Lectures bibliques : Esaïe 64, 7-8 

2 Corinthiens 12, 7-10     

Luc 2, 22-35

Voilà… c’est fini.

Finies les fêtes de Noël, les repas en famille, l’émerveillement des enfants, les cadeaux. Mais finis aussi le stress des préparatifs et le souci du moment.

Oh peut-être avez-vous encore gardé le sapin et même avez-vous remplacés les bougies. Peut-être allumez-vous encore chaque soir les décorations de vos fenêtres. Peut-être… et pourtant tout cela n’a aujourd’hui, étonnamment, plus la même saveur.

Oui, Noël, c’est bien fini, la page est tournée. Et nous voilà tiraillés entre une certaine nostalgie et le plaisir de vivre un temps plus calme, moins bousculé.

 

Peut-être est-ce aussi ce que ressentent Marie et Joseph en se rendant au temple, 40 jours après la naissance de leur fils. Finis le long voyage et le stress pour trouver un lieu pour où se reposer, fini le souci de cette première naissance dans des conditions particulières… Mais fini aussi l’émerveillement devant les faits étonnants qu’ils ont vécus: l’arrivée des bergers, les mots forts des anges, les cadeaux incroyables des mages… Oui, tout cela fait maintenant partie du passé et peut-être que Marie et Joseph eux aussi aspirent à un temps moins bousculé et plus paisible.

 

Mais voilà… voilà que l’Esprit de Dieu lui-même en décide autrement. Non, Marie et Joseph ne sont pas au bout de leurs émotions. L’Esprit, en effet, va encore les conduire vers une incroyable rencontre : celle avec le prophète Siméon. En effet nous dit l’évangéliste Luc : « Siméon vint au Temple poussé par l’Esprit ». Siméon, dont on ne sait pas l’âge, mais qu’on dit volontiers très vieux.

 

Comment s’est passée cette rencontre ? Nul ne le sait. Mais comment, comment si ce n’est à nouveau guidé par l’Esprit, Siméon a-t-il pu reconnaître dans la fragilité de ce petit bébé, une si grande promesse, La promesse. 

A la vue de l’enfant, le corps tout entier de Siméon est en émoi. Non seulement il regarde l’enfant mais il le prend dans ses bras, il le touche et le sert certainement tout contre son coeur. Ce n’est, qu’ensuite, qu’ensuite seulement, qu’il se met à parler. 

 

Ainsi vibrant dans tout son corps, les premiers mots de Siméon deviennent alors une prière. Une prière de louange certes mais aussi et surtout une prophétie. Devant tous et dans ce lieu sacré qu’est le temple de Jérusalem, oui Siméon affirme, haut et fort, la venue du salut de Dieu au travers de ce petit bébé. Quelle foi, quelle folie, quelle confiance ! Qui alors a vraiment cru à la prophétie de cet homme ? Une prophétie qui résume admirablement toute la mission du Christ : « c’est la lumière qui te fera connaître aux nations du monde… ».  Oui, c’est bien lui, la lumière qui est là parmi nous ce matin.

Mais les mots de Siméon ne s’arrêtent pas là. Loin d’être idéalisée, Siméon rappelle que la mission du Christ sera difficile et douloureuse pour beaucoup. Oui, et nous le savons bien, Jésus ne va de loin pas laisser indifférent. Il va bousculer, remettre en question et même diviser les hommes.

 

Alors Noël, une fin ou un commencement?

Visiblement et les mots de Siméon l’affirment clairement : ce n’est de loin pas fini. Ni pour Jésus dont nous connaissons la vie et le rayonnement, ni pour ses parents pour qui l’étonnement va continuer bien au-delà ce jour-là, ni même pour nous, réunis aujourd’hui encore, en son nom, plus de 2000 ans après sa naissance.

Oui avec Noël, bel et bien, tout commence…

 

Alors en ce lendemain de fête et en ce dernier dimanche de l’année, qu’il est bon de se rappeler que pour nous aussi tout commence, notre avenir est bien devant. 

Et le baptême que nous venons de vivre le confirme. Une vie commence dans l’amour de notre Dieu.

 

Mais peut-être, comme nous sommes tentés de le faire chaque année, avons-nous ces derniers jours jeter un regard en arrière sur l’année écoulée. Peut-être avons-nous pris le temps de réfléchir à ce que nous avons vécu, ce que nous avons été, ce que nous avons fait ou pas fait. Peut-être que nous nous sommes remémorer les difficultés auxquelles nous avons été confrontés, les blessures reçues ou infligées, les événements tragiques de notre monde. Un regard en arrière important certes mais qui trop souvent nous fait nous arrêter sur nos fragilités, nos manquements, nos déceptions et nos tristesses.

 

Alors gardons en mémoire ce conte lu au début du culte.

Regardant, elle aussi, en arrière sur sa vie, la cruche, elle aussi, ne voit que son inefficacité et la perte d’argent qu’elle provoque au vendeur d’eau à cause de ses fissures. Mais bien heureusement elle ne garde pas ses sentiments douloureux pour elle. Elle les partage. Elle ouvre son cœur et entre ainsi en relation avec le vendeur d’eau, allant même jusqu’à lui demander pardon. Par cet acte de courage mais aussi de confiance, la cruche découvre alors que sa vie, telle qu’elle est, peut avoir, tout de même, un sens. Parce que loin de la blâmer ou de la rejeter, le vendeur d’eau lui fait découvrir comment il a lui-même utilisé ses fissures. Oui, grâce à elle, telle qu’elle est, des fleurs ont poussé sur le chemin.

 

Belle image que j’ai envie de faire nôtre aujourd’hui.

Parce que, je le crois Dieu sait comment rendre utiles nos fragilités, nos fissures.

Et c’est dans notre lien avec lui que nous pouvons découvrir cela jours après jours.

 

L’histoire ne dit pas si le vendeur d’eau a réparé sa cruche. Peut-être que oui, peut-être que non. Là ne semble pas l’essentiel. L’essentiel pour moi, dans cette histoire, est que la cruche a vécu, avec le vendeur d’eau, un vrai chemin d’ouverture et de confiance. Et que définitivement grâce ce chemin-là, elle ne sera plus jamais la même, qu’elle ait été réparée ou non.

Ainsi il me semble que ce qui est vraiment essentiel pour nous tous, c’est bien de garder, quoi qu’il advienne, une relation d’ouverture et de confiance avec Dieu. Car elle seule, au-delà de toutes fissures, de toutes fragilités et de toutes souffrances, oui, elle seule peut donner un vrai sens à notre vie.

 

Et c’est bien ce que Paul découvre et nous transmet dans sa lettre aux Corinthiens par ces mots: « Je préfère donc de tout mon cœur me vanter de mes faiblesses afin que la puissance du Christ étende sa protection sur moi »

 

Alors faisons nôtres, ces paroles, cette prière du prophète Esaïe:

« Seigneur c’est toi qui es notre père. Nous sommes l’argile et tu es le potier, tu nous as tous façonnés »

 

Amen