Prédication :       Ezéchiel 34/11 à 16

                    Actes 2/14, 36 à 42

Evangile Jean 10/1 à 11

Bien-aimés de Dieu,

Pour ceux d’entre nous qui sont devenus parents, et quelle que soit l’époque, dès que nous l’annoncions autour de nous, ça ne manquait pas : le robinet à conseils était grand ouvert ! Je veux dire tous ces petits mots, toutes ces gentilles allusions, toutes ces modestes recommandations, de la part des proches, des amis, des collègues, sur les soins à porter à cet enfant encore à venir. Et aussi, bien souvent, du soin d’elle-même que la future maman devait prendre, au point où même regarder une bouteille de vin, une plaque de chocolat ou un paquet de clopes devenait dangereux pour la santé du bébé, encore invisible, mais déjà tellement présent !

Dès la naissance, cela monte encore plus en puissance. Je n’ai pas parlé des conseils et du suivi d’ordre médical, bien sûr légitimes et avisés, par tous les professionnels de santé agréés. Mais il me revient à l’esprit le moment où il y a plus de 20 ans, nous avons mis au monde nos propres enfants. A l’époque, nombreux étaient les bouquins popularisés de néonatologie, de puériculture, d’éducation. Et nous en avons lus un certain nombre, à la recherche d’informations, de méthodes, avec cette préoccupation de « faire juste », de bien prendre soin de nos 8èmes merveilles du monde !

Alors vous les parents d’aujourd’hui, il m’arrive de vous plaindre ! Car on vous en a rajouté une couche avec internet, les sites, les blogs, les réseaux sociaux, les apps : hashtag biberon, hashtag premiers pas, hashtag petites fesses rouges, j’en passe et des meilleurs, il y a de quoi s’y noyer !

Bien sûr, tout n’est pas à jeter, on y découvre peu à peu sa propre ligne de conduite. Et puis vous l’avez expérimenté comme moi : toute cette part de l’instinct, de l’intuition, de l’improvisation, habillées de tendresse, de relation et d’attention, font souvent des merveilles au quotidien ! S’il s’agit de « faire juste », certes, il s’agit surtout de « faire avec ». Nos enfants ne sont pas des objets de soin, ils sont des petits humains avec qui l’interaction apporte la part essentielle de la connaissance qui nous permet de grandir avec eux.

Et c’est exactement cela que la Bible nous présente, quand elle nous parle du Seigneur comme celui qui prend soin de son peuple ! Ce langage, de la part de l’Ancien Testament est surprenant. Car il présente une image et une conception de Dieu comme un père, un Créateur attentif, qui se préoccupe du quotidien de son peuple, de ses bien-aimés, de leur bonheur, de leur « vivre-ensemble » comme on dit aujourd’hui.

L’image principale, c’est celle du troupeau. Dieu rassemble, conduit, nourrit, protège, soigne, fortifie. Ces tâches, ces attitudes, ces actions, sont celles des parents. Dans le rassemblement et la conduite, je vois tout ce que les parents entreprennent pour qu’un enfant découvre, construise, sa personnalité, son identité, en reconnaissant petit à petit ses potentialités, ses qualités, ses compétences, et aussi ses limites. Quant à la nourriture et la protection, ce sont ces conditions de vie concrète aménagées autour et pour l’enfant, pour qu’il grandisse en sécurité. Enfin, le soin et la force, c’est cette présence, non seulement pour les petits et grands bobos qui touchent le corps, mais aussi l’écoute, le dialogue, la compréhension, qui vont faire qu’à un moment donné, et plus vite qu’on ne le pense, on va avoir devant soi un jeune homme, une jeune femme, des adultes autonomes parés pour la vie, pour suivre leur propre chemin.

Alors l’Ancien Testament nous parle ici de l’éducation, de la famille, de la tendresse et de l’amour. Il nous parle aussi de la foi, en quel Dieu nous pouvons croire, en quel Dieu nous sommes appelés à faire confiance. Un Dieu proche, qui se situe dans le registre de la relation.

J’ai dit il y a quelques instants que ce langage est surprenant pour l’Ancien Testament. J’ajoute, pour cette époque-là. Cette image et une conception de Dieu comme un père, un Créateur attentif, qui se préoccupe du quotidien de son peuple, de ses bien-aimés, de leur bonheur, de leur « vivre-ensemble », elle n’est pas vraiment répandue dans le Proche-Orient ancien de ce temps-là.

J’ai eu déjà quelquefois l’occasion de le dire ici : la plupart des peuples n’ont à l’époque pas un rapport familier avec leurs dieux. Ces dieux sont imprévisibles, violents, ou alors indifférents, vis-à-vis des humains. Lorsque vraiment il s’agit de se les concilier, l’on exécute une série de rituels appropriés et dûment prescrits, l’on récite des incantations bien codifiées. Mais moins les dieux se mêlent des affaires humaines, mieux cela vaut, et mieux l’on se porte.

En somme, le message que le prophète nous transmet, c’est celui d’un Dieu de tendresse et non de terreur, c’est celui d’un Dieu qui partage avec compassion et miséricorde nos existences dans ce qu’elles ont de plus concret.

A l’occasion de baptêmes, c’est bien cela qui est en jeu, pour nos enfants et pour nous-mêmes : non seulement notre idée, notre image ou notre conception de Dieu, mais également quelle relation nous avons avec celui que nous nommons Dieu. Cette question, elle nous est posée aujourd’hui, autant à ceux d’entre nous qui sont de fidèles paroissiens, des personnes régulières au culte, qu’à ceux qui ne fréquentent pas les Eglises de très près, qui sans être opposés, s’interrogent de temps en temps sur le sens de la vie.

Dans l’Evangile, Jésus se définit également comme un berger. Et il est deux images qu’il utilise, qui sont complètement appropriées au moment où nous accueillons des petits dans nos familles, au moment où nous les baptisons. C’est d’abord qu’il appelle les brebis chacune par leur nom, et c’est ensuite qu’elles connaissent sa voix.

Très peu de temps après la naissance, l’un ou l’autre parent, ou les deux, accueillent leur enfant, s’adressent à lui ou à elle en lui disant son prénom. Son prénom, c’est l’un des tous premiers mots d’amour qu’un petit garçon ou une petite fille entend en entrant dans ce monde. Et la question que pose le personnel soignant à ce moment-là, afin de remplir les documents nécessaires pour l’état-civil, c’est « comment l’avez-vous baptisé ? », « comment l’avez-vous appelé ? »

Le prénom, la voix, le baptême. Donner un prénom, c’est non seulement identifier, distinguer, mais c’est adopter. C’est mettre en relation, au sein de la famille, mais aussi avec tous les humains, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur conviction.

En somme, le baptême, ce n’est pas qu’une cérémonie à l’église. Le baptême, il commence déjà au moment où un enfant sort de l’eau dans laquelle il a baigné neuf mois, prend une bouffée d’air (le même mot d’ailleurs, dans la Bible, qui désigne l’Esprit Saint), et crie. Lui aussi donne de la voix en rejoignant le troupeau, la communauté des humains, celle de sa famille pour commencer.

Le prénom, la voix, le baptême. Selon les convictions de nos propres parents, il n’y peut-être pas eu de célébration dans une église. Mais nous partageons tous, au plus profond de notre être, ces réalités qui fondent notre existence, je veux dire le fait même d’être au monde.

Car la vie quelqu’un me l’a donnée, le prénom quelqu’un me l’a donné, l’appartenance à cette communauté humaine quelqu’un me l’a donnée. Alors qu’il semble qu’une cérémonie de baptême concerne les enfants baptisés, accueillis dans la famille de Dieu, en fait elle nous concerne tous.

Alors nous sommes sur pied d’égalité devant le Christ. Le Christ qui appelle, le Christ qui rassemble, le Christ qui prend soin, le Christ qui nourrit, le Christ qui conduit, le Christ qui fortifie. Complètement dans la même ligne que le texte du prophète Ezéchiel. Continuité d’une intuition et d’une forte conviction d’un Dieu amoureux de l’humanité, malgré, avec, à travers tous ses défauts, son indifférence, son infidélité.

Cette intuition et cette forte conviction, elles continuent à être vraies, des siècles plus tard. Parce qu’elles ont été portées au quotidien par des croyants comme nous, ils en ont témoigné, ils les ont transmises au fil des générations.

Ne croyez pas ceux qui disent que les églises se vident ! Bien sûr que d’autres formes de cultes sont sans doute à inventer. L’Eglise, elle n’est pas qu’un édifice ou une institution, elle est surtout ce lien spirituel entre des gens qui portent le Christ, qui sont là aussi pour se questionner ensemble sur comment vivre leur foi dans un monde décidément bien compliqué.

En fait, le Christ n’est jamais venu pour créer une Eglise. Ce qu’il a voulu, c’est ce lien d’une foi vivante, dans la certitude de sa résurrection. Et c’est en toute liberté que tout un chacun peut y entrer. En particulier par le baptême.

Au moment du baptême à l’église, c’est aussi le Christ qui me donne mon prénom, qui m’appelle, qui me met en relation, pour mon bonheur, pour orienter ma vie, pour m’assurer de son soutien, et du soutien dans les moments difficiles, de la part ceux dont je partage la foi.

Concrètement le livre des Actes des Apôtres nous laisse quatre critères qui font que la communauté va vivre et durer.

L’enseignement des Apôtres, on peut traduire aussi l’Ecriture sainte. Il y a là un recueil de textes comme un point de repère, une connaissance qui fonde notre éthique, nos choix, nos attitudes. C’est la part de la réflexion, qui fait partie de la foi.

La communion fraternelle, c’est la nécessité de se rencontrer. Tout comme l’on ne peut pas rester humain en étant seul, l’on ne peut pas être chrétiens sans les autres chrétiens, et multiples sont les rencontres possibles : le culte bien sûr, mais aussi la formation d’adultes, les groupes de partage, le catéchisme.

Les repas communs, ce sont premièrement la Sainte Cène, mais ce sont aussi les fêtes au cours desquelles on prend le temps de se retrouver à table, et où ce partage permet de discuter de conceptions qui peuvent être diverses, mais aussi de rire et de se réjouir.

Les prières, ce sont ces moments où l’occasion est donnée de s’adresser à Dieu ensemble. Prier tout seul bien sûr que c’est possible, et c’est bon aussi. Mais en commun, cette prière prend plus de poids et donne plus de force.

Ainsi l’Eglise va rester vivante, de nombreux siècles encore !

Amen.

DEO GRATIAS