NB : cette brève prédication vient en complément et en écho au témoignage, lors du culte du 28 janvier 2018, d’Alessandro Cuozzo Vilà, envoyé du DM-Echange et Mission au Mexique en 2017.

 

Portrait :

https://www.dmr.ch/echange-communautaire/alessandro-cuozzo-vila.html

 

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https://www.dmr.ch/data/documents/envoyes/LN_ACuozzoVila_1.pdf (remplacer le 1.pdf par 2.pdf, 3.pdf, 4.pdf ou 5.pdf pour lire chacune des 5 lettres).

 

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BREVE PREDICATION :

Evangile de Jean 5/1 à 18

Bien-aimés de Dieu,

Le message d’Alessandro témoigne de quelle façon un texte comme celui d’aujourd’hui peut résonner, avoir un effet, dans la vie des gens. C’est sans doute une première manière d’entendre le mot guérison : une sortie de la fatalité, un échange d’idées, une créativité stimulée.

Et aussi : l’adaptation à de nouvelles conditions de vie, la découverte de certaines recettes alimentaires (demandez à Alessandro sa recette de crêpes au ramon – noyer-maya), la reforestation, … et j’en passe.

Sur le texte biblique, le dossier de préparation de ce dimanche donne des pistes de compréhension à cet égard, et je m’en inspire ici largement, avec reconnaissance envers les collègues théologiens qui les ont préparées.

L’immobilité, l’attente passive, la fatalité, voilà les premiers mots qui viennent à l’écoute de l’histoire de l’homme paralysé que Jésus rencontre. A noter d’ailleurs que comme souvent dans l’Evangile, il est qualifié par la maladie qui le touche, mais pas par son prénom. Un homme malade qui n’a pas de nom, c’est un « cas », ce à quoi la médecine a malheureusement souvent réduit la personne souffrante, à une certaine époque. Mais un homme malade qui n’a pas de nom, nous représente aussi nous les humains souffrants, malades, paralysés, en attente désespérée de changement.

A ce titre d’ailleurs, la précision sur la durée de son attente est redoutable : 38 ans, c’est d’après ce que l’on sait l’espérance de vie à l’époque. Ce qui veut dire que cet homme attend la guérison, un changement, depuis un temps infini au regard d’une existence humaine !

A l’image de cet homme nous sommes également. Dans la paralysie du corps ou de l’esprit, dans une attente d’exaucement vis-à-vis de Dieu qui ne trouve pas de réponse, dans la dépendance envers d’autres, dans un manque de confiance et une passivité vis-à-vis de nous-mêmes.

Comme dans plusieurs mêmes récits, Jésus pose la question : « Veux-tu être guéri ? », ailleurs il demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Et alors que la plupart du temps les personnes interpellées répondent sans détour, disent en « je » leur souci, leur mal, leur désir, celui-ci formule bien étrangement sa réponse : « Maître, je n’ai personne pour me mettre dans la piscine quand l’eau est agitée ; pendant que j’essaie d’y aller, un autre y descend avant moi. »

Certes l’on n’est pas là pour disserter sur les raisons de son état, ni sur sa bonne volonté ou ses efforts. Il est vrai qu’il essaie. Mais il compte sur un autre. Et il est tout entier suspendu à cette dépendance d’un autre, d’une bonne volonté, qui voudrait bien prendre soin de lui. Et avec la tournure de la phrase, je pense même qu’il ne demande même plus, à la souffrance physique et psychique se sont ajoutées la résignation et la solitude.

« Lève-toi, prends ta natte et marche. » Trois ordres brefs qui claquent. Comme par contraste avec la durée de cette attente. Insupportable aux yeux du Christ que cela ne dure ne serait-ce qu’une minute de plus. Et l’on ne passe même plus par la case « piscine ». L’homme obéit.

Par la parole, Jésus fait alliance avec l’homme, il le rend partie prenante en même temps qu’il le rend à lui-même, et le mobilise. Malgré les difficultés, il croit l’être humain capable de relation, disponible à être mis en mouvement. Oui Jésus montre que la guérison, c’est un mouvement, bien sûr vers l’autre, mais aussi vers soi-même. Une réintégration, une réparation, une résolution.

Cet Evangile nous interpelle dans toute situation où en tant qu’être humain nous pouvons nous reconnaître, avec nos insuffisances, nos incapacités, nos blocages, nos maux quel qu’en soit le nom.

Mais aussi avec le Christ, sur le potentiel de transformation de conditions de vie difficiles, ici et ailleurs, sur le plan de la santé, de l’agriculture ou de l’éducation, pour ne citer que ces quelques exemples.

Ce sont l’énergie et l’espérance qui nous portent.

                                                             Amen.

DEO GRATIAS