Prédication 1 : Psaume 96/1 à 13

Bien-aimés de Dieu,

Si je vous parle de procession, la plupart d’entre nous vont avoir à l’esprit ces cortèges de dignitaires ecclésiastiques catholiques entrant solennellement dans un lieu de culte. Ou des groupes de paroissiens avec leur curé parcourant la campagne à l’occasion de l’une ou l’autre fête, précédés de la statue d’un saint patron ou de la vierge Marie, en observant des arrêts réguliers pour prier dans une petite chapelle ou bénir les champs par exemple.

Si je vous parle de procession, en effet, cela ne fait pas très protestant ! Pourtant c’est ce que nous avons fait il y a quelques instants pour apporter notre offrande.

Bon, je m’aperçois que sur le déroulement du culte, j’ai écrit « défilé ». Le mot a il est vrai une petite couleur militaire, mais en ce sens il évoque quelque chose de l’identité d’un peuple, d’une nation, une idée d’appartenance.

On pourrait enfin parler de cortège, et là nous reviennent les souvenirs de fête des vendanges, ou des enfants qui marchent au milieu de la ville, devant leurs familles, pour célébrer la fin de l’année scolaire.

Dans le Psaume, une invitation à honorer le Seigneur s’adresse à tous les peuples, en particulier par ces mots « venez, entrez, en apportant vos dons. » Il s’agit de se mettre en mouvement, dans cette double attitude de louange et d’offrande.

On pense généralement que ce Psaume fait partie d’une liturgie utilisée lors de la « Fête de l’Arche d’alliance ». Un cortège s’avance avec l’arche, dans le sanctuaire. Cette arche est richement décorée. Elle est comme chargée de la splendeur divine. Tous sont exhortés à rendre gloire, à apporter leurs offrandes, à confesser la foi.

L’Arche d’alliance, contenant les tables de la Loi, signifie, concrétise au sens fort, la présence de Dieu au milieu de son peuple. Cette présence est honorée autant par la prière, par le chant, par l’affirmation de la foi, que par les dons.

Il s’agit donc de se mettre en route, dans la présence de Dieu, de s’engager à respecter sa parole, d’accorder à la louange la place qui lui revient, et de partager par des dons en nature et en argent. Tout se fait dans la même célébration, dans le même geste, dans le même mouvement. Tous les aspects de la vie, matériels et spirituels, sont inclus dans ce mouvement. Toute l’existence est concernée.

Le Psaume accorde beaucoup d’importance au corps dans la cérémonie décrite. Et il s’adresse autant aux fidèles d’Israël qu’à l’ensemble des peuples : « Venez proclamer », « Entrez », « Courbez-vous » et « Tremblez », dit-il.

« Venez proclamer ». La foi s’exprime par la voix : les chants, les prières, l’affirmation explicite de ce lien avec Dieu qui donne la vie.

« Entrez ». Les pieds, la marche, sont mobilisés. Tout l’être se met ainsi en mouvement.

« Courbez-vous ». Nous n’en avons pas l’habitude, mais c’est le geste de se prosterner, d’incliner son dos en signe de respect et d’adoration.

« Tremblez ». Il s’agit d’entendre ce mot non pas comme d’un tremblement de crainte, mais d’un frémissement de joie qui parcourt tout le corps, un sentiment de plénitude. Par ailleurs, d’aucuns pensent qu’il s’agit de danses rituelles dans le cortège lui-même parcourant le Temple.

Si toute la personne est ainsi impliquée dans le culte, dans l’adoration, dans l’offrande, celle-ci se comprend alors non pas exclusivement comme le versement d’une somme d’argent. Elle se comprend comme un acte d’amour vis-à-vis de Dieu, un acte de solidarité et de partage vis-à-vis d’autrui, un geste de reconnaissance qui fait complètement partie de la liturgie.

Pour marquer cette solidarité et ce partage, nous avons voulu que cette offrande se matérialise aussi par des dons en nature. Vous avez été plusieurs à apporter cette semaine au secrétariat des produits alimentaires non périssables, des produits de ménage ou d’hygiène, afin qu’ils puissent être distribués dans le cadre des permanences sociales tenues ici en face les mercredis après-midis par Anita Baumann, diacre, et son équipe du ministère Présence et Solidarité.

Nous sommes heureux de ces dons reçus, qui montrent que l’offrande, nous l’avons bien intégrée comme une composante incontournable de notre foi. Cette offrande, elle est aussi prière, elle est aussi relation, elle est aussi soutien fraternel.

Alors, comme le dit le Psaume, toute la Création se réjouit et s’émerveille, même la Mer, si effrayante d’ordinaire pour le peuple d’Israël. Ses grondements deviennent louange. Le mal et la mort reculent. En Dieu le monde trouve sa stabilité, peut vivre dans l’espérance.

Amen.

DEO GRATIAS