Message

 Lectures: 1 Rois 17, 1-6; 1 Rois 17, 7-1; 1 Rois 19, 1-13

 Même lui… même lui, Elie, appelé par Dieu pour être un grand prophète, oui même lui passe par un temps fort de découragement, de désespoir. Un découragement si fort qu’il va jusqu’à souhaiter mourir.  Même lui…  et ce dernier passage que nous venons de réentendre peut alors être pour nous à la fois interpellant et décourageant mais aussi pourquoi pas rassurant.

Interpellant oui, ce passage de la vie d’Elie ; parce que, est-il besoin de le rappeler, Elie est un homme proche de Dieu. Dans sa vie, il a eu maintes fois l’occasion de ressentir et de voir sa présence.

Dieu a pris soin de lui notamment en le nourrissant à plusieurs reprises de façon tout à fait exceptionnelle, nous l’avons relu ce matin.

Et puis, il y a ces événements tout aussi exceptionnels que Dieu accomplit à la demande de son prophète: la sécheresse d’abord puis sur le mont Carmel, Dieu, devant tout le peuple rassemblé, envoie un feu pour consumer l’autel où Elie avait déposé son sacrifice. Et enfin quelques heures après c’est la pluie qui revient, mettant un terme à la longue période de sécheresse et de famine.

Oui, Elie en a vécu des événements exceptionnels, des miracles.

Et pourtant… pourtant ou malgré tous ces événements, toutes ces preuves de la puissance de Dieu et la foi profonde qui le porte, Elie se décourage. Il va même jusqu’à demander la mort. Tout ce qu’il a vécu, de si extraordinaire à nos yeux, ne semble pas suffisant pour lui donner la force d’entreprendre les pas suivants, pas suffisant même pour continuer à vivre.

Comment se fait-il qu’un prophète tel qu’Elie passe par un moment de si grand découragement, de dépression même ? Comment se fait-il qu’il aille jusqu’à rechercher activement la mort à la fois en la demandant à Dieu mais aussi en la provoquant, en partant seul dans le désert sans eau et sans nourriture ?

N’est-ce pas déconcertant et interpellant ? Qui donc peut la trouver, cette force du pas suivant, si même lui, le grand prophète Elie, n’y arrive pas ?

Peut-être est-ce les attentes d’Elie et sa vision d’un Dieu tout puissant qui met en échec son élan de vie? Elie rêve de grandeur, demande à Dieu des gestes forts et des événements décapants et c’est vrai que Dieu répond à ses demandes.

Il y répond mais en même temps, je ressens un Dieu qui l’invite inlassablement à découvrir une autre réalité: celle de l’humilité et de la douceur dans la foi.

Humilité et douceur: ce sont en effet de simples corbeaux qui viennent le nourrir et c’est l’eau du torrent qu’il est invité à boire. Ensuite c’est d’une femme veuve, vivant dans une extrême pauvreté, qu’Elie doit accepter de recevoir de quoi survivre. Et puis il y a ce geste plein de tendresse de l’ange de Dieu qui le touche par deux fois pour le réveiller tout en douceur. Et enfin, Dieu, on ne peut plus explicite, se fait reconnaître, non pas dans le vent violent, non pas dans le tremblement de terre et ni dans le feu, mais le bruit d’un léger souffle.

Elie, dans les récits bibliques, n’est de loin pas le seul prophète à passer par un temps de découragement. La vie de Moïse connaît de graves crises, le prophète Jérémie ira jusqu’à souhaiter ne jamais être né, Job maudira lui aussi le jour de naissance et les psaumes se font particulièrement l’écho de tristesses profondes, de moments de crises existentielles et de colères intenses. Et il en est de même pour Jésus. Quelques heures avant son arrestation, se trouvant alors au jardin de Gethsémané, Jésus confie à ses disciples : « Mon cœur est plein d’une tristesse de mort, restez ici et veillez avec moi ». Il ira même jusqu’à demander à Dieu d’éloigner cette coupe de douleur, comme il le dit lui-même.

Alors voilà que tout à coup je découvre, nous découvrons, que nous ne sommes pas les seuls à devoir affronter des temps difficiles au cœur de notre vie. Nous ne sommes pas les seuls à, parfois, nous laisser nous décourager même au cœur de notre relation avec Dieu. Et c’est là, justement, devant cette constatation, que je découvre aussi un côté rassurant à la vie d’Elie. Parce que si de grands prophètes, Jésus y compris, ont pu prendre conscience de leur découragement et en parler ouvertement à Dieu alors oui nous, nous d’autant plus, nous le pouvons aussi.

Je découvre alors qu’être chrétien n’est, de loin, pas être un surhomme ou une femme parfaite, surfant sans difficultés dans les différentes étapes de la vie et de la foi.

Nous sommes par moment forts et remplis de confiance, puis en d’autres circonstances il nous arrive oui d’être tristes et tellement découragés, allant même parfois jusqu’à souhaiter la mort.

Soulagement et joie alors de découvrir que loin de blâmer Elie ou de le laisser tomber, Dieu vient le rejoindre là où il en a besoin. Et il vient le rejoindre dans son rôle de prophète, d’abord concrètement en répondant à ses prières et à ses souhaits.

Puis il prend soin de lui. Face à son découragement et à son envie de mourir, Dieu répond par des gestes de vie. Il envoie à deux reprises un ange pour lui donner tout simplement à boire et à manger. Geste extraordinaire de l’attention de Dieu qui prend soin physiquement de son prophète en le nourrissant, en se préoccupant d’abord de ses besoins les plus élémentaires: boire, manger, reprendre des forces. Et c’est qu’une fois ces besoins comblés que Dieu, toujours à travers son ange, peut encourager son prophète à se relever. Dieu qui ne juge pas mais qui accompagne et redonne des forces pour continuer la route.

Et pourtant, Elie lui, ne fait preuve d’aucun étonnement, d’aucune joie. Il mange une première fois et se rendort. Il mange une deuxième fois, se relève, se met en route mais pour se réfugier à nouveau dans une caverne et crier à Dieu son désespoir.

Elie, avait-il espéré une autre réponse de la part de Dieu ? Ou alors était-il trop pris dans sa propre détresse pour apprécier ce geste extraordinaire ?

Est-ce que cela ne fait pas écho en nous ? Perdu dans notre souffrance, dans notre désespoir, il nous arrive de penser que Dieu est absent ou indifférent et alors nous ne voyons pas les anges qu’il met sur notre chemin.

Des anges ? Vraiment ? Oui, vraiment des anges. C’est en tous cas ce que je crois. Des anges que nous ne remarquons pas parce qu’ils nous ressemblent terriblement. Les anges d’aujourd’hui, ce sont, je le crois, simplement tous ceux qui nous entourent. Comment en effet ne pas être touchés devant une parole reçue, un geste d’amitié, un cadeau gratuit, un service rendu spontanément. Comment ne pas être touché quand on prend le temps de nous écouter, de nous recevoir pour partager un repas, de nous proposer de partager des temps de repos ou de découvertes. Comment ne pas se réjouir devant une amitié gratuite et sincère qui fait tellement chaud au cœur. Oui tous ces moments magiques qui souvent nous remettent debout, nous remettent en route, parce qu’ils sont portés, provoqués, offerts par tous les anges qui nous entourent.

Oui, sans aucun doute, nous sommes tous à notre façon des anges de Seigneur. Parfois receveurs de l’Amour de Dieu au travers de l’affection des autres et parfois envoyés pour transmettre à notre tour cet Amour de Dieu. Et le Christ dans l’évangile de Mathieu nous le redit avec d’autres mots : « Vous êtes la lumière du monde » confie-t-il à ses disciples. Affirmation que nous pouvons aujourd’hui faire nôtre, nous ses disciples.

Le conteur inconnu de la vie d’Elie n’a pas cherché à nier l’échec, à cacher le découragement ou l’incompréhension. Que ce soit au cœur de notre travail ou dans le cadre de nos relations, la souffrance, l’échec et le découragement font bien partie de notre existence humaine.

« Où donc puiser la force du pas suivant ? » était notre question au début de ce culte.

Elie l’a puisée dans cette nourriture offerte par Dieu et ses gestes de tendresse transmis par l’ange. Il l’a puisée dans la découverte d’un Dieu semblable à une brise légère.

Ce récit nous invite à découvrir sur notre route des frères et sœurs, bien réellement des anges, porteurs de cette lumière divine pour nous. Il nous invite aussi à découvrir un Dieu qui nous accompagne sur notre vie avec tendresse et bienveillance.

Que cette découverte, cette certitude, nous apporte à chacun une nourriture pour notre vie et une force pour nos pas suivants, comme une brise légère.

Amen