Prédication du 12 mars 2017

Textes bibliques : 2 Rois 4, 1-7; Marc 10, 46-52

Deux récits de miracles qui invitent à la vie. Deux récits de miracles qui ont, vous l’avez peut-être déjà noté, plusieurs similitudes.

Dans les deux récits, les premiers versets exposent la situation, une situation bloquée, dramatique et de grande précarité.

Dans le premier récit, on entend une femme supplier, elle parle de mort, de créancier et d’esclaves. Cette femme exprime, en quelques mots, l’étau qui se resserre autour d’elle et la précarité dans laquelle elle se trouve.  

Dans le deuxième récit, il est question d’un homme aveugle, réduit à la mendicité et lui aussi dans une grande précarité. Il est seul assis au bord du chemin.

Le deuil dans un cas, le handicap dans l’autre et voilà que tout bascule dans la vie.

Combien de personnes aujourd’hui encore dans le monde voient leur vie basculer à cause d’un événement dramatique. La perte d’un travail, la maladie, un handicap, le divorce, le deuil ou les conflits qui entraînent un déracinement, tout cela peut conduire soudainement à une grande précarité.

Lors de la Journée Mondiale de Prière, vécue vendredi passé, nous avons découvert des témoignages de femmes des Philippines dont la vie a basculé un jour et dont la précarité nous a beaucoup touchés. Mais ici en Suisse, souvenons-nous que c’est aussi parfois le cas pour certaines personnes que nous croisons dans la rue.

Voilà donc la situation posée par ces deux récits…

Puis on nous raconte une histoire… une histoire qui conduit, on s’en réjouit, à une fin heureuse. Eh bien heureusement, nous l’avons aussi entendu dans les témoignages venus des Philippines, il y a dans notre monde des dénouements heureux grâce à l’intervention des uns et des autres.

Comme mentionné avant les lectures, je vous invite ce matin à nous arrêter sur les acteurs de ces deux récits, en nous posant la question de qui sont les héros dans ces deux récits.

La femme en deuil et l’homme aveugle serait-on tenté de dire dans un élan de compassion.

Oui, des héros, bien certainement. Parce que tous deux font preuve d’un courage et une confiance extraordinaires. Dans leur situation dramatique voir désespérée, visiblement ils ne baissent pas les bras. Ils se battent pour aller chercher toutes les solutions possibles et ils osent.

La femme ose interpeller le prophète Elisée. Elle le met même devant ses responsabilités: son mari était, comme lui un adorateur du Seigneur et il est mort… On sent entre les lignes les blessures de l’injustice.

Pourtant cette femme ne se laisse pas abattre. Elle ose supplier et ensuite elle ose même parler de l’huile qui lui reste. Une huile pour se parfumer!

L’homme, Bartimée, entend que Jésus passe et cela le fait réagir au quart de tour. Ainsi nous pouvons imaginer que malgré son handicap de vue, il a su rester en lien et à l’écoute de ce qui se passait. Il semble savoir qui est Jésus et ce qu’il pourrait faire pour lui. Alors il se met à crier pour capter son attention au risque de se faire rabrouer par la foule nombreuse suivant Jésus.

Oui, des vrais héros cette femme et cet homme, comme beaucoup d’hommes et de femmes de pars le monde qui se battent pour vivre, pour survivre, pour ne pas baisser les bras et offrir une vie la plus digne possible à leur famille: en luttant contre la maladie, en accumulant les petits boulots mal payés, en prenant le risque du départ pour échapper à la mort, en vivant au bord du chemin.

En lisant la suite du récit, deux autres héros viennent spontanément nous rejoindre: le prophète Elisée et Jésus.

Mais ils sont des héros étonnants parce qu’ils ne font rien de visible si ce n’est d’écouter la demande de leur interlocuteur et de se laisser toucher par la souffrance de celle et de celui qui les interpelle. Et c’est déjà beaucoup!

Elisée invite la femme, à partir de ce qu’elle possède encore, à vivre un miracle. Un miracle où il ne sera même pas présent; où personne, à par ses enfants, ne seront présents. Pas de gestes magiques, pas de paroles fortes, pas de rituels, même pas de prières.

Jésus, lui aussi, dans ce récit, ne fait pas un geste. Lui aussi ne prononce même pas de mot de prière. Et lui aussi part de la demande de l’homme et de sa foi: « Que veux-tu que je fasse pour toi? » La guérison se fait en toute discrétion et elle est attestée juste par ces mots: « Va, ta foi t’a sauvé »

Joie de découvrir que dans le monde, aujourd’hui encore, il y a des hommes et des femmes qui sont des héros parce qu’ils ont un cœur grand ouvert pour recevoir la peine et la souffrance des autres. Parce qu’ils savent accompagner et conduire à la découverte de l’amour de Dieu.

Alors notre héros serait-il aussi Dieu lui-même?

Alors oui, bien sûr, me direz-vous…

Mais, Dieu lui aussi est peu présent ou bien indirectement présent dans ces deux récits.

Il n’est mentionné qu’une seule fois au début du premier récit lorsque la femme présente son défunt mari comme un adorateur du Seigneur.

Il n’est mentionné qu’une seule fois dans la bouche de Bartimée lorsque celui-ci crie à Jésus « Fils de David » titre que les juifs donnaient au Messie attendu en tant que descendant et successeur du roi David.

Dieu effectivement très discrètement présent.

On aimerait tant parfois que Dieu intervienne de façon spectaculaire dans les difficultés de nos vies. Mais je le crois dans la vie de chacun de nous, il y a des miracles que Dieu produit en toute discrétion: le plus souvent à travers ceux qui nous entourent, à travers des circonstances heureuses ou des moments de grâce.

Et je crois aussi, le plus grand miracle c’est reconnaître cette présence de Dieu dans notre vie et ainsi de n’être jamais seul pour la traverser, dans les bons moments comme dans les temps plus difficiles.

Alors ce que je crois c’est que, dans ces deux récits, il n’y a pas que des héros à découvrir mais il y a surtout le miracle de la rencontre et du partage de la parole qui conduisent à un changement de vie radical.

Le miracle de la rencontre et du partage entre une femme en deuil et Elisée, un prophète particulièrement en lien avec Dieu.

Le miracle de la rencontre et du partage entre un homme aveugle et Jésus, le Messie, le Fils de Dieu.

C’est grâce à cette rencontre et à ce partage initié par les premiers héros, les acteurs des deux récits, entendu par les deuxièmes et déposé sous le regard de Dieu que le miracle a pu avoir lieu.

Ainsi ces deux récits sont pour moi avant tout une invitation à aller à la rencontre de notre Dieu. A lui partager nos difficultés, nos souffrances, nos questionnements et à nous mettre à son écoute.

Nous pouvons le faire en vivant une relation personnelle et intime avec Dieu dans la lecture, la prière et le silence.

Nous pouvons le faire aussi en partageant avec d’autres ce qui est lourd pour les uns et pour les autres, en cherchant ensemble le juste chemin et en priant ensemble pour recevoir un nouveau souffle dans notre vie.

Alors puissions-nous sans cesse renouveler dans notre quotidien cette relation avec Dieu qui nous est si précieuse.

Et puissions-nous ensuite par notre lien avec lui, devenir nous-mêmes de vrais héros en devenant « parties prenantes » des miracles conduits par Dieu.

Je termine par ces mots, tirés de la déclaration commune du Pape François et de l’évêque Luthérien lors des commémorations de la Réforme en Suède le 31 octobre dernier et qui parle aussi de héros:

« Enracinés dans le Christ et en témoignant de lui, nous renouvelons notre détermination à être des héros fidèles de l’amour sans limites de Dieu pour l’humanité »

Soyons donc des héros fidèles de l’amour de notre Dieu.

Amen