Prédication :

Psaume 104/1 à 4, 10 à 17

Esaïe 40/27 à 31

Evangile de Matthieu 13/31 à 35

 

Bien-aimés de Dieu,

Petit début, grands résultats ?

Effort dérisoire, peu d’effets ?

Telles sont les questions à la lecture de cette petite légende amérindienne, avec un colibri, laquelle a inspiré les concepteurs et organisateurs de ce festival, et lui a donné son nom.

Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi, agriculteur, poète, essayiste, fondateur du mouvement du même nom :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. » »

Faire sa part, comme individu, pour le bien d’une collectivité. En l’occurrence dans la nécessité et dans l’urgence, pour la survie même de nombreuses espèces. Sans se préoccuper du résultat final. Sans solliciter les autres bruyamment, ni longue coordination. Sans reproche, sans récriminations, juste en se concentrant sur son propre engagement.

Le tatou a raison aussi : l’effort du colibri, en définitive, ne sert à rien. Pas d’abord parce qu’il est trop petit. Mais parce que beaucoup d’autres ne se sentent pas responsables avec lui. Beaucoup d’autres ne se mobilisent pas à sa suite. Alors le feu et la destruction semblent gagner inexorablement.

Comment garder espoir ? Comment infléchir le mouvement vers le bien, la guérison, la vie ? Tournons-nous vers l’Evangile, et vers ce contraste qu’il met en évidence, ce contraste du petit et du grand, par la parabole de cette graine minuscule, la plus petite utilisée par les jardiniers de l’époque. Cette graine, qui une fois plantée, devient un arbre imposant, productif, et un abri pour les oiseaux, ce contraste du petit et du grand, l’Evangile nous en dit aussi quelques mots ce matin.

Ce contraste du petit et du grand, de la presque invisible levure au cœur de l’importante quantité de farine, permettant de cuire de nombreux pains et de nourrir une nombreuse famille, environ 100 personnes, l’Evangile nous en dit aussi quelques mots ce matin.

L’important n’est pas que la graine, ou que la levure, c’est le geste, l’initiative qui est prise, la confiance qui en est à la base, la confiance qu’elle suscite. Le développement du Royaume, c’est-à-dire cette vie nouvelle, en Dieu, de laquelle et dans laquelle la communauté au sens large peut vivre, en est le résultat.

En effet, en d’autres passages, l’Evangile décrit les oiseaux comme ces créatures qui ne comptent que sur Dieu pour les nourrir, les oiseaux qui sont l’illustration de ceux qui ne sont pas dans le souci quotidien de ce qui vient.

Il en est du colibri, de la toute petite graine et de la levure comme de l’engagement, en particulier bénévole, pas nécessairement visible au quotidien, et avec un résultat parfois difficile à constater, mais précieux pour créer ou entretenir du lien entre les gens, prendre soin de l’environnement, développer la vie artistique et culturelle, soulager moralement, matériellement et spirituellement ceux qui passent par des temps difficiles, ici et ailleurs.

A ces divers titres, savez-vous combien d’associations ou de groupes similaires ont été annoncés à la Commune de Morges, qui en tient soigneusement la liste ?

A votre avis combien ?

… (quelques réponses) …

Eh bien, à ma grande surprise, c’est un peu plus de 200 !

Si l’on sait, d’après les chiffres évalués par l’Office Fédéral de la Statistique, qu’un habitant sur cinq s’engage bénévolement, cela représente à Morges plus de 3’000 personnes, donnant pour la collectivité quelque chose comme 500’000 heures par an.

L’on entend souvent parler de « l’effet papillon », cette expression, inventée par un météorologue, Lorenz, qui illustre les très grands changements qui peuvent découler, dans une certaine partie du monde, de toutes petites causes qui se sont produites à l’autre extrémité de la planète. Lors d’une conférence en 1972, Lorenz image le phénomène par cette question : « le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »

L’on entend ainsi souvent parler de « l’effet papillon » dans un sens préoccupant, voire dramatique, s’agissant de la protection de notre environnement.

Eh bien aujourd’hui, l’on peut en effet parler de cet « effet colibri ». Même si, à première vue, l’on ne voit pas grand-chose, il en est du colibri, de la toute petite graine et de la levure comme de l’engagement, en particulier bénévole, que vous assurez, que nous assurons, et qui contribue à ce que le monde aille un peu mieux, à ce qu’il soit plus beau, et à ce que nous soyons heureux et en bonne santé…

Au départ donc, un colibri. L’engagement personnel. Et au bout du compte, d’après l’Evangile, plein d’oiseaux, qui trouvent refuge dans les branches ! J’ai eu entre les mains le plan des stands du Festival, en cours d’installation en ce moment même, là, juste derrière moi. Et ce qui m’a touché, comme d’ailleurs dans les rencontres de préparation avec la Maison des Associations, c’est la diversité. La diversité des personnes, des objectifs, des moyens, qui vont tous dans le sens de la rencontre, du lien social. La diversité des motivations et des convictions, dans laquelle nous pouvons nous sentir bien, même si nous savons que nous ne sommes pas qu’un « collectif », ce terme qu’utilisent ceux qui travaillent dans le monde associatif.

Le sens de notre « collectif », communauté, Paroisse, Eglise, se trouve en effet dans l’Evangile. Il habite, traverse, transcende, nos engagements au service des gens. Il se trouve dans cette annonce de la Bonne Nouvelle, dans la vie transformée par le Christ, nourrie et fortifiée de la certitude de la Résurrection.

C’est en effet bien de cela aussi, dont Jésus parle, dans ses paraboles du jour. Malgré la modestie des commencements, lorsque l’on pense à la toute petite équipe des disciples du début, lorsque l’on se remémore les difficultés rencontrées, et puis l’incrédulité, les violences, les persécutions, les chocs culturels, les divisions internes à la communauté.

Malgré la modestie des commencements, la foi a lancé la graine. La communauté a grandi, mais aussi à travers elle la compréhension, la perception, la conscience, de ce Royaume qui la traverse, la dépasse, et l’oriente. Communauté qui permet de trouver non seulement une identité, mais aussi la force de vivre, ensemble, dans un monde loin d’être simple.

Identité chrétienne, spécificité, conscience de la présence vivante du Christ en nous et autour de nous, telles sont nos caractéristiques dans cette diversité de tous les groupes qui se rencontrent aujourd’hui, et qui tous cherchent de nouvelles bonnes volontés pour leurs actions.

Cette identité, cette spécificité, cette conscience, nous avons à les porter et à les affirmer avec fierté, mais sans esprit de supériorité, avec détermination mais sans prosélytisme forcené.

C’est d’ailleurs dans cet esprit-là que nous l’avons écrit dans le dépliant de présentation du Festival : « Dans une perspective chrétienne protestante, nous accompagnons la population dans les grandes étapes de la vie et les temps difficiles, célébrons Dieu, nous rencontrons autour de la Bible, prions, méditons, partageons, fêtons, formons jeunes et adultes et nous engageons dans le soutien aux plus démunis ici et outremer. »

Dès la fin de ce culte, quelques aménagements seront faits dans ce Temple, qui est intégré au site du Festival, et y accueillera des activités jusqu’à 17h, et comme il y a à boire et à manger, nous pouvons rester, encouragés que nous sommes à aller gazouiller avec d’autres colibris !

Amen.

DEO GRATIAS