Introduction

Dans deux semaines aura lieu le Synode sur la réorganisation et la nouvelle répartition des postes. Le Conseil synodal a publié son rapport il y a quelques semaines.

Parmi les textes bibiliques proposés par un lectionnaire, j’ai retenu pour aujourd’hui Ephésiens 4, qui traite de l’Eglise, et de ce qu’on appelle les ministères. Je me réjouis de cette coïncidence, et vous propose de nous mettre à l’écoute de ce texte, en parallèle avec le rapport (que vous pouvez télécharger sur le site de l’Eglise).

Que dit Paul ?

Que dit Paul ? Au début du chapitre 4, paul écrit aux chrétiens d’Ephèse : Je vous en supplie, conduisez-vous d’une façon digne de l’appel que vous avez reçu.

Un des problèmes que soulève Paul est la division qui semble se manifester à l’intérieur de la communauté « Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit Saint, par la paix qui vous lie »

Puis il affirme que chacun a reçu du Christ un don particulier.

Ces dons faits à des personnes sont mis par elles au service de l’Eglise sous forme de ministères, pour qu’elle accomplisse son service et que croisse le corps du Christ qu’est l’Eglise. Ce sont des apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs, enseignants.

Puis Paul passe du plan communautaire au plan personnel : Ainsi nous deviendrons des adultes dont le développement atteindra la stature du Christ.

 

Le contexte de l’épître de Paul

Pour réfléchir à l’Eglise aujourd’hui au 21è siècle, il est utile de nous rappeler quel était le contexte du premier siècle.

Le pourtour de la Méditerranée est dominé par l’empire romain. Celui-ci a absorbé la Grèce et sa très riche culture. L’empire romain est polythéiste, et a des valeurs assez différentes des valeurs juives dont est issu l’apôtre Paul, et que l’apôtre ne renie pas. Les religions s’y côtoient et se font concurrence. L’esclavage, les cultes aux différents dieux, certains comportements sexuels, sont admis dans la société, mais sont des comportements jugés indignes de la vocation de Christ.

 

Au premier siècle, il existe quelques petites communautés chrétiennes disséminées dans le Proche Orient, et dans la Turquie et la Grèce actuelles. La nouvelle foi chrétienne est en croissance.

Les chrétiens sont une minorité méconnue, et quelque peu suspecte, comme peut l’être une secte. Avant leur conversion au Christ, ils étaient soit juifs, soit païens. Ils ont vécu une conversion qu’ils ont choisie. Ce sont tous des chrétiens de la première génération.

 

Il est doublement important que leur comportement moral soit irréprochable :

  • d’abord pour être fidèles à la personne et à l’enseignement de Jésus, pour devenir adultes sprituellement, et atteindre la stature de Christ.
  • et aussi pour le témoignage de l’Evangile, il faut que les chrétiens soient non seulement tolérés, mais reconnus par la population comme des gens bien.

 

Dans ce contexte, Paul appelle à l’unité de la communauté d’Ephèse. Il affirme que Christ a fait des dons particuliers à des personnes, ces personnes équipées des dons, sont données à l’Eglise. Aussi divers que soient les ministères, ils sont au service de l’unité et de la croissance de la communauté.

Notre contexte

Notre tradition protestante met la Bible au centre. Les réformateurs ont précisément mis de côté la tradition de l’Eglise pour revenir à la Bible. Cela nous donne parfois l’illusion que nous sommes contemporains de cette Bible. Nous lisons Paul en oubliant que notre compréhension de l’Eglise est formée par les siècles de chrétienté, et par Leurs Excellences de Berne.

Si au temps de Paul le christianisme était une nouveauté, très minoritaire, une foi nouvelle et en croissance, nous sommes nous, les héritiers d’une histoire. Le christianisme en Europe a connu plusieurs siècles de chrétienté, c’est à dire de société régie par le christianisme. Le christianisme a été au pouvoir, depuis la fin du 4è siècle, de manière plus ou moins forte. Ceci jusqu’à la révolution française, qui a marqué le début de la laïcité, c’est à dire de la séparation du pouvoir et de l’Eglise. Chez nous, dans notre enfance, le pasteur, faisait encore partie des autorités du village, avec le syndic et le régent.

Nous venons d’un christianisme qui a été au pouvoir, et nous savons que le pouvoir use. Il comporte des compromissions auxquelles l’Eglise n’a pas échappé. Notre société a des contentieux avec l’Eglise. Elle a l’impression de déjà vu, elle pense très bien la connaître. (Quoique de moins en moins, et c’est peut-être aussi notre chance aujourd’hui).

Au temps de Paul, le christianisme était nouveau, minoritaire et en croissance. Aujourd’hui en Europe le christianisme est vieux et usé par le pouvoir. Il devient minoritaire, et il est en décroissance.

Par ailleurs, le corps du Christ aujourd’hui s’est énormément étendu sur l’ensemble de la planète, et prend des formes très diverses. La question de son unité reste tout aussi forte qu’à l’époque de Paul, peut-être même plus, puisque des ruptures sont consommées, et qu’il exite plusieurs confessions chrétiennes : catholiques, orthodoxes, luthériens, réformés, etc.

 

Depuis vingt siècles, l’Eglise s’est structurée, institutionnalisée, et plusieurs des ministères évoqués par Paul ont disparu de notre horizon.

Le rapport du Conseil synodal souligne que depuis les Actes des Apôtres, la mission de l’Eglise se déceloppe selon 4 axes :

  • le culte,
  • la communauté,
  • le témoignage
  • et la diaconie.

Depuis l’Edit de Thessalonique, en 380, le christianisme est devenu la religion officielle de l’Empire romain, et les Eglises se sont institutionnalisées. La liturgie s’est formalisée. La communauté a été identifiée à la société. Le témoignage est devenu transmission d’un savoir, et la diaconie a pris des formes diverses.

On appartenait à ces Eglises par naissance et héritage, voire par obligation, mais rarement par conversion. (témoignage de la visite à Longirod ?)

Ce modèle a prévalu en tous les cas jusqu’à la révolution française. Puis la société se sécularise, l’influence de la religion dans la société diminue.

En suisse, à la Réforme, le principe « Cujus regio ejus religio » est appliqué : Il y a les cantons catholiques, et les cantons protestants. Eglise et société se confondent presque totalement.

Selon la mentalité de l’époque, les Bernois devaient faire bénéficier leurs sujets d’une forme de christianisme qui leur soit profitable. Les Bernois devaient donc veiller à leur assurer les services et l’assistance de pasteurs aptes à leur dispenser la sainte doctrine spirituelle, et à les conduire sur les chemins d’une vie pieuse et droite.

Il s’agissait de doter toutes les paroisses de pasteurs, assermentés comme les autres titulaires d’offices publics. Ils devaient prêcher et présider le culte selon les prières prescrites par leurs Excellences de Berne. Ils devaient aussi dispenser le catéchisme, visiter les malades et assister les mourants.

 

C’est cela, autant que la bible, qui fait l’ADN de la première Eglise réformée vaudoise. On s’aperçoit que l’Eglise n’est pas une communauté de croyants, mais un service public rendu à la société, sur l’ensemble du territoire.

Cette compréhension de l’Eglise a favorisé une vision individualiste de la foi.

C’est une Eglise très cléricale : en gros, c’est le pasteur qui porte la mission de l’Eglise.

 

Nous vivons aujourd’hui la fin de ce modèle. Cela fait plusieurs décennies que la sécularisation progresse, mais ces 10 dernières années, elle s’accélère. Nous vivons la fin de ce modèle. Or, dans notre identité d’Eglise Evangélique du Canton de Vaud, nous nous comprenons encore plus ou moins comme l’Eglise qui se confond avec la société, et dont la mission est portée par les ministres.

Comprendre Paul dans notre contexte

L’apôtre Paul exhorte la petite communauté d’Ephèse d’une part à l’unité, d’autre part à bénéficier des ministères que le Chist lui donne pour accomplir son service et croître.

 

Aujourd’hui, je crois que nous sommes appelés à redécouvrir et travailler la notion de communauté de croyants, tout en veillant à conserver l’unité.

Les exemples des paroisse de Corsier-Corseaux et du Mont sur Lausanne sont pour nous parlants : ces paroisses ont développé une identité de communauté un peu différente, inspirée plutôt des Eglises libres. Elles ont développé des ministères en dehors de celui du pasteur. Elles sont en croissance. Elles ont des finances fortes, qui leur permettent de payer des ministères jeunesse par exemple.

Et d’un autre côté, des difficultés apparaissent dans leurs Régions respectives quant à l’unité avec les autres paroisses.

Perspectives

Chers frères, je crois avec le Conseil synodal, que nous devons penser :

  • un peu moins ministres et un peu plus communauté
  • un peu moins catéchisme et un peu plus témoignage

 

Comme au temps de Paul nous sommes minoritaires et confrontés aux autres religions. Nous pouvons redécouvrir et développer des communautés chrétiennes.

Nous pouvons apprendre le témoignage, qui peut susciter la conversion.

Comme au temps de Paul, beaucoup de nos contemporains ont une soif spirituelle, ils cherchent, et l’Evangile de Jésus-Christ est une force de transformation.

 

Comme au temps de Paul, l’Eglise est en plein changement.

Aujourd’hui nous menons souvent des combats d’arrière garde pour tenter de maintenir nos acquis de la chrétienté.

Mais comme au temps de Paul nous pouvons mener un combat d’avant-garde, développer une nouvelle vision de la paroisse comme communauté de croyants. Une communauté accueillante, ouverte, chaleureuse, a de réelles chances de répondre aux besoins de personnes souffrant de l’individualisme de notre société.

Nous vivons la crise de l’Eglise institution, mais l’Eglise peut vivre autrement, et apporter l’Evangile aux être humains. Et c’est ce qui se passe dans certaines parties du monde, où l’Eglise est en croissance       Amen.  

François Paccaud