Textes bibliques : Esaïe 60, 19-20 ; Matthieu 5, 13-16 ; 1 Jean 1, 5-7
Est-ce que quelqu’un vous a déjà qualifié de « sel de la terre ».
« Tu es le sel de la terre ! » Oui / Non ? Probablement pas !
Pourtant ce serait, je le crois, un très grand compliment…
Un compliment, sous forme d’exhortation, que Jésus lui-même lance à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre ».
Un grand compliment oui parce que le sel, c’est évident, il a de très grandes qualités et même plus il est absolument indispensable. Et cela tout en gardant un aspect discret et même souvent invisible.
Le sel, vous le savez bien, par sa seule présence met en valeur tout ce qu’il touche. Il se mélange aux autres aliments pour faire ressortir, non pas son propre goût, mais bien le goût des autres aliments auxquels il a été incorporé. On pourrait dire que le sel se donne entièrement au point de disparaître pour mettre en valeur les autres éléments.
Et cela non seulement dans la cuisine : Le sel est utilisé dans certains procédés de teinture, dans la fabrication de verre ou de savon. On l’utilise pour adoucir l’eau de notre lave-vaisselle ou pour faire fondre la neige et la glace sur nos routes.
Et dans chacune de ces fonctions, il reste si peu visible, voir carrément invisible, tout en faisant fidèlement et efficacement son travail. Quelle humilité!
Alors quand Jésus dit ses disciples qu’ils sont le sel de la terre, oui, je le crois, c’est un beau compliment qu’il leur fait. Mais je l’entends aussi comme une exhortation à être fidèle à son enseignement non pas pour se mettre soi-même en valeur mais pour être un révélateur du goût des autres.
Un révélateur des qualités des autres….
Concrètement qu’est-ce que cela signifie ? Je crois en premier lieu que c’est avoir de l’attention pour l’autre, répondre à ses demandes et à ses besoins afin qu’il trouve ou retrouve confiance en lui, en la vie, en Dieu. Etre un révélateur du goût des autres c’est aussi et surtout, en toutes circonstances, le mettre en valeur. Mettre en valeurs ses qualités, son travail, ses engagements, sa personnalité. Et tout cela, comme le sel, avec effacement et humilité.
Même Jésus aura cette même humilité lorsqu’il dira de lui-même qu’il fait simplement la volonté de son Père. Jésus est ainsi lui aussi « sel de la terre » puisqu’il est le révélateur de la présence de Dieu parmi nous.
Un ami, dans sa cuisine, me montrait l’autre jour, toutes les sortes de différent sel qu’il utilisait pour faire sa cuisine: du sel aux herbes aromatiques, du gros sel, du sel rose d’Himalaya, du sel bleu…
J’ai trouvé que c’était une belle métaphore pour éclairer ce passage biblique: nous voilà, oui, invité humblement à devenir des révélateurs du goût, des qualités des autres mais ce sera à chaque fois quelque chose d’unique. Parce que chacun de nous, nous sommes différents, avec une personnalité et une histoire unique et celui que nous rencontrons est lui aussi unique avec sa propre personnalité et sa propre histoire.
Mais alors si l’on vous qualifiait de « lumière du monde », comme le fait aussitôt après, Jésus, que diriez-vous ? Oui, ce serait certainement aussi un très beau compliment. Mais la lumière semble être aussi visible que le sel est invisible. La lumière semble être de tous les spectacles. Elle est toujours à l’honneur. Si donc vous êtes « le sel de la terre », dans un chemin d’humilité, la dernière chose que vous devriez souhaiter être en même temps c’est « la lumière du monde » !
Et pourtant le texte biblique nous y invite aussi largement. Il dit même que notre lumière doit être à la meilleure place et qu’elle doit briller aux yeux de tous.
Je vois aussi dans cette exhortation une invitation à l’humilité. La lumière est là pour éclairer. Eclairer par exemple l’intérieur d’une maison et tous ceux qui s’y trouve. Elle n’est allumée que dans ce but là et lorsque la maison est vide en général elle est éteinte, elle n’existe pas. S’il n’y avait jamais rien ou personne à éclairer, elle ne servirait évidemment à rien. La lumière est, elle aussi humblement, au service des autres.
Elle aussi par sa présence devient un révélateur de ce qui est et de que se vit autour d’elle.
La fin du texte de Mathieu met encore l’accent sur cet aspect d’humilité. Oui, il parle d’oeuvres visibles mais à nouveau les oeuvres que nous sommes invités à rendre visible ne sont pas pour notre propre gloire. Le bien que l’on fait est pour rendre gloire à Dieu. « C’est ainsi que votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils louent votre Père qui est dans les cieux »
Dans tout cela nous sommes donc invités à découvrir un chemin d’humilité. Et ainsi, si l’on veut faire quelque chose de bien pour son prochain, il faut savoir être prêt à le faire discrètement et en valorisant celui ou celle que nous aidons.
Et si l’on veut parler de notre foi, c’est d’abord par des actes, des oeuvres comme nous dit le texte biblique que cela doit se faire. Les oeuvres avant les discours parce que je le crois, c’est en s’impliquant soi-même qu’on touche les autres.
En enfin, je terminerai par cette constatation: le sel oui est un révélateur du goût des autres aliments, c’est cela qui le valorise et lui donne sa raison d’exister; une lampe est bien plus belle lorsqu’elle est allumée, c’est ainsi, qu’elle aussi, est valorisée et qu’elle trouve sa raison d’exister.
Ainsi en est-il de chacun de nous, quand nous redonnons du goût aux autres, quand nous mettons en avant leurs qualités, par notre attention et par nos actes, nous découvrons une autre valeur à notre vie, une bien belle raison d’exister.
Oui, on reçoit beaucoup lorsqu’on donne un peu, vous le savez bien! Cela va bien certainement dans les deux sens.
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous un seau. Au contraire, on la place sur son support, d’où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
C’est ainsi que votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils louent votre Père qui est dans les cieux. »
Amen.