Michel Muller pasteur – 2017
Morges et Echichens (cène) 10 décembre 2017
2ème dimanche de l’Avent
PREDICATION : Marc 1/1 à 8 Esaïe 40/9 à 17 2 Pierre 3/8 à 14
Bien-aimés de Dieu,
« Peuple de Jérusalem, … crie de toutes tes forces. Tu es chargé d’une bonne nouvelle… » Ce sont les mots du prophète Esaïe. Un peu plus tôt dans le même chapitre il écrit : « Rassurez Jérusalem, criez-lui qu’elle en a fini avec les travaux forcés… »
Quant à l’auteur de l’Evangile de Marc, il raconte à propos de Jean-Baptiste : « … tous les habitants de la région de Judée et de la ville de Jérusalem venaient à lui… » Ils reconnaissent leurs fautes et sont baptisés dans le Jourdain.
Jérusalem n’est pas qu’une ville. Elle est au centre de la foi de trois grandes religions monothéistes. Elle est de ce fait bien sûr aussi à l’origine de notre foi chrétienne protestante. Et bien évidemment, elle est au coeur de la conscience collective du peuple d’Israël, non seulement comme capitale, mais surtout comme lieu fort, privilégié, je dirais même revendiqué, de la présence de Dieu lui-même au milieu de son peuple.
Et c’est particulièrement vrai d’Esaïe, un prophète attaché à la cour du roi, qui souvent use d’un langage grandiloquent, d’un ton supérieur et d’un vocabulaire aux accents de puissance. Un Esaïe parfois suffisant quand il affirme la prétention universelle de la place et du rôle d’Israël par rapport aux autres nations. Et qu‘il place Dieu lui-même au centre et au service de cette vision. Qu’on en juge par exemple sur ce verset de notre extrait de ce matin : « Devant le Seigneur les nations ne comptent pas plus qu’une goutte d’eau qui tombe d’un seau, ou qu’un grain de sable dans le plateau d’une balance. Les populations lointaines ne pèsent pas plus qu’un peu de poussière. »
Hier comme aujourd’hui, Jérusalem et tout son enjeu géopolitique, économique et religieux, se situent ainsi en arrière-fond de notre méditation, de notre prière, de notre recherche du sens de ces textes fondateurs, de toute notre démarche spirituelle en somme.
Jérusalem en arrière-fond. Nous ne pouvons le nier en cette fin de semaine où nous avons vu et entendu la décision du président des Etats-Unis Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme la capitale d’Israël, en l’absence d’avancées significatives d’un processus de paix équitable pour toutes les parties dans cette région du Moyen Orient. Je ne commenterai pas plus que ça, tout en m’apercevant d’ailleurs que même dans cette dernière phrase, que j’ai voulu rédiger de la manière la plus neutre possible, certains mots pourraient susciter entre nous débat ou controverse.
Hier comme aujourd’hui, Jérusalem et tout son enjeu géopolitique, économique et religieux, se situent ainsi en arrière-fond de notre méditation, de notre
prière, de notre recherche du sens de ces textes fondateurs, de toute notre démarche spirituelle en somme.
Jérusalem figure, représente, hier comme aujourd’hui, ces réalités douloureuses, cruelles, préoccupantes, tristes, qui nous rejoignent, habitent notre corps et notre esprit. Des réalités qui appartiennent à ce contexte plus général de notre vie, ou alors à des circonstances, à des relations, à des événements, à des émotions personnelles. Et avec toutes ces réalités, dans lesquelles nous nous sentons parfois englués, coincés, ficelés, nous entendons ce message déjà porté par le prophète, et relayé dans l’Evangile : « Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits. »
Si d’aucuns à l’instar d’Esaïe ont pu entendre ces mots dans le sens d’imposer une certaine vision de Dieu au pays et au monde, et d’établir un pouvoir théo-cratique avec les malheureuses conséquences que l’on connaît partout où cela a été tenté, ce n’est pas ainsi que nous voyons les foules répondre à l’appel de Jean-Baptiste, et ce n’est pas dans ce sens-là que se dirigera d’ailleurs celui qui vient après lui, le Christ lui-même, qui affirmera « mon Royaume n’est pas de ce monde. »
« Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits. » L’épître de Pierre fait écho à ce mot, et l’interprète dans le bon sens lorsqu’elle écrit à propos de la venue du Jour du Seigneur : « … mes amis, en attendant ce jour, faites tous vos efforts pour être purs et sans faute aux yeux de Dieu et pour être en paix avec lui. »
A l’appel de Jean-Baptiste, les foules ne s’y trompent pas. Elles s’éloignent de Jérusalem, elles veulent laisser ce poids des préoccupations, des tristesses, des relations difficiles, et aussi d’une religion et de traditions, qui les perturbent dans leur quête, dans leur démarche spirituelle.
Les foules entendent et comprennent bien, auprès de Jean-Baptiste, qu’il s’agit des dispositions du coeur et du comportement qui en découle. Et ce changement de comportement commence par une confession des fautes. Le baptême en est le signe visible.
Cette semaine lors d’une visite, lisant ce texte de cet Evangile, la personne a réagi avec une exclamation de dégoût à la mention que Jean-Baptiste mangeait des sauterelles. (Je ne sais pas si vous avez déjà essayé… moi pas). Nous avons parlé de cette répulsion, manger des sauterelles, c’est vraiment qu’il n’y a à peu près rien d’autre. C’est le stade ultime du dénuement et du dépouillement. (C’est comme lorsque l’on parle de « la fin des haricots »). Une autre caractéristique en est le vêtement : il n’y a plus ni pantalon ni tunique. L’habillement de Jean-Baptiste est aussi un témoignage de la nécessité du retour à l’essentiel, de l’examen de conscience, de la méditation et de la réflexion sur l’état de notre relation à Dieu, aux autres et à nous-mêmes.
Un collègue pasteur, Jean Valette, commentant cet aspect du texte, écrit : « Le mode de vie de Jean est inhumain et absurde (…) Quand le péché d’un peuple a atteint sa limite extrême, ce n’est qu’en se portant soi-même à l’extrême limite opposée qu’on peut le dénoncer et peut-être le guérir. La seule parole est alors impuissante (…) La nourriture et le vêtement de Jean ne sont que la caricature inversée et agressive du genre de vie de ses contemporains. »
Ainsi, l’inhumanité et l’absurdité du style de vie de Jean, par l’extrême, renvoie ses interlocuteurs à l’inhumanité et à l’absurdité de leur propre vie, dont ils ne se rendent plus compte et vise à provoquer un choc salutaire.
La personne même du messager est message. Le dépouillement renvoie aussi au décor, ce désert comme lieu de la confrontation à soi-même et de la ren-contre avec Dieu. Bien des rencontres décisives de croyants de l’Ancien Testament se sont d’ailleurs tenues dans le désert. C’est l’un des lieux dans lesquels il est évident d’attendre le Messie.
Dans le désert de nos coeurs et de nos consciences, un chemin doit s’ouvrir. Une percée à travers l’échec et le marasme de certaines de nos conduites. Une clarté jetée sur la faillite de certaines de nos relations. Une purification entreprise du trouble envahissant nos vies.
Sans esprit de jugement, sans prononcer de condamnation sur nous, l’Evangile formule dès le départ la nécessité de nous rendre disponibles à la venue du Sauveur. Dieu ne fait pas tout. Il prend certes l’initiative, donne une impulsion décisive. Mais nous avons à faire notre part.
« Changez de comportement, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés. » Dans votre vie personnelle, clarifiez vos motivations. Marquez votre volonté de reconnaître votre situation devant Dieu. Faites le point, percevez à nouveau l’appel de Dieu, accomplissez un geste qui signifie que vous vous êtes remis en route dans Sa direction.
Ainsi vous découvrirez que vos échecs, volontaires ou subis, que vos failles, que votre éloignement de Dieu, ne sont pas inéluctables, n’ont pas le dernier mot. « Dieu pardonnera vos péchés. » Pour que Dieu puisse vous rencontrer, préparez-vous à le recevoir.
Notre réponse à cet appel, c’est en effet un changement de vie. Nous recevons une nouvelle identité, une nouvelle manière d’être, de nous relier aux autres, de prendre des décisions et de réaliser des projets.
Dans le récit biblique, Jean-Baptiste sait très bien comment sont ses contemporains. Il sait que se côtoient en eux le pire comme le meilleur. Il sait que son rôle consiste à les rendre conscients, avec leurs richesses et leurs contradictions, qu’une nouvelle étape de l’oeuvre de Dieu commence. Il les appelle à lui mais pour les renvoyer vers quelqu’un d’autre, en qui le projet de Dieu se réalisera.
Aujourd’hui, nous sommes bien entrés dans ce temps de l’Avent. Temps de l’attente et de l’espérance. Temps dans lequel, nous croyants, nous désirons la lumière de Dieu au milieu de l’obscurité du monde. Dans cette attente, soyons comme Jean-Baptiste.
Comme Jean-Baptiste, avec la responsabilité de renvoyer les foules à celui qui est le Sauveur, sans nous mettre en avant, mais aussi sans hésiter à dire comment nous comprenons la venue du Christ. Comment nous comprenons ce qui nous a été annoncé.
Comme Jean-Baptiste, prenons la responsabilité de retrouver la simplicité, la droiture et la clarté nécessaires, pour être en mesure d’appeler les gens autour de nous à un changement de vie, à une rencontre avec le Sauveur.
« Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits ! »
Amen.
DEO GRATIAS