Message

 

Lectures bibliques : Esaïe 40, 3-5 ; Luc 1, 11-17; Luc 3, 1-18

 

Vous l’avez certainement remarqué, Jean n’y va pas de mains mortes en s’adressant à ceux venus pour l’écouter et pour se faire baptiser. Il bouscule, Jean, surtout par son franc-parler, traitant les uns et les autres notamment de « bande de vipères ». Il bouscule aussi en utilisant des images saisissantes: « la hache prête à couper les arbres qui, ne portant pas fruits, seront jetés au feu».

Oui, il bouscule, Jean avec son langage dur et direct. Mais cela produit son effet. Les gens commencent à s’interroger. Ils se mettent à réfléchir et à désirer ardemment un changement. Ils s’interrogent sur eux-mêmes d’abord : « Et nous que devons-nous faire ? » puis ils s’interrogent aussi sur la personnalité de Jean : « Ne serait-il pas le Messie ? ».

 

Pour l’évangéliste Luc, Jean est sans aucun doute celui annoncé par Esaïe, celui venu pour préparer le chemin du Seigneur. Un chemin qui se prépare alors, nous le rappelle Luc, en rendant droit les sentiers, en comblant les ravins et en abaissant les collines. Et ces paroles prennent un sens particulier lorsque l’on sait qu’à cette époque, il était d’usage de refaire les routes et de réparer rues et chaussées lorsqu’un grand roi allait se rendre dans une ville. Ainsi nous pouvons comprendre au travers des paroles d’Esaïe que c’est bien l’espérance de la venue d’un grand roi qui inspire ses paroles.  Et il y croit, Esaïe, en proclamant : « La gloire du Seigneur va paraître et tout le monde la verra ».

 

Mais revenons là au bord du Jourdain, parce que bien heureusement, Jean ne fait pas que bousculer. Il se montre aussi attentif aux interrogations de ceux qui sont venus auprès de lui. Et patiemment il répond aux questions des uns et des autres. Luc nous en relate trois, mais il ajoute aussi que Jean adressait au peuple bien d’autres appels afin de leur annoncer la Bonne Nouvelle.  Des questions et appels contenant tous ces mêmes mots : «Et nous, que devons-nous faire ? »

 

Aujourd’hui, ne sommes-nous pas nous aussi interpellé par cette même question : et nous, que devons-nous faire ? Comment vivre ce temps de l’Avent? Comment vivre notre foi tout au long de l’année?

 

Mais est-ce vraiment la bonne question pour nous réformés? En effet notre identité de Réformé, nous l’avons encore redécouvert de façon originale lors du culte du 4 novembre à Vullierens, cette identité est basée non pas sur le faire, sur des actes concrets, sur des bonnes œuvres ou sur un investissement personnel dans différents projets. Non, notre identité de réformé est avant tout liée à la foi qui nous habite et à une relation proche et vraie avec Dieu. Une relation qui nous porte dans notre vie. 

En tant que réformés, nous ne croyons pas que ce sont nos actes qui nous sauvent, mais bien la grâce et l’amour de Dieu offerts à tous.

Par contre, nous croyons bel et bien que cette grâce et cet amour de Dieu une fois acceptés, nous invitent alors à des actes concrets et à un engagement personnel envers notre prochain.  La grâce est première, les actes en découlent.

 

Au premier abord on pourrait penser que le message de Jean est différent. Qu’il invite d’abord aux actes par un changement de comportement. Mais je ne le crois pas. Jean invite ceux qui sont venus à sa rencontre à accomplir des actes pour montrer qu’ils ont déjà changé de comportement.

En d’autres mots, c’est l’appel ressenti et la conviction profonde qui naît en eux qui doivent les conduire à des actes justes.

Jean n’attendait pas de vérifier les actes des uns et des autres pour les baptiser. Il baptisait et c’est par le baptême, par ce signe du pardon et de la grâce de Dieu, que les personnes, venues à lui, étaient invitées à un changement de comportement. Jean invite d’abord à la conversion, à l’accueil de Dieu dans sa vie et au baptême. La question des actes, même si elle garde toute son importance, vient après.

 

Et c’est bien, comme cela que je comprends aujourd’hui encore, cette identité de réformée qui est la mienne. C’est ma foi, qui, jours après jours, inspire mes actes, dans les limites de mon humanité avec, bien sûr, toutes mes faiblesses. Ainsi, nous le voyons bien, nous voilà, nous aussi, aujourd’hui, croyants et baptisés, invités à nous poser  cette même question, posée tant de fois à Jean là-bas au bord du Jourdain : « Et nous, que devons-nous faire ? Que devons-nous faire en tant que croyants, en tant que baptisés ?

 

Ce qui me frappe dans les trois réponses fournies en exemple par Luc, c’est que Jean n’impose ni sacrifice ou geste héroïque, il n’impose pas non plus une pratique ascétique, comme par exemple un temps de retraite au désert. Et puis surtout il ne demande à personne de changer sa situation de vie.

A celui qui a des moyens, il demande de donner ce qu’il a en trop. Il l’invite ainsi non pas à la pauvreté mais au partage. Il l’invite à porter de l’attention aux autres, à ceux auxquels il manque le nécessaire pour vivre.

Au collecteur d’impôt et au militaire, Jean ne demande pas non plus de changer de métier. Des métiers pourtant mal considérés parce qu’en lien avec l’occupant romain et souvent exercés malhonnêtement. Non, le collecteur d’impôt n’est pas appelé à rompre avec l’occupant romain, ni le militaire à déserter. Jean leur propose, par contre, de faire leur travail avec respect et honnêteté. C’est-à-dire sans exiger plus que le nécessaire et sans user de la violence.

 

Faire son travail honnêtement et avec cœur en tenant compte de celui qui est en face, c’est, je le crois, faire déjà beaucoup. C’est en tous cas faire preuve de respect et d’amour. Et c’est bien, je le crois, ce que Jean propose, comme changement, comme conversion, à ceux venus l’écouter. Faire son travail avec cœur, vivre des relations pleines de compassion, être honnête avec ceux que nous côtoyons, voilà bien une exigence, certes pas tous les jours facile, mais à la portée de tous, preuve donc, s’il le fallait encore, que la grâce de Dieu est bien offerte à tous et que tous peuvent y répondre dans le quotidien qui est le leur.

 

Voilà une réflexion qui tout à coup me met sur un autre chemin, m’offre une autre vision face à ce temps de l’Avent qui m’est offert chaque année et que nous vivons aujourd’hui.

Je découvre, avec les paroles de Jean, que je peux me préparer à la venue du Christ et me rapprocher de Dieu, sans avoir besoin de tout changer dans ma vie. Mais je comprends aussi que Jean m’exhorte à changer mon regard sur tous les soucis qui m’habitent, notamment en ces jours précédant Noël, et à être ainsi plus attentive aux autres, plus vraie dans mes relations.

 

Ce temps d’attente oui, nous est donné, nous le rappelle Jean pour vivre un changement, pour nous convertir. Et se convertir c’est peut-être d’abord transformer son regard et son cœur.

 

Un homme crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits !

Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les courbes de la route seront redressées, les chemins en mauvais état seront égalisés.

Et tout le monde verra le salut accordé par Dieu.

Amen