PREDICATION :    

Genèse 39/1 à 6

Matthieu 2/13 à 15

Actes 4/32 à 37

Bien-aimés de Dieu,

Lors du culte de la Pentecôte nous a été prêché ce verset, parole de Jésus mentionnée à la fin de l’Evangile de Matthieu : « Allez donc auprès des humains de toutes les nations et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à obéir à tout ce que je vous ai commandé… »

Ces mots disent le statut et la mission de la communauté. C’est l’impérative responsabilité de tous les croyants de partager et de diffuser ainsi le message laissé par le Christ. Derrière toutes les nations, il y a bien sûr un critère géographique. Mais je pense que derrière « nation », il y a aussi à comprendre tout groupe de personnes ici même, là où nous vivons, à qui notre Eglise peine parfois à s’adresser, à qui elle ne pense pas nécessairement, et pour qui elle n’investit pas forcément le temps et les moyens nécessaires.

De plus, j’en viens à penser que ce verset, nous le comprenons souvent trop exclusivement d’une manière « Occident-centrée ». Et c’est ce que nous signalent les mouvements migratoires, tels que nous les voyons, avec des populations qui se déplacent pour des causes multiples, qui pour certains demandent asile.

Et si je me demandais ce qu’ils m’apportent, ce qu’ils peuvent nous apporter, au lieu de les considérer comme une menace ? Et si je les regardais avec cette vision de la foi, pour me rendre compte que je suis à mon tour destinataire de ce message du Christ qu’ils m’annoncent, avec une nouvelle compréhension du monde et des convictions chrétiennes ? Et si nous les considérions avec ouverture, reconnaissants de cette possibilité d’échange et de renouvellement ?

Le mouvement, en somme, s’inverse. Je lisais à ce propos il y a quelques jours, dans un grand quotidien romand (pas celui qui va disparaître !), un article sur l’un des prêtres de Nyon, lui-même Congolais, et dont les confrères sont respectivement Polonais, Chinois et Indien ! Voilà juste une petite illustration de mon propos : d’autres sont venus d’ailleurs expliciter l’Evangile et nous enseigner comment vivre ensemble comme des frères et sœurs. De « nous vers eux » à « eux vers nous », et ensemble devant, avec une même Parole.

Enfin, le verset de Matthieu, nous le recevons dans notre liberté, alors que d’autres ailleurs, le reçoivent dans une situation de contrainte, de violence, de persécution. Et tout comme pour Joseph dans l’Ancien Testament, et pour le petit enfant Jésus dans le Nouveau, le salut pour eux et famille a été dans la fuite. Et lors de cette fuite ils ont emporté l’essentiel de leur identité, mais aussi leur aspiration à la paix, leurs espoirs pour l’avenir, dans un autre contexte, ailleurs, à l’étranger.

« Allez donc auprès des humains de toutes les nations et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à obéir à tout ce que je vous ai commandé… »

Ces deux compréhensions de ce que le Christ nous laisse, dans cette parole, nous fait entrevoir la communauté dans ce qu’elle a de vraiment universel, dans la diversité des époques, des circonstances, des milieux sociaux.

Qu’est-ce que d’autres, venus d’ailleurs, peuvent nous apporter ?

Pour approfondir cette question, je lis un extrait de la prédication proposée par deux collègues de Bienne, Emmanuelle Dobler et Luc Ramoni, dans le dossier de l’EPER fourni pour ce dimanche des Réfugiés.

Je cite un extrait, dont le titre est Accueillir, c’est reconnaître les dons de l’autre.

Au XVIe et XVIIe siècle, 10’000 à 20’000 protestants trouvent un refuge en Suisse, suite à des conflits religieux. Il y avait déjà à cette époque des réactions négatives envers les étrangers qui migrent chez nous. Mais aujourd’hui avec le recul, on peut reconnaitre que leur apport a été important pour l’économie entre autres. Il y avait parmi eux des négociants, des fabricants et des artisans qui avaient de l’argent, des réseaux commerciaux ou du savoir-faire. L’industrie de la soie, les banques, les universités et tout ce qui touche à l’édition (fabrication du papier, imprimerie, librairie etc.) ont profité de l’ensemble des compétences de ces nouveaux arrivés. Notre pays ne se porterait pas autant bien, sans l’apport de personnes venues de l’étranger, ça se vérifie encore aujourd’hui.

Pour Joseph, les événements semblent s’enchaîner rapidement: Potifar reconnait que le jeune homme a du succès dans ce qu’il entreprend et lui donne plus de responsabilités. L’accueil et la bonne intégration dans un pays, passe par la reconnaissance des talents et des dons de chacun.

Fin de citation.

Je rapproche ce mot d’intégration de cette unité de cœur et d’esprit des croyants, de toute cette mise en commun, telle que nous en parle notre texte du livre des Actes, en résumé la communion fraternelle. Il n’y a pas de communion fraternelle sans intégration, intégration de la diversité des histoires de vie, des convictions politiques, des expériences, des âges, des situations familiales. Il n’y a pas de communion fraternelle sans échange, discussion, interpellation mutuelle, rires, et partage de deux-trois choses savoureuses à grignoter et à boire ! Tout ceci inclut évidemment le partage des biens, pour résister à l’individualisme et au matérialisme ambiants, affirmer un autre modèle de l’usage de l’argent et de l’économie.

Dans ce même esprit, poursuivant le fil de leur méditation, mes collègues Emmanuelle Dobler et Luc Ramoni, dans le dossier de l’EPER fourni pour ce dimanche des Réfugiés, écrivent encore, je cite :

(…) c’est de notre responsabilité de faciliter l’arrivée, l’accueil, la rencontre et l’échange pour découvrir et mettre en avant les dons de chacune et chacun. Pour nous en tant que paroisse, en tant qu’Eglise, c’est un encouragement à entrer en contact, à aller à la rencontre de celui ou celle qui se réfugie chez nous. De comprendre cette personne non seulement comme quelqu’un à protéger, mais comme quelqu’un qui a du talent et des ressources. Joseph a pu mettre à profit son don d’interprète des songes, jusque dans les plus hautes sphères. Et cela a permis d’éviter la famine pour tout le pays ainsi que pour toute sa famille.

Fin de citation.

Si nous y réfléchissons bien, lorsque nous avons-nous-mêmes emménagé quelque part, lorsque nous avons migré d’une Eglise à une autre, nous avons été dans la peau de l’étranger, celui ou celle qui doit apprivoiser un autre contexte, approcher d’autres gens, avant de se sentir y appartenir pleinement, et devenir petit à petit capable et motivé de recevoir et d’accueillir à son tour.

En effet, le mot Paroisse signifie littéralement « maison de ceux qui habitent à côté », ou « maison pour les étrangers ».

Ce modèle de communauté qu’ainsi nous voulons de plus en plus être capables de vivre, sera inspirant du point de vue social et politique, contribuant au renforcement des liens, à un bon vivre-ensemble, par exemple ici en collaborant avec Abdelrehman Abdul El Hassan, délégué à l’intégration de la Ville de Morges (voir son portrait dans la dernière édition du journal communal Reflets).

Dans le même esprit, j’ai eu l’occasion très récemment d’écouter une conférence de Philippe Rebord, le Chef de l’Armée suisse, se réjouissant des liens qui s’établissent et se maintiennent dans des associations, des clubs Rotary, et disant que ces liens renforcent la résilience du pays, renforcent le pays lui-même. Il s’agit non seulement de s’engager, de faire des choses, de suivre des projets, mais de constamment s’interroger sur pourquoi nous le faisons.

Enfin, cette vision, transmise par les textes bibliques, notre vie elle-même, notre méditation, différentes personnes et institutions, elle nous est aussi signifiée par le prologue de notre Constitution fédérale.

Je cite cet extrait de ce que veulent le peuple et les cantons suisses :

(…) déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,

(…) sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres (…)

Fin de citation.

Que nos cœurs et nos portes s’ouvrent à cette vision et à sa réalisation, en tant que paroissiens, en tant qu’habitants et citoyens de ce pays.

Amen.

DEO GRATIAS

 

Prédication complète de L. Ramoni et E. Dobler dans le dossier du culte complet, site de l’EPER : https://www.eper.ch/sites/default/files/documents/2018-04/culte_cle-en-main-2018.pdf