Jour de Noël

PREDICATION 1 :             Esaïe 9/1 à 6

Bien-aimés de Dieu,

Avec les premiers mots d’Esaïe s’expriment aussitôt des sentiments de reconnaissance pour l’intervention du Seigneur : joie, allégresse, alors que vient la lumière.

Nous nous joignons à cette reconnaissance, au moment de célébrer Noël, car nous identifions en celui qui vient au monde, celui qui nous éclaire et donne sens à notre vie.

Le prophète évoque ensuite le peuple qui marche dans la nuit, ceux qui vivent au pays des ténèbres. Il ne nous en faut pas plus pour penser aux moments difficiles traversés au cours de cette année, en tant que personne ou groupe de personnes.

Au gré de la maladie, de relations tendues, de situations compliquées en famille ou au travail, nous avons connu doute, révolte et découragement. Les forces physiques, morales et spirituelles s’en sont ressenties.

Dans ces moments-là, nous peinons à croire à la lumière, à conserver l’espérance. Et nous avons besoin aujourd’hui de sérénité, de chaleur, de tendresse.

Le peuple qui marche dans la nuit nous renvoie aussi à l’état de notre monde, et à toutes les situations conflictuelles dans de nombreuses régions. Du reste, Esaïe se fait très explicite : le joug de l’oppression. La barre qui écrase les épaules. Le gourdin avec lequel on frappe. La botte ennemie martelant le sol. Le manteau roulé taché de sang.

Cependant, ces images guerrières traduisent une vraie réalité douloureuse, une situation difficile du peuple hébreu alors envahi et dominé par une puissance étrangère. Ainsi nous est renvoyée l’image du contexte dans lequel se trouve le prophète Esaïe, lorsqu’il annonce l’espérance d’un monde nouveau, lorsqu’il affirme sa conviction d’une intervention souveraine et décisive de Dieu pour soulager les souffrances de son peuple. Une intervention décisive et souveraine comprise aussi dans un sens universel : Dieu confessé comme celui qui se révèle Seigneur de tous les humains, maître du temps et de l’espace.

Oppression et domination. Violence et dévastation. Massacres et mort. Vraiment rude, ce vocabulaire, pour un matin de Noël. Comme vous, j’ai plutôt besoin d’entendre la Bible me parler de la tendresse de Dieu, de la lumière et de la paix.

Cependant, je ne peux prendre la tendresse sans garder la conscience de la haine, la lumière sans conscience de l’obscurité, la justice sans l’injustice, la paix sans la réalité de la violence et du conflit. La bonne nouvelle, c’est à travers les circonstances difficiles, douloureuses, qu’elle me parvient.

Voici donc à méditer un texte de l’Ancien Testament. Un passage habité de la conviction, des traditions et de l’identité du peuple juif. Comme juif, Esaïe nous redit la place que pense occuper son peuple parmi toutes les autres nations. Le peuple juif comme récipiendaire privilégié de l’interpellation de Dieu adressée aux humains, comme relais de cette interpellation auprès de tous les peuples. Une vision pas exempte de revendication nationaliste, d’affirmation d’une véritable suprématie de ce peuple.

Mais au travers de cela, il nous dit aussi sa conviction que Dieu ne reste pas indifférent à la destinée de l’ensemble des humains. Il ne se résigne pas à la méchanceté, à la violence et à la mort. Il agit et intervient en donnant un nouveau roi à son peuple. Il l’établit comme un signe de sa présence au milieu de son peuple et vis-à-vis de tous les humains.

Esaïe concentre ainsi en quelques phrases sa conviction et son espérance, qu’il nous invite à faire nôtres. A travers les expressions guerrières qu’il utilise pour décrire la domination d’une puissance étrangère, pour rendre compte de l’agression militaire de l’époque, nous pouvons lire, comme je l’ai déjà dit, toutes les souffrances dont le monde est traversé, toutes les difficultés qui ont été les nôtres, tous ces derniers mois. En bref : l’obscurité.

C’est dans ce contexte-là que nous célébrons Noël, naissance attendue, espoir d’un monde nouveau, ouverture vers un changement. C’est dans cet état d’esprit-là que nous accueillons ce petit enfant nommé Jésus.

Esaïe ne se cache pas la réalité, celle de son peuple, celle du monde. Mais il a aussi le regard de la foi. Sa réalité, c’est celle de l’écrasement de son peuple. Sa foi, c’est l’irruption, soudaine autant que décisive, du règne de Dieu, la reprise en mains par Dieu de la marche de l’histoire. Et il tient ensemble les deux, dans un équilibre toujours à rechercher. C’est l’équilibre même de notre vie.  

La lumière de Dieu révélée à Noël, c’est une manière de nous donner la force de tenir cet équilibre salutaire de la foi et de la réalité, la force de marcher et d’avancer, et enfin la confiance que ce Dieu dont nous parle la Bible n’est pas mort et n’a pas encore dit son dernier mot.

                                                             Amen.

 

PREDICATION 2 :             Luc 2/1 à 20

Un Noël après l’autre, il m’arrive de me demander quel est le personnage le plus important de ce récit. Bien sûr Jésus est au centre, mais tous les autres tiennent leur place, avec la diversité de leur statut, de leurs préoccupations, de leur compréhension des événements sur le moment, de leur foi.

Il m’arrive aussi de m’interroger auquel je me sens ressembler, à qui j’ai envie de m’identifier. Car je n’aborde pas Noël toujours de la même façon, parfois je me sens au cœur du sujet, et d’autres fois je me sens « déconnecté » de son sens profond relationnel, spirituel, ce sens qui donne des forces, de la motivation, l’envie de la rencontre et du partage.

En fait, je dois vous avouer quelque chose. Je n’aime pas Noël. J’aime l’Evangile, j’aime Jésus, je suis heureux de célébrer sa venue. Mais je n’aime pas l’ambiance de Noël, l’atmosphère frénétique et empreinte de mercantilisme qui nous entoure, l’étalage de bons sentiments, sans compter les guerres de tranchées familiales pour trouver la bonne date, la composition du menu et qui à table prendra place à côté de qui… Tout ce qui va à l’encontre de la simplicité et de la ferveur.

Dans cet état d’esprit, et à ce stade-là de mes réflexions, j’ai alors repris mes classiques et j’ai retraversé les textes fondateurs, en particulier celui de ce matin. Et je n’ai pas cherché à différencier la part de l’histoire et celle de la légende, la part du vrai et celle du merveilleux. J’ai juste essayé d’ajouter foi au texte tel qu’il est, aujourd’hui, dans les versions que nous avons reçues de la Tradition.

J’y redécouvre cette petite famille dans laquelle déjà il y a eu des tensions, et presque une rupture, lorsque Joseph constate que sa fiancée est enceinte, qu’il ne sait pas de qui, mais en tout cas pas de lui. Sur une intervention divine, il décide finalement de garder femme et enfant, et de les protéger.

La bonne nouvelle de Noël, les chants des anges et les étoiles, la vie fragile donnée, la paix, viennent au milieu de nos désaccords familiaux, de nos déchirures, de nos arrière-pensées, de ces réconciliations si fragiles.

Et cette petite famille, en plus, entreprend un voyage long et périlleux, surtout lorsque l’on pense à Marie dans la dernière partie de sa grossesse. Un voyage sous la contrainte d’une décision administrative qui les dépasse complètement, les oblige à ce trajet périlleux, surtout lorsque l’on pense à l’état des chemins, à ceux qui y traînent et pas toujours avec les meilleures intentions.

La bonne nouvelle de Noël, les chants des anges et les étoiles, la vie fragile donnée, la paix, viennent au milieu d’obligations légales et sociales, du manque de transparence dans les affaires, de la malhonnêteté et de la violence envers les plus faibles.

Enfin, une fois arrivée à destination, cette petite famille doit trouver un endroit où se poser et se reposer, dans la cohue et dans le bruit, dans la solitude et le stress, pour vivre l’un des moments les plus essentiels qui soient pour des parents : mettre au monde un enfant, l’accueillir, commencer à en prendre soin.

La bonne nouvelle de Noël, les chants des anges et les étoiles, la vie fragile donnée, la paix, viennent au milieu de la précarité, de la perte des points de repère, de l’indifférence de ceux et celles qui n’accordent aux autres aucune attention.

Mais pour qu’elle nous arrive, cette bonne nouvelle, il nous est indispensable de nous placer dans des dispositions favorables, de nous préparer, de rendre notre être intérieur réceptif, de faire silence, d’écouter, ainsi que nous le faisons ensemble aujourd’hui.

Et puis de repartir, comme les bergers, pour aller parler de ce qu’ils ont vu et entendu, pour témoigner de cette bonne nouvelle.

Oui, en fait, j’allais oublier de le dire : la bonne nouvelle de Noël, les chants des anges et les étoiles, la vie fragile donnée, la paix, viennent uniquement par nous ! Nous en sommes les messagers.

                                                             Amen.

DEO GRATIAS