PREDICATION :    Jérémie 31/31-34

1 Jean 5/1-5

Jean 17/1-9

Bien-aimés de Dieu,

Lorsqu’une séparation devient inéluctable, que ressentons-nous, dans quel état d’esprit nous trouvons-nous ? Ceux et celles d’entre vous qui ont passé, par exemple, par ce compagnonnage avec un proche dont on sait que la maladie ne lui laissera que quelques jours ou quelques semaines, ceux et celles de vous qui ont passé par là le savent mieux que moi. Il y a ce mélange de révolte, de crainte et d’abandon. Il y a le chagrin que l’on anticipe. Il y a l’émotion et le partage de moments forts du passé, vécus ensemble, il y a souvent aussi la reconnaissance pour ce cheminement commun.

Même si nous savons qu’une coupure peut conduire celui ou celle qui part à l’autonomie, à l’épanouissement dans un nouveau cadre de vie, comme lorsque nous voyons de grands enfants quitter la maison, cette coupure, ce détachement, font naître des sentiments mélangés, entre tristesse et joie, entre appréhension et acceptation.

Dans ces moments-là nous prenons conscience de notre fragilité, c’est vrai. Mais nous nous rendons compte aussi de la force des relations. Des relations dans lesquelles, avec lesquelles et par lesquelles nous vivons. Je parle des relations heureuses, chaleureuses, bien sûr, mais aussi de celles qui nous sont pesantes et pénibles.

Nous ne sommes rien sans relations. Aucun d’entre nous ne peut être humain sans relations. Il a existé dans des pays en situation de pauvreté extrême, des orphelinats, dans lesquels les enfants hébergés étaient certes nourris et habillés, mais où le personnel était si peu nombreux qu’il ne prenait pas le temps de parler aux enfants. Ce manque de communication et de tendresse avait pour conséquence des carences relationnelles, affectives, et au niveau du langage. Ces enfants ont été privés d’une part de leur humanité.

Nous ne sommes rien sans relations. Aucun d’entre nous ne peut être humain sans relations. Comme chrétiens, nous sommes convaincus que Dieu nous a créés ainsi. Et c’est aussi de cette façon-là que lui-même souhaite vivre avec nous, en amitié, en complicité, en partage, en confiance, en communion.

Tout cela, la Bible le nomme alliance. Elle n’est pas extérieure à nous comme pouvaient être vus les commandements, gravés sur des tables de pierre. L’alliance fait partie de notre vie intérieure, de notre conscience. Avec Dieu nous sommes reliés cœur à cœur.

Et cette intimité, que chacune et chacun de nous peut vivre avec Dieu, elle nous est commune. Elle nous est commune en particulier parce que nous partageons le pardon. Parole de Dieu à Jérémie : FC « En effet je pardonnerai leurs torts, je ne me souviendrai plus de leurs fautes. » TOB : « Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus. »

Nous sommes communauté de gens pardonnés. C’est-à-dire de gens libérés du poids et de l’angoisse, du malheur et de la fatalité qui accompagnent les échecs et la mort. Nous sommes communauté de gens pardonnés. C’est-à-dire rendus libres de choisir le bien, pour nous-mêmes et pour les autres, et d’aimer, nous-mêmes et les autres.

Ainsi, cette relation que la Bible nomme alliance, dès lors que nous y consentons, récapitule l’ensemble de nos relations : celle que j’ai en tant que personne avec Dieu, la communauté chrétienne, les humains, et toute la création, mais aussi la relation que nous avons, en tant que communauté, avec Dieu, le monde, la création.

Si en effet la Bible nous raconte la grande histoire de l’alliance que Dieu ne cesse jamais de nous offrir, c’est toujours en tant que communauté que nous pouvons y répondre. Car même si, comme individu, je peux parler d’une relation personnelle avec Dieu, c’est à travers la communauté que la foi m’a été transmise, que la Bible s’est ouverte à moi et que j’ai pu dire oui à la sollicitation de Dieu en Jésus-Christ.

J’ai ainsi parlé de relations, d’alliance et de communauté. Je comprends ainsi ce qui se joue au moment où Jésus prie pour ses amis, selon l’Evangile, la veille de son arrestation. Il sait, il en a informé ses disciples, son existence terrestre va prendre fin, un autre mode de relation va s’instaurer. Lui-même, et ses amis, se trouvent comme entre deux mondes, le premier celui de sa présence physique, le second celui de sa présence spirituelle.

Ces deux modes de présence, nous les connaissons, ne serait-ce que lorsqu’une personne aimée est en voyage dans un pays lointain, sans possibilité de communiquer durant quelques semaines. Notre tendresse pour elle ne s’arrête pas à la distance ou à l’absence physique. Notre tendresse nous fait penser à elle, l’imaginer dans ses pérégrinations. Et nous restons ainsi en relation, cœur à cœur, esprit à esprit. Nous ressentons tour à tour inquiétude ou joie. Nous restons ainsi présents l’un à l’autre, réellement. La relation continue, elle nous fait du bien, elle nous donne la force, le courage, le bonheur de vivre, et aussi de passer au travers des aléas de l’existence, dans l’attente du retour de la personne aimée.

Au moment de passer dans cet autre ordre de relation, cet autre mode de présence, avec ses disciples, Jésus prie pour eux. En même temps il se prépare et cherche à les préparer à ce qui vient. Et en plus, il montre comment rester en relation.

Même Jésus prie. Il a besoin de parler à Dieu pour entretenir la relation, mettre des mots sur ses préoccupations et ses doutes, exprimer sa joie et sa confiance.

Sa prière nous indique le chemin. C’est comme s’il nous disait : la prière vous permet de rester reliés, à moi-même et à mon Père. La prière c’est ce dialogue cœur à cœur, offert en tout temps par Dieu qui vous écoute. Dans la prière, il y a cette présence spirituelle, l’amour inconditionnel de Dieu le Père, qui est là, qui vous maintient dans la fidélité et dans la confiance.

Jésus à ce moment-là sait bien au-devant de quoi il va et au-devant de quoi nous irions, nous aussi. Injustice et souffrance se sont collées à lui dans les derniers jours de sa vie. Elles sont partout dans notre monde, d’innombrables manières.

En cela aussi la prière de Jésus se joint à la nôtre, pour porter l’injustice et la souffrance qui touchent tant les humains que la création. Sa prière se joint à la nôtre pour dire à Dieu notre besoin de force et de courage, de fidélité et de confiance, pour résister à cette injustice et à cette souffrance, au mal et à la mort.

Juste avant de prier d’ailleurs, il a déclaré à ses amis : FC « Je vous ai dit tout cela pour que vous ayez la paix dans l’union avec moi. Vous aurez à souffrir dans le monde. Mais soyez courageux ! J’ai vaincu le monde ! » TOB : « Je vous ai dit cela pour qu’en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ! »

On pourrait penser que cette prière de Jésus, les encouragements qui vont avec, et qu’il adresse au petit groupe de ses amis, est effectivement limitée dans le temps et dans l’espace. Mais il y a cette mention de « tous ceux qui croiront à cause de leur prédication », une mention universelle, qui concerne et englobe tous ceux qui deviendront chrétiens par la suite, sans limites dans le temps, sans limites dans l’espace. La prière de Jésus nous inclut. Dans l’intimité d’une petite pièce, en haut d’une modeste maison de Jérusalem, dans les années 30 de notre ère, c’est aussi à nous que Jésus pense.

C’est à nous qu’il pense avec toutes les difficultés que nous pouvons connaître dans notre tâche de transmission de l’Evangile, de partage de la Bonne Nouvelle au jour le jour, face à l’indifférence, face à l’athéisme, et même face à la violence.

Nous sommes participants et continuateurs de l’œuvre de Jésus-Christ. A la suite de l’Evangile, l’apôtre Jean renforce encore notre motivation : FC « Voici comment nous remportons la victoire sur le monde : par notre foi. Qui peut vaincre le monde ? Seul celui qui croit que Jésus est le fils de Dieu. » TOB : « Et la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi. Qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le fils de Dieu ? »

Aujourd’hui, je crois que notre compagnonnage avec Jésus continue, au jour le jour, et que, lorsque nous sommes dans cette amitié, rien ne peut la détruire.

                                                                         Amen.

DEO GRATIAS