Morges et Monnaz (cène) 26 mars 2017

Lectures : 1 Samuel 16/1à 13 – Ephésiens 5/6 à 17

(Jean 9/1 à 12 – feuillet pour Assemblée avec Jean 9/1 à 41)

 

PREDICATION :    Jean 9/1 à 41

Bien-aimés de Dieu,

Tous les parents, ou grands-parents, le savent : avec les enfants de 3 ou 4 ans, dans leurs questions, le mot le plus fréquent, c’est … (attendre réponse de l’assemblée).

Mais oui ! C’est : POURQUOI ?

POURQUOI.

Et pour les adultes, dans les réponses, le mot le plus fréquent, c’est … (attendre réponse de l’assemblée).

Mais oui : PARCE QUE.

PARCE QUE.

L’idée des parents, des adultes, en effet, c’est souvent qu’il faut EXPLIQUER. Il s’agit d’aider nos petits bonshommes et nos petites bonnes femmes à comprendre le monde. Les aider à percevoir les raisons des phénomènes de la nature, des événements, des relations. Et si possible de manière brève et avec des mots simples.

Les disciples font de même. Une situation difficile. Un homme atteint dans sa santé. Une personne qui ne trouve pas sa place dans la communauté. Un inutile, réduit à mendier pour subsister et ramener un peu d’argent à sa famille.

Les disciples font de même. La question POURQUOI jaillit aussitôt. Et eux aussi, devant cette souffrance qui les confronte à leurs limites, au mal, à ce qui ne va pas, ils attendent le PARCE QUE. Ils veulent EXPLIQUER.

Derrière leurs propos, je distingue entre autres la question de la volonté de Dieu, comment elle se manifeste, comment elle s’exerce dans la vie des humains. Oui, comment la volonté de Dieu peut-elle se faire ?

Les disciples veulent EXPLIQUER. Mais si ce n’était que ça ! Bien sûr qu’il y a plein de possibilités de réponses. Mais ici, ça se complique. En plus du POURQUOI, juste après, voilà la question du péché qui se superpose !

Quand il arrive un malheur à quelqu’un, vous avez remarqué comme nous sommes, nous aussi ? Nous cherchons le coupable. Nous voulons un responsable, celui par qui le malheur est arrivé. Ou celui qui permet que le malheur continue d’exister. Le cas échéant, inutile d’aller très loin : Dieu tient très bien ce rôle !

Les contemporains de Jésus croient à la théorie de la rétribution. Il nous arrive d’y adhérer aussi. Cette conception des choses dit : il y a en toi ou en ta famille de la méchanceté. Quelqu’un a dû commettre, ou alors c’est toi, des fautes affreuses, donc voilà. Quelqu’un maintenant paie par sa maladie, son infirmité, sa folie ! Dans ce sens, pensons à cette exclamation, quand il arrive un ennui ou un malheur : « mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?!… »

Jésus ne nie pas la réalité du malheur. Il ne fait pas comme s’il n’existait pas. Il ne dément pas non plus les fautes humaines qui sont ici appelées péchés. Vous savez ces ruptures, ces actions, ces mots, qu’on regrette, ces décisions qu’on souhaiterait n’avoir jamais prises, les pensées que l’on aimerait effacer de son esprit.

Jésus oriente les choses autrement. Il n’est jamais dans le « pourquoi-parce que », mais dans le « pourquoi-pour que ». Il se centre sur l’homme qui est là, sur cette vie unique à laquelle Dieu prête attention, qu’il veut voir changer et surtout qu’il veut habitée de sa présence, de sa grâce, pour lui et pour son entourage. Jésus commence par donner une brève réponse, orienter les disciples dans la bonne direction, puis il fait place à cet homme. Il va se centrer sur lui et sur sa guérison.

En effet, jusqu’à cette attention que Jésus va lui réserver, cet homme, dont on ne sait d’ailleurs même pas le nom, c’est juste « un cas ». On ne s’adresse pas à lui, on l’ignore, on ne lui demande pas son avis. Comme si en plus d’être aveugle, il était transparent !

Jésus agit d’abord. Il utilise une simple méthode de soin traditionnel, la salive et la terre qui sont comme un symbole rudimentaire de la création de Dieu. Dans la salive, il y a la parole de Dieu. Dans la terre, il y a toute l’humanité. C’est à cela que l’aveugle est relié ! Il est une créature de Dieu, relié à lui et à l’humanité.

D’abord le geste, le toucher. D’abord mettre le doigt sur ce qui ne va pas, s’adresser à lui comme une personne, un être humain qui, en plus, va prendre part lui-même à cette sortie de l’obscurité.

A l’image de Jésus, l’homme se met en mouvement, il marche vers sa guérison, vers son changement de vie, vers la lumière. Et lui, qui pourrait le faire, ne demande ni quoi, ni qui, ni comment, ni pourquoi.

Mais à ce moment là… voilà les voisins. Ces chers voisins !

Je garde le souvenir d’une jeune fille d’un groupe de catéchisme, et sauf erreur nous lisions ensemble cette histoire de l’Evangile, une jeune catéchumène nous a sorti ce trait d’esprit : « Dieu sait tout… mais le voisin sait plus encore ! »

Ces chers voisins ! Ils ne sautent pas de joie ! Ils ne l’invitent pas à boire un verre !

Les voisins ne lui demandent pas comment ça fait de découvrir les couleurs de la vie autour de lui !

Les voisins remettent la compresse avec des questions. Ils sont comme ça, les voisins, ils causent ! Mais c’est tout.

Il faut que l’homme guéri intervienne, pour qu’ils consentent à lui adresser la parole. Même devant l’évidence, c’est comme s’il fallait trouver un biais. Même devant l’évidence, c’est comme s’il fallait encore chercher des preuves.

Et finalement, c’est comme si la maladie était moins problématique que la guérison !

Alors je me dis que le péché, dont il était si fortement question au début, le péché n’est pas chez l’aveugle ou dans sa famille, il est chez les voisins !

Le péché, c’est le déni du changement. C’est s’accommoder de la fatalité ! C’est refuser de se mettre en mouvement !

Et maintenant occupons-nous quelques instants des Pharisiens, qui illustrent dans le récit tout le poids de l’institution religieuse. Les Pharisiens poussent jusqu’à l’acharnement le respect des principes. Les Pharisiens mènent une véritable enquête, auprès de l’homme lui-même, auprès de ses parents, avec agressivité, avec un manque flagrant d’empathie, d’accueil et de considération.

Là au milieu, tour à tour humble, affirmatif, voire ironique, l’homme guéri s’est affranchi du silence. Il montre assurance et détermination dans ses propos. Il prend sa place, vis-à-vis de ses parents, vis-à-vis des détenteurs du savoir religieux. Pleinement membre de la communauté, pleinement disciple, il montre la voie aux chrétiens vivant au moment de la publication de cet Evangile, et à nous après eux. Rappelons-nous en effet le contexte de danger, de persécution et de répression que connaissent les communautés chrétiennes de l’époque.

Guéri de sa maladie, guéri de l’aveuglement, il est guéri aussi du silence. Sa vue est libérée autant que sa parole. Dans le contexte qui est le sien, en l’occurrence une obligation de faire une déposition dans un cadre hostile à sa personne, à son témoignage et à sa foi, il dit simplement vrai. Il dit les faits, il dit aussi cette relation qui s’est nouée entre lui et Jésus, il se fait le porte-parole de son bienfaiteur et Sauveur. Et ce faisant, il prend des risques.

Dans ce chapitre, Jésus intervient au début, il réapparaît à la fin. Au milieu, les protagonistes se débrouillent respectivement avec leur confiance ou leur méfiance, leur tranquille assurance ou leur opposition, leur reconnaissance ou leur agressivité, leur affirmation de soi ou leurs doutes. Ajoutons-y la méfiance, la prudence et la crainte.

Au milieu, les parents, les voisins, les Pharisiens, peinent à y voir clair, ne distinguent pas le véritable enjeu, celui de ce paradigme qui change, de ce mode de lien à Dieu qui change. On n’est plus dans le registre de prescriptions à respecter, de Loi à suivre à la lettre, en s’épuisant en arguties juridico-morales destinées à l’interpréter jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne.

On est désormais dans le registre de la relation, de l’amitié, de la prière avec le langage de tous les jours, dans l’humble conscience de son humanité, dans le respect de l’Ecriture sainte et de Dieu, mais sans crainte de son jugement.

Dans la libération de la vue et de la parole, dans la confiance placée en Jésus, le péché est ainsi vaincu. Le changement devient possible, je peux me mettre en mouvement, et traverser toutes les circonstances auxquelles la vie va me confronter.

L’enjeu, c’est bel et bien la place que nous sommes d’accord de donner à la volonté de Dieu pour notre vie, dans notre vie. Ouvrir l’Ecriture sainte veut nous y aider.

La Bible nous a ainsi aujourd’hui invités à une rencontre avec Jésus. Alors continuons de l’ouvrir, cette Bible reçue comme catéchumène, ou celle reçue au mariage, ou achetée afin de se faire sa propre opinion. Continuons de l’ouvrir pour rencontrer le Christ, et compter sur son amitié, et croire à la simplicité, à la joie et à la pertinence de la foi qui désormais nous rend HEUREUX !

                                                    Amen.

DEO GRATIAS