Michel Muller pasteur – 2017

Texte complémentaire : Esaïe 41/8 à 13
PREDICATION : Actes 14/1 à 7, 19 à 28
Bien-aimés de Dieu,
Au moment de choisir vos prochaines vacances, quelles images aurez-vous donc à l’esprit ? Sans doute des images qui reflèteront votre besoin de repos, de dépaysement, de découverte, de rencontres, de baignade,…
Au moment de choisir vos prochaines vacances, quelles images aurez-vous donc à l’esprit ? Images de soleil et de plage, de nourritures et de coutumes locales, de culture et pourquoi pas de visites en des lieux emblématiques de la spiritualité locale.
Alors, ces images, qui accompagnent le désir de partir, qui doucement se transforment en projets de voyage à concrétiser et à organiser, toutes ces images, vers quelle destination vont-elles vous entraîner ?
Tenez, ce matin, je vous propose trois pays : l’Erythrée, le Yémen et les Mal-dives. Ce sont les trois seuls sur ma liste, à voir ensuite quel arrangement sera possible…
Erythrée, Yémen et Maldives.
Avec les images que j’ai présentées à l’instant, plusieurs d’entre vous auront sans doute plutôt pensé aux Maldives, île paradisiaque de l’Océan Indien, au sud de l’Inde, certes touchée par le tsunami en 2004, mais reconstruite depuis. Les Maldives, dont le slogan destiné aux touristes est « the sunny side of life » (le côté soleil de la vie).
Aujourd’hui, j’ai mis cette modeste carte du monde sur la table de communion. Elle s’intitule « là où la foi coûte le plus ». Editée par l’organisation Portes Ou-vertes, qui tout au long de l’année défend la liberté religieuse, effectue et do-cumente des recherches en particulier sur la persécution des chrétiens dans le monde, cette carte présente un « index de persécution », d’après le nombre de situations rapportées, le nombre de personnes touchées, dans les différents pays.
Sur cet index, les Maldives figurent au 13ème rang, et j’aimerais vous dire pour-quoi. Le dossier préparé par Portes Ouvertes, et autres organismes en lien avec le Réseau évangélique suisse, nous présente en effet la face cachée des Maldives. Je cite ce dossier :
« Le régime suit une interprétation stricte de l’islam et, de plus, doit faire face à des troubles politiques. La liberté de la presse et les libertés citoyennes sont sévèrement limitées. L’islam sunnite est religion d’Etat. D’après la Constitution, le pays est à 100% musulman. Un non-musulman ne peut donc pas devenir citoyen maldivien. Un Maldivien perd sa citoyenneté s’il se convertit à une autre religion. »
A propos des chrétiens maldiviens, le dossier poursuit : « Officiellement, il
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n’existe pas de chrétiens maldiviens. Le nombre des chrétiens clandestins est estimé à quelques milliers seulement (ndr : population totale environ 400’000 habitants). Les convertis ne peuvent pas se réunir. L’importation de bibles ou de littérature chrétienne en dhivehi, la langue du pays, est interdite. Les chré-tiens étrangers et les travailleurs migrants sont étroitement surveillés (…) La possession de littérature chrétienne est passible de prison. La quasi-totalité des chrétiens clandestins doivent cacher leur nouvelle foi à leur famille et ne peu-vent se réunir qu’en cercles privés très petits. La surveillance très étroite ne permet même pas d’organiser des cours clandestins pour les chrétiens maldi-viens. »
Je décris ici une situation dans laquelle une certaine vision, une certaine inter-prétation de l’islam, entraînent violence et répression vis-à-vis de chrétiens. A ceci il faut ajouter que dans d’autres pays, par exemple en Inde, ce sont des groupes hindouistes fondamentalistes qui brûlent des églises et maltraitent les chrétiens. Lorsque l’on parle de persécution, dirigée contre nos frères et soeurs dans la foi, il s’agit de rendre compte des faits, sans stigmatiser globalement l’ensemble d’une confession ou religion à laquelle les persécuteurs disent ap-partenir.
Et il s’agit d’ajouter aussi qu’il est arrivé, et peut-être arrive encore, un peu partout dans le monde, à des chrétiens de se laisser malheureusement aller à ostraciser et violenter les fidèles d’autres religions, et ça aussi, c’est inadmis-sible.
Le livre des Actes des Apôtres témoigne de cette réalité d’hostilité, d’agressions verbales et physiques parfois graves et meurtrières, auxquelles les premiers témoins de la foi ont été confrontés. Nous en avons aujourd’hui un exemple dans le récit des paroles, faits et gestes de Paul et Barnabé dans deux villes d’Asie mineure.
Leur étape précédente est Antioche de Pisidie, ville dont ils ont été expulsés après y avoir prêché l’Evangile, ce qui a suscité agitation et opposition, princi-palement de la part de la communauté des Juifs.
A Iconium, le scénario se répète. L’on est dans cette ville plutôt dans l’arrière-pays phrygien, où la culture grecque est un peu moins présente, mais où il y a également une communauté juive. Et dans cette situation-là, souvent les apôtres commencent par se rendre à la synagogue.
Un certain nombre de Juifs et de « Craignant-Dieu », des païens attachés à la foi juive, sont touchés par la parole prêchée, par les guérisons qui attestent de la compassion de Dieu pour les humains dans leur fragilité. Remués et ainsi convaincus, ils se convertissent. D’autres s’opposent violemment et impliquent la population locale dans les actes de violence vis-à-vis des apôtres. C’est un véritable lynchage qui est organisé, et devant cette haine et ce rejet, Paul et Barnabé se retirent et partent vers d’autres villes de la région.
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C’est l’une des réactions possibles face à la persécution. Cela arrive encore de nos jours : le départ, la fuite, pour préserver sa vie, pour préserver aussi la capacité et la possibilité de témoigner, ailleurs ou plus tard si le retour s’avère faisable. Paul et Barnabas pourraient rester, mais ils ne s’obstinent pas, et ne prennent pas de risque inconsidéré. Cette attitude est aussi celle de la con-fiance, confiance en Dieu que sa parole, proclamée par leurs soins, ne restera pas sans effet, et que lui-même va veiller sur tous ces nouveaux croyants. Et aussi confiance en ces nouveaux croyants eux-mêmes, en leur force intérieure, en leur autonomie et en leurs capacités de s’organiser.
Le récit se poursuit par la mention de leurs visites à Lystre d’abord, puis à Derbe. Ces villes sont de moindre importance, plutôt de gros bourgs de la campagne. Nous ne lisons pas ce matin ce qui s’est passé à Lystre, mais je mentionne simplement qu’après la guérison d’un homme boiteux, une foule enthousiaste s’enflamme et prend les apôtres pour des dieux venus les visiter et veut leur offrir un sacrifice. A grand’peine Paul et Barnabas se tirent de cette situation, se situant sous l’autorité divine et invitant la population à se tourner vers le Seigneur.
On aurait pu en rester là, mais les persécuteurs d’Antioche de Pisidie et d’Iconium ont de la suite dans les idées. Ils retournent cette foule influençable et versatile, et la conduisent à lyncher Paul. Rescapé de cette agression, il quitte la ville le lendemain avec son compagnon.
Les histoires que l’on entend aujourd’hui à propos de la persécution des chré-tiens contiennent souvent cette réalité de la manipulation. Manipulation de l’information par la rumeur, les fausses accusations, la distillation de la crainte de la différence, l’argument de la menace sur la culture ou le style de vie. L’autre, qui professe d’autres convictions, qui vit selon d’autres standards, d’autres valeurs, est alors vu comme un danger pour la communauté, il n’y a de solution que de le rejeter, de l’expulser ou de le mettre à mort.
Avec ces quelques mots s’élargit la réflexion, et cela nous tourne vers nous-mêmes, et nos réflexes de peur, nos représentations irrationnelles, mélange de colère, de méfiance, de sclérose identitaire. Et de la compassion pour nos frères et soeurs persécutés, ou de l’idée de nous trouver un jour nous-mêmes persécutés, nous découvrons, glacés d’effroi, qu’en somme, nous ne sommes pas si loin que ça d’avoir le profil du persécuteur. Alors nous prierons le Sei-gneur de renforcer notre confiance en lui, en nous-mêmes et en l’autre, dans le sens de l’écoute, de la bienveillance, de l’accueil. De nous sentir certes enra-cinés dans la foi, mais ouverts et sans crainte de l’autre ou de l’ailleurs.
A Derbe, Paul et Barnabas ne connaissent pas de problème notable, et il semble que tout se passe de façon plutôt paisible. Après cette étape, ils entre-prennent de revenir auprès de ceux qui, des mois auparavant, les ont envoyés, depuis Antioche-sur-l’Oronte, situé dans le Liban actuel, afin de leur rendre compte de leur mission.
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Mais ce chemin de retour, ils le font en repassant par les villes précédemment évangélisées. A chaque endroit, ils exhortent, préviennent, mettent en place une structure communautaire, confient au Seigneur. Ils font en sorte qu’existe une direction, un « leadership » local, fort, autonome, légitime, qui va prendre la direction et la responsabilité de la communauté locale. C’est cela le modèle de l’évangélisation ou du témoignage : c’est oeuvrer en respectant la liberté de tous, la liberté d’adhérer ou non à la foi, la liberté aussi d’agir et de s’engager selon les conditions et les coutumes locales, avec la bénédiction du Seigneur.
Certains témoignages de chrétiens dans des pays où ils sont malmenés et souffrent font état de leur courage, et de leur détermination à rester, à la fois parce qu’ils acceptent de payer le prix et considèrent qu’il fait partie de la pro-clamation de l’Evangile et de la vie chrétienne, et à la fois parce qu’ils posent la question : si nous nous en allons, qui va annoncer le Christ aux habitants chez nous ?
C’est avec respect et humilité qu’il s’agit de recevoir ces quelques échos de leurs détresses et de leurs tribulations. Et de prier pour eux, afin qu’ils puissent vivre, être soulagés et libres de pratiquer leur foi, mais aussi afin de ne pas les oublier, car ils sont nos frères et nos soeurs, et nous les aimons.
Amen.
DEO GRATIAS