Prédication :  Matthieu 3/13-17

                    Psaume 127/1-5

Philippiens 1/3-11

Bien-aimés de Dieu,

Je n’ai pas eu beaucoup à chercher pour trouver un texte et un sujet de message pour aujourd’hui. Au moment, il y a deux semaines, où j’ai rencontré la famille Pelet, qui ce matin baptise son fils Jordan à Echichens, les parents m’ont raconté comment le choix du prénom de leur fils s’était décidé.

Les passages bibliques tels que les versets d’Evangile de ce matin y ont été pour quelque chose. Et mettre ainsi en relation le baptême de Jésus dans le Jourdain, et le baptême de Jordan au nom de Jésus, c’est nous relier à cette parole fondamentale qui donne sens à notre vie, à la vie de famille, à la vie de l’Eglise. Car en effet Jordan est baptisé au nom de Jésus, au nom du Fils, comme il l’est au nom du Père et au nom de l’Esprit.

Alors je remercie la famille Pelet, qui me donne ainsi l’occasion de parler de ce qui est à l’origine de notre vie chrétienne et nous recentre. Et l’eau y joue un rôle essentiel.

Chacune et chacun de nous en effet a baigné dans l’eau entre 7 à 9 mois avant de venir au monde, de venir à ce monde, d’être éveillé à cette vie, et de prendre son souffle. Le baptême de Jésus le rappelle dans le texte : il est plongé dans l’eau et il se redresse. Symboliquement une seconde naissance.

Et il reçoit l’Esprit Saint. L’Esprit, c’est Dieu en tant que Souffle, en tant que respiration pour commencer. Et il l’est depuis les tout premiers mots de la Bible, lorsque l’auteur biblique de la Genèse écrit : « L’Esprit du Seigneur planait sur les eaux. »

Car l’eau, en effet, elle est belle et bonne, elle nous constitue pour 65% de notre corps (nouveau-né 78%…), elle nous rafraîchit, elle nous abreuve, elle nous nettoie, elle est cette ressource si précieuse qui fait que notre planète est appelée planète bleue.

Elle peut aussi être dangereuse, lorsqu’elle déborde, lorsqu’elle submerge. Elle donne la vie et maintient la vie, mais elle peut devenir sauvage, menaçante, forte et terrible, et entraîner dans la mort.

Dans la mémoire ancienne du peuple de Jésus, l’eau reste d’ailleurs toujours attachée à ce souvenir-là, l’eau menaçante, profonde, inconnue. Le souvenir de ce chaos primitif sur lequel l’Esprit de Dieu planait aux origines. Bien qu’ils sachent, bien entendu, que l’eau leur est nécessaire et précieuse dans un pays chaud et pour une part désertique.

Jésus qui passe sous l’eau et qui se redresse, c’est ainsi aussi l’être humain qui passe par une mort et une résurrection. L’être humain qui vit et continue à vivre par ce souffle qu’il retrouve.

L’une des émotions les plus fortes de la vie, c’est lorsque l’on se penche sur le berceau d’un tout-petit paisiblement endormi. Et que l’on prend le temps d’écouter, de percevoir, son souffle léger et régulier. Une petite musique toute discrète, délicate et fragile, qui nous dit que la vie est là.

Et dans ces moments, beaucoup sommes-nous qui partageons cette conviction : « Des enfants, voici les vrais biens de famille, la récompense que donne le Seigneur », telle que la formule ce Psaume de la Bible lu il y a quelques instants.

La reconnaissance est là pour ces petits bonshommes, ces petites bonnes femmes, que nous mettons au monde, sur lesquels nous sommes appelés à veiller, et que nous avons à accompagner, à aider à grandir, jusqu’à l’âge adulte.

Nous allons vivre / avons vécu une liturgie de baptême un peu particulière ce matin. Les parents de Jordan, Amélia et Benoît, n’ont pas souhaité donner de parrain et de marraine à leur fils. Nous avons cheminé avec eux pour en comprendre les raisons. L’une d’entre elles est qu’ils souhaitaient un accompagnement fort et durable de personnes qui ne considèrent pas simplement qu’être parrain et marraine est un signe d’amitié pour les parents, mais qui sont prêts à s’engager sur le plan de la foi, prêts à transmettre quelque chose de ce point de vue, avec eux, à leur enfant. Des gens de la même génération, justement pour vivre les choses dans la durée. Et après recherches, ils n’ont pas pu trouver des personnes correspondant à ce profil.

S’il n’y a pas de parrain et marraine pour Jordan ce matin, il y a par contre une nombreuse famille, du côté de la maman, du côté du papa, dont plusieurs membres sont bien enracinés du point de vue de la foi, et auxquels il est fait confiance pour assurer leur part de cet accompagnement spirituel.

Et puis il y a nous tous. Nous les chrétiens de Morges et Echichens, les paroissiens, qui avons ce rôle d’accueillir Jordan, de prier pour lui. Et aussi de nous engager, et de faire en sorte qu’existent à long terme dans notre région des visiteurs et visiteuses allant voir les familles aux anniversaires de baptême, des groupes d’Eveil à la Foi, de culte de l’enfance et de catéchisme, afin que Jordan puisse connaître et aimer Jésus, découvrir avec d’autres la Bible, et confesser sa propre foi, à la suite de son papa qui nous la lira / l’a lue ce matin, et à la suite de nous tous.

Et au fond, quand nous regardons bien le texte de l’Evangile, qui a assisté au baptême de Jésus ? Qui l’a accompagné ? Le texte nous parle de Jean le Baptiste, une sorte d’ermite, de prophète, qui appelait les foules à revenir à la pureté de la foi, et Jésus lui-même. Et puis on nous dit que Dieu est présent, par l’Esprit Saint qu’il envoie sur Jésus, cet esprit comme une force, avec lui, tous les jours, pour accomplir sa mission.

Et puis qui d’autre ? Si je me réfère aux versets précédents, on nous raconte que des foules entières venaient à la rencontre de Jean, et les gens se faisaient baptiser. Lorsque Jésus se présente à Jean, ces foules sont sans doute encore là, assistent à l’événement, l’accompagnent en quelque sorte. Mais il n’y a pas de parrain et marraine. En tout cas pas au sens où nous le concevons aujourd’hui, une conception issue du 12ème siècle, quand s’est systématisée la pratique, imposée par l’Eglise, de choisir des personnes prêtes à appuyer les parents du point de vue de l’éducation religieuse, mais aussi de leur suppléer en cas de malheur.

Avec notre manière de célébrer ce matin ce baptême, nous rejoignons ainsi sans doute les origines décrites dans l’Evangile du jour. Et nous sommes dans la continuité de la foi, celle qui nous a été transmise au fil des générations.

Nous sommes aussi dans l’universalité de la foi, celle de chrétiens qui la confessent tout autour du globe, et en particulier dans des pays comme la Corée du Nord, la Somalie, le Turkménistan, et qui vivent dans des contextes d’opposition, de haine, de violence. C’est pour cela que j’ai aussi placé sur le Billet du culte l’image de cette journée, « Dimanche de l’Eglise persécutée », durant laquelle nous prions, et sommes en communion avec ceux dont l’exercice de la foi chrétienne est si difficile.

Nous-mêmes vivons dans un contexte de société où il est possible de proclamer et de vivre notre foi en sécurité, sans risque pour notre vie ou pour nos biens. Il n’y a pas d’opposition déclarée si ce n’est celle, diffuse, de l’indifférence qui, si elle n’est pas agréable, n’en est certes pas pour autant insupportable.

Dès lors, à la suite des interpellations de ce matin à propos du baptême et de la vie chrétienne, notre responsabilité spirituelle doit se déployer dans trois directions :

1) prier pour nos frères et sœurs dans la foi qui subissent violence et discrimination, et pour les auteurs de ces violences, en particulier les autorités des Etats concernés

2) nous informer en permanence (voir le lien sur la première page du Billet du culte), et informer autour de nous en rappelant par exemple que ne serait-ce que du seul point de vue des droits humains, les chrétiens sont la communauté religieuse la plus persécutée dans le monde

3) travailler sur nous-mêmes pour toujours garder à l’esprit que la liberté de chaque personne est une condition fondamentale de la foi, et que si nous en bénéficions nous-mêmes ici avec tout le profit et le bonheur que cela représente, travailler aussi pour que dans notre société cette liberté ne soit jamais entravée par aucune autorité ou aucune idéologie.

                                                                          Amen.

DEO GRATIAS