeller jusque dans nos profondes certitudes, même spirituelles.

 

Deuxièmement: le lâcher-prise

Le désert, la solitude, le manque de repères, la peur visiblement tout cela ouvre à l’intérieur même du voyageur un espace pour accueillir une autre dimension, plus grande et plus profonde. Cela crée un vide, certes parfois difficile à vivre, mais ouvrant aussi sur d’autres horizons.

C’est, je le crois, ce que vivent, sans en avoir pleinement conscience, les enfants. En effet, ils n’ont pas encore en eux autant de soucis, de projets ou de contraintes positives ou négatives que nous. Et cela leur donne un espace plus large pour accueillir toutes les émotions du quotidien. Des émotions qu’ils vivent bien plus intensément que nous, les adultes.

Quand Jésus invite l’homme riche à vendre tout ce qu’il a et à le donner, je crois que à cette même démarche de lâcher-prise à laquelle il l’invite. En d’autres mots, c’est une invitation à faire du vide dans son quotidien, à lâcher ce qui prend tellement de place dans sa vie. Et ce qui prend autant de place ce n’est pas seulement sa richesse mais aussi visiblement son besoin de tout maîtriser dans sa vie, notamment à travers le respect des commandements. En effet, même la vie éternelle, cet homme demande comment la recevoir, comment la posséder.

Alors Jésus lui propose, en quelques mots, une autre démarche: va, vends, donne, viens.  Va, vends, donne, viens… et suis-moi.

Ces mots nous pouvons les entendre pour nous aujourd’hui. Quand notre vie devient trop remplie au point de ne plus avoir de vide, Jésus nous remet en route vers l’essentiel par son invitation: suis-moi!

 

Troisièmement: la confiance

Il y a des moments forts dans la vie et cela en est un, quand un enfant, comme ça, spontanément, met sa main dans la nôtre.

Geste de confiance, de lien, d’amour.

Et à nouveau en donnant les enfants en exemple, j’entends une invitation de Jésus à mettre notre main dans celle de Dieu avec la même magnifique confiance.

«  »Confiance » me souffle la force » écrit Eric-Emmanuel Schmitt au coeur de sa nuit en solitaire. Et il ajoute juste après: « Je souris au cadeau que je viens de recevoir: la foi. »

A la suite de sa rencontre avec l’homme riche, quand Jésus en évoquant cette image étonnante d’un chameau essayant de passer par le trou d’une aiguille, c’est aussi à la confiance qu’il invite ses disciples. Face à leur étonnement il ajoute: « C’est impossible aux hommes, mais non à Dieu, car tout est possible à Dieu ».

Nous voilà donc bien invités par le Christ à mettre toute notre confiance en Dieu. Une confiance qui n’évite ni les difficultés, ni les souffrances ou les tristesses de la vie mais qui permet de ne jamais être seul pour les traverser. Et cela change tout!

 

Et dernièrement: l’amour

« Jésus ayant fixé son regard sur lui l’aima ». A celui qui le cherche, comme cet homme depuis sa jeunesse, Dieu à travers le Christ répond par son regard d’amour. Et je le crois, l’amour de Dieu est premier, sans jugement et inconditionnel.

C’est bien ce que signifie le geste du baptême. Il dit ce regard de Dieu rempli d’amour avant même que nous n’en ayons conscience.

Jésus invite ainsi l’homme riche à dépasser sa relation légaliste avec Dieu pour vivre une relation d’amour. Entre lui et Dieu, il ne devrait plus être question ni de lois à suivre, ni d’argent à amasser, ni même de vie éternelle à gagner mais d’une relation où l’amour est au centre. Comme c’est libérateur!

Je cite encore Eric-Emmanuel Schmitt dans la description de son intense nuit: « Dieu, je l’ai atteint par le cœur. Ou il a atteint mon cœur. Là, en moi, s’est creusé un corridor entre deux mondes, le nôtre et le sien. J’ai la clé, le chemin. Nous ne nous quitterons plus. Quel bonheur qu’il existe! »

Invitation une fois encore à rassembler aux enfants devant un tel émerveillement! J’ai encore en moi ces paroles d’un petit garçon de 5 ans qui souhaitait être baptisé. Quand je lui demandais pourquoi, il me répondit sans le moindre doute et avec un immense sourire: « Parce que Dieu m’aime! »

« Parce que Dieu m’aime! » que nous ne cessions jamais de nous émerveiller de cet amour, comme ce petit garçon.

 

En conclusion, j’aimerai vous partager encore l’image que l’écrivaine Marion Muller-Colard utilise pour parler de cette rencontre entre Jésus et l’homme riche. Elle explique que c’est comme lorsque l’on est perdu dans une région inconnue et que l’on s’accroche à nos cartes, à nos plans ou à notre smartphone pour trouver la direction à prendre alors qu’il suffirait de s’arrêter quelque instant pour demander à une personne du coin de nous indiquer le chemin, puis de lui faire pleinement confiance en laissant de côté tout notre matériel faussement rassurant.

Invitation donc à mettre de côté notre besoin de tout contrôler pour nous laisser guider par le regard d’amour que Jésus pose sur chacun de nous.

 

4 thèmes évoqués ce matin: l’envie de comprendre, le lâcher-prise, la confiance et l’amour.

En paraphrasant l’apôtre Paul, je dirai que tous les 4 sont importants mais que le plus grand est bien l’amour.  Amen