Textes : Esaïe 55/1 à 7

1 Jean 2/20 à 29

Prédication :

Evangile de Jean 14/12 à 21

Bien-aimés de Dieu,

Des discours d’adieux, nous en avons tous entendus un certain nombre. Préparés ou improvisés, ils sont prononcés souvent avec émotion, lors d’une cérémonie, lors d’un apéro, au moment du départ à la retraite d’un collègue, ou au moment où un fils ou une fille part pour une longue période en séjour d’études à l’étranger. Elles sont nombreuses les circonstances de ce genre dans nos vies.

Des discours d’adieux, nous en entendons aussi quelquefois lors des obsèques, lorsque parents ou amis évoquent la mémoire du défunt, racontent des souvenirs, rendent hommage. Et lorsqu’ils le font, ils s’adressent directement à la personne : ils lui disent « tu », et cette personne, elle est encore vraiment là, elle garde sa place dans les cœurs, on la sent encore tellement présente.

Dans ces discours d’adieux, l’on cherche à exprimer des choses vraiment importantes, des sentiments forts, des conseils, des vœux. Ils portent, ces discours, tout le poids de l’amitié, de la tendresse, de l’amour. Et l’on concentre ce que l’on évoque, parce que le temps est compté. Et tant qu’il parle, l’on n’interrompt pas celui qui s’exprime. Ce qui compte en effet, c’est ce maintenant. Et ce maintenant doit être pleinement vécu.

Ce que Jésus adresse à ses disciples avec ses paroles, avec ses enseignements, avec ses encouragements, avec ses promesses, dans ces versets, c’est un discours d’adieux. L’Evangile le situe dans la nuit, aux heures qui précèdent l’arrestation, la parodie de procès, puis l’exécution de Jésus. Jésus s’adresse longuement à ses amis, personne ne l’interrompt, tous boivent ses paroles, cherchent à les retenir, et aussi à les comprendre si possible.

J’essaie d’imaginer leur émotion, mêlée d’excitation, de tristesse, d’incrédulité. Jésus a déjà plusieurs fois été très clair à propos de sa mort prochaine, et de sa résurrection. Les disciples prennent ainsi conscience que cet ami, là, si proche, si bon, si bienveillant, va disparaître. Oui peut-être que c’est cette perspective-là aussi qui les laisse sans voix.

Il est encore là, et pourtant, à très court terme, il va falloir envisager l’après. Cet « après », personne ne sait de quoi il sera fait. C’est le problème de l’existence, de la survie, de la continuité de cette communauté si fragile des croyants après son départ. Se bousculent les questions d’identité, de place dans le monde, de perspectives. Mais aussi celles des ressources : où trouver les forces pour s’adapter à la nouvelle situation, trouver aussi de nouveaux moyens de porter et proclamer le message de l’Evangile ?

Tous ceux et celles qui aiment Jésus ressentent la même nécessité, la même tension, autour de l’existence même de la communauté, de l’Eglise, à commencer par sa réalité la plus quotidienne : la Paroisse locale. C’est vrai au moment où dans la nuit Jésus s’adresse à ses amis, c’est vrai au moment où un certain nombre d’années plus tard l’Evangile est écrit et mis en forme, c’est vrai aujourd’hui où la place des Eglises et des chrétiens dans la société est remise en question. Soit fortement par la violence, avec persécutions et assassinats, soit de manière plus insidieuse, par le déni de sa capacité et de sa pertinence à intervenir dans les questions de société, par le mépris des personnes, par l’indifférence ou la caricature.

Je nous vois ainsi tous, tous les chrétiens, de tous temps et de tous lieux, dans cette fragile équipe des disciples en attente de ce qui va survenir, avec la soif de la présence du Christ, avec cette attitude de prière pour qu’il nous guide, pour qu’il nous fortifie.

Alors, dans toute cette attente, dans toute cette émotion, dans toute cette inquiétude, viennent trois promesses :

1 « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes… »

2 « Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. »

3 « Je demanderai au Père de vous donner quelqu’un d’autre pour vous aider, l’Esprit de vérité, afin qu’il soit toujours avec vous. »

Première promesse, elle concerne la foi et l’annonce de l’Evangile : « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes… » Jésus reconnaît et valorise ici la foi de ses amis. Au début du chapitre, il leur parle de leur inquiétude, il les apaise autant que faire se peut. Maintenant, il s’agit de la foi, plus forte que tout sentiment négatif ou découragement, la foi qui traverse et transcende toute la vie humaine, la foi comme don, fil conducteur, essentiel indestructible.

Jésus reconnaît et valorise ici la foi de ses amis. La foi, c’est ce lien qui les unit, la conviction qu’il dit vrai, et que sa parole transforme l’être humain et le monde. Et ce lien a en germe cette puissance de vie, avec la foi est déjà là cette possibilité de développer de nouvelles manières de transmettre l’Evangile, d’inventer, de créer des gestes et des paroles adaptés aux circonstances et aux lieux les plus divers. Et ça, ce sont les œuvres « plus grandes ». Au moment de la Réforme, ce fut de mettre la Bible à la portée de tous, dans la langue que chacun parlait. Aujourd’hui, c’est d’imaginer les moyens de rejoindre des populations là où ils sont engagés, là où ils sont présents, y compris avec les nouveaux moyens de communication électroniques.

Deuxième promesse, elle concerne la prière : « Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » D’habitude, à l’époque, c’est Dieu que l’on prie. Et Jésus se dit ici destinataire de la prière. Cette prière est dans la continuité de la foi. Elle est aussi cette relation des disciples, des chrétiens, avec Jésus. La prière c’est la confiance en sa présence, la conviction qu’il connaît nos besoins, en particulier notre besoin d’amour. En plus il y a là cette certitude de l’exaucement, l’une des choses sans doute des plus difficiles à admettre. Car ils sont nombreux les exemples que vous pourriez me donner d’exaucements que vous n’avez pas reçus.

Mais plus que la réalisation de tous nos désirs, nombreux et contradictoires, il faut comprendre cette promesse dans le contexte de cet ensemble de trois promesses. Il s’agit ici de ce que Jésus fait, la transmission de l’Evangile, et de ce que ses disciples sont appelés à faire, la transmission de l’Evangile. Dans ce cadre-là, la promesse d’exaucement concerne tout ce qui sera demandé pour que l’Evangile soit transmis, relayé, enseigné, au plus grand nombre, dans les années et les siècles à venir, et en toutes circonstances.

Troisième promesse, elle concerne l’Esprit Saint. Elle dessine la perspective de la Pentecôte : « Je demanderai au Père de vous donner quelqu’un d’autre pour vous aider, l’Esprit de vérité, afin qu’il soit toujours avec vous. » Dans les versets que nous lisons se dessine déjà cette intuition qu’a l’auteur des liens d’amour réciproques du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint représente la présence même de Dieu dans le Christ incarné, c’est-à-dire Christ en tant qu’homme. La présence de Dieu en lui, dans les limites que le Christ connaît, en tant qu’homme, du point de vue du temps et du point de vue de l’espace.

Jésus a ici l’initiative, l’autorité, de transmettre cette présence de Dieu de lui-même à ses amis. Je cite le théologien Jean Zumstein qui écrit : « la notion d’Esprit désigne la façon dont Dieu rencontre l’être humain. » (Commentaire de l’Evangile selon Jean, 13-21, p. 73). J’ajouterai : l’être humain croyant, acceptant cette rencontre, acceptant de recevoir de Dieu la vie. Contrairement à ce que l’Evangile de Jean désigne par le terme « monde », qui représente la révolte humaine contre Dieu.

Nos Bibles mentionnent quelquefois un terme curieux désignant l’Esprit Saint, « le Paraclet », d’après le mot grec. La diversité des traductions possibles montrent la riche diversité des rôles de l’Esprit Saint. C’est celui qui est « appelé auprès de ». On y retrouve les idées d’écoute, de soutien, d’assistance. Il est le représentant, l’interprète, celui qui révèle et enseigne.

Au centre du rôle de l’Esprit Saint auprès des croyants, il y a la proclamation de la Parole. Il est celui par lequel, dans la vie des croyants, le Christ continue à être présent, à parler, à agir.

Ainsi avons-nous traversé ce passage, et reçu à nouveau pour nous-mêmes ces trois promesses. La Parole du Christ continue à être vraie, à être forte, à nous relier à lui, et par nous elle peut illuminer et transformer le monde. Elle va nous aider à continuer de nous impliquer, de nous engager, dans cette société, avec cette tranquille confiance qui nous donne notre identité, qui donne sens à notre vie.

Nous sommes les joyeux porteurs du Christ !

Amen.

DEO GRATIAS