Message

 

Lectures :          Luc 24, 50-53; Actes 1, 1-14

 

Comment on sait que la terre est ronde ? Combien il y a d’étoiles ? Pourquoi la mer était-elle salée et pas les lacs ? Comment ça marche un ordinateur ? Pourquoi il faut toujours aller dormir ? Est-ce les fées, elles existent ?

 

Ceux qui sont, ou ont été, entourés de petits enfants se souviennent certainement avec amusement mais peut-être aussi avec un brin d’agacement, de ces périodes où les questions tout à coup fusent. Questions auxquels, il faut bien se l’avouer, nous ne savons pas toujours quoi répondre et qui, lorsqu’elles sont inlassablement répétées, nous font parfois perdre patience. « Parce que… parce que c’est comme ça… », est-on alors tenté de répondre.

 

Dans ce deuxième récit de l’Ascension que nous venons d’entendre, c’est aussi une question qui retenu mon attention. Oh non pas une question d’enfants mais bien une question d’adultes. Une question qui vient rejoindre toutes celles déjà posées à Jésus tout au long de son ministère avec des « pourquoi ? » des « comment ? », avec des étonnements, des demandes de signes, des craintes parfois.

Une question qui traduit ce jour-là encore une attente, une espérance pas encore comblée.

 

Oh oui, des questions, ils en ont encore, les disciples, en ces derniers instants qu’ils passent en compagnie de Jésus. Luc nous en rapporte une seule mais qui est révélatrice de l’état d’esprit dans le lequel ils se trouvent: « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ? » 2x

Des questions, nous en avons eu beaucoup nous aussi, en parcourant Israël au début du mois d’avril avec une vingtaine de paroissiens de la région. Et certaines de nos questions ressemblaient terriblement à celle des disciples. « Quel avenir pour Israël ? » « La paix est-elle encore possible ? » Quelles solutions imaginer pour résoudre les nombreux défis de ce pays ?  » « Comment ressentir la présence de Dieu dans ces lieux où tant de ferveurs différentes se mélangent et parfois s’interposent avec violence?

Dans les temps de recueillements vécus, nous avons, nous aussi, déposé, toutes nos questions,  dans les mains du Christ.

 

Et le site traditionnel de l’Ascension, que vous avez en image sur votre feuille, et qui se situe sur le point le plus haut du Mont des Oliviers, est bien symbolique, par son histoire, de ce questionnement des disciples.

Cette petite chapelle, après avoir été érigée en 378 pour rappeler cet épisode biblique, a été, environ 700 ans plus tard, rénovée par les croisés qui lui ont donné cette forme octogonale et l’ont entourée d’une muraille. Depuis l’époque de Saladin en 1198, l’église a été transformée en une mosquée dans laquelle, aujourd’hui encore, une seule célébration chrétienne est permise, le jour où l’on commémore d’Ascension du Christ. Donc aujourd’hui!

Alors oui en visitant ce lieu, si chargé d’histoire et de spiritualité, en y relisant  sur place le texte de l’Ascension, et en habitée par la situation tellement bousculante de ce pays, je me suis sentie proche des disciples avec leurs questions, leurs inquiétudes, leurs espérances.

Mais dans le fond, est-ce que, chacun de nous, on ne se sent pas tous par moments proches de ces questionnements des disciples? Quand la vie est plus difficile, quand la souffrance vient nous rejoindre, quand nous nous faisons du souci pour nos proches, quand nous nous demandons quel est le projet de Dieu pour nous, pour notre communauté, pour notre Eglise, voir pour notre pays.

 

Et c’est là, au plein milieu de mes questions, que je suis touchée par la réaction du Christ.

Jésus accueille encore et toujours les questions avec amour et compréhension. Il profite de cette interpellation pour, une fois encore, annoncer la puissance de Dieu, tout en déchargeant les disciples. C’est le Père, notre Père, nous rappelle ainsi Jésus qui fixe de sa seule autorité les événements à venir.

Mais Jésus ne s’arrête pas là. Tout de suite, il rappelle avec force aux disciples leur mission: être ses témoins jusqu’au bout du monde. De leur souci pour leur propre pays, leurs propres espérances, voilà les disciples invités à s’ouvrir au monde entier. Mais heureusement pas tout seul, l’Esprit Saint viendra les accompagner et leur donner cette force venue d’en haut.

 

Pour répondre à cette invitation certains d’entre eux effectivement prendront, comme on dit, leur bâton de pèlerin pour aller témoigner, même au-delà des océans. Mais d’autres, répondant pourtant au même appel, resteront bel et bien chez eux, dans leur pays, et même à Jérusalem.

 

S’ouvrir au monde entier et devenir, avec la force de l’Esprit, les témoins du Christ… une invitation, je le crois qui nous est adressée à nous aussi aujourd’hui. Une invitation à la portée de tous parce que je le crois elle ne concerne pas seulement des frontières géographiques.

S’ouvrir au monde entier et devenir, avec la force de l’Esprit, les témoins du Christ… n’est-ce pas déjà s’ouvrir à sa propre famille, à ceux qui nous sont proches dans un esprit d’écoute et de don de soi ?

N’est-ce pas déjà s’ouvrir à son voisin, aux habitants de son village, quels qu’ils soient dans un esprit d’entraide et de compassion ?

N’est-ce pas déjà s’ouvrir à la différence rencontrée chez nous ? S’ouvrir à ceux qui viennent de loin, dans un esprit d’accueil et de respect ?

 

Encore des questions auxquels chacun est invité à chercher une réponse. Parce que je le crois, la mission que le Christ nous confie est un chemin personnel, toujours à chercher.

 

Après avoir dit ces mots, Jésus s’éleva vers le ciel.

Et les disciples restent là à regarder, attendant, peut-être, encore un signe, une explication, une espérance.

Mais très vite, c’est à nouveau par une question qu’ils sont invités à se remettre en route: « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? »

Une question qui les réveille, les bouscule, les met en route. Oui, ils doivent se remettre en route pour recevoir la promesse de l’Esprit et  aller à la rencontre des autres.

 

La suite du texte nous raconte la vie en communauté des disciples mais aussi de tous ceux qui ont cru au message du Christ. Ils sont à ce moment-là environ 120. Une vie communautaire composée de prière et d’enseignement.

Et c’est dans ce contexte-là que l’Esprit viendra les rejoindre.

 

Certes nous tous, comme les disciples, nous resterons avec des temps de questionnements, centrés sur nous-mêmes, sur nos proches ou sur les conditions de notre monde. Mais je le crois, l’Esprit qui nous habite nous invite alors, nous aussi, comme les premiers chrétiens, à la communion, au partage et au témoignage de notre foi.

 

« Les disciples retournèrent à Jérusalem pleins d’une grande joie. Ils se tenaient continuellement dans le Temple et louaient Dieu »

 

Amen