Message Nombres 11, 25-29; Marc 9, 38-41

 

« Je suis croyant mais pas pratiquant »… voilà une affirmation que j’ai eu l’occasion d’entendre très souvent, particulièrement dans mon rôle d’aumônier en milieu hospitalier. Un ministère qui invite à la rencontre de personnes ayant des convictions, des valeurs et une manière de vivre sa foi bien souvent différente des nôtres.

« Je suis croyant mais pas pratiquant »… cette affirmation, vous en conviendrez, nous conduit à diverses interrogations et émotions au premier abord plutôt négatives: d’abord un certain scepticisme: comment peut-on nourrir sa foi, seul et parfois même sans s’appuyer sur les textes bibliques? De la tristesse: quel dommage de ne pas profiter de la joie de la communauté: des échanges, des temps de prière en commun des soutiens, des complicités, des repas partagés! Et parfois même cette affirmation peut provoquer en nous de la déception, voir de la colère: bien sûr.

C’est plus facile de vivre sa foi tout seul. On n’a pas besoin de s’impliquer dans une communauté. C’est même un peu égoïste.

 

Ces premières réactions négatives, mais bien compréhensibles viennent nous rejoindre, je le crois, parce que nous nous arrêtons trop vite sur la fin de l’affirmation « pas pratiquant » oubliant presque la confession de foi du début « Je suis croyant ». Une confession de foi qui devrait totalement nous réjouir et créer un lien fort de frère et de sœur en Christ.

Par chance j’ai souvent eu la possibilité de poursuivre l’échange avec ces personnes croyantes mais pas pratiquantes . Et je me suis personnellement surprise à les comprendre et à compatir avec elles, découvrant que souvent elles étaient bel et bien dans une recherche spirituelle tout en étant en marge de l’Eglise. J’ai alors découvert que, derrière cette affirmation, il y avait bien souvent des blessures vécues notamment de la part de nos communautés et de leurs responsables. Des blessures souvent dues à des jugements hâtifs, à des refus d’ouverture, à une dogmatique trop stricte, à une mauvaise compréhension ou à des gestes déplacés.

Parfois il arrive que les personnes, concernées par ces blessures, ont du même coup perdu la foi, perdu confiance en l’exitance de Dieu. Quelle tristesse et quelle responsabilité!

Pourtant souvent et fort heureusement, la foi de ces personnes s’est alors développée différemment, trouvant par exemple d’autres lieux de ressource comme la nature, certaines petites chapelles ou même un petit coin aménagé chez soi. Une foi pouvant se vivre également dans des activités porteuses de sens comme le bénévolat, l’accueil des plus démunis, la méditation personnelle, les balades silencieuses.

Et dans le fond, elles sont bel et bien pratiquantes, finalement peut-être pas si différemment que nous!

 

Dans ce passage de l’évangile de Marc, j’ai l’impression de retrouver le disciple Jean avec ce même esprit critique dont je parlais au début. Jean, en effet, semble convaincu que pour croire et agir au nom de Jésus, il faut faire partie du groupe des disciples: « Maître nous avons vu un homme qui chassait les esprits mauvais en ton nom et nous avons voulu l’en empêcher, parce qu’il n’appartient pas à notre groupe ».

On comprend par cette affirmation de Jean, que les disciples, ensemble, s’en sont pris à l’homme en question parce qu’il n’était pas des leurs. Leurs pensées à son égard ont tout de suite été négatives et ce sont des mots, peut-être même des gestes, de rejet qui en ont découlés, blessant probablement l’homme dans son cœur.

 

Visiblement, les disciples se sont arrêtés d’abord sur la marginalité de l’homme alors qu’ils auraient pu découvrir, émerveillés, ses actes incroyables. Cet homme chasse des esprits mauvais, en plus au nom de Jésus! Il a de l’attention pour ceux qu’il rencontre et qui sont dans la souffrance et la misère. Il fait du bien à ceux qui en ont besoin et transmet ainsi la compassion et l’amour de Jésus. Cela aurait dû réjouir et enthousiasmer les disciples! 

 

Jésus avec compréhension et délicatesse, répond aux disciples: « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Une invitation à l’ouverture et au respect de ceux qui, bien qu’en dehors du groupe, travaillent, pour le bien des autres et cela au nom du Christ.  Oui, c’est bien à une ouverture et à un respect envers l’autre, habité par la foi, que Jésus invite ses disciples.

Jésus en effet, ne demande pas à ses disciples d’aller vers l’homme en question pour l’intégrer au groupe. Non, visiblement Jésus n’a pas besoin que cet homme fasse partie du groupe, il lui fait confiance parce que le don qu’il met au service des autres ne peut être qu’un don de Dieu. Et Jésus invite les disciples à faire preuve de cette même confiance. 

Allant plus loin encore, Jésus exhorte ensuite ses disciples à recevoir symboliquement un verre d’eau de la part de ceux qui mettent leur confiance en lui. Le verre d’eau, c’est l’essentiel de l’hospitalité dans un pays chaud, comme La Palestine. Cela ne paraît pas grand-chose pour nous mais là-bas c’est juste vital!

 

J’aime ce retournement auquel le Christ nous invite. Quand quelqu’un aujourd’hui me dit « Je suis croyant mais pas pratiquant », je le crois, le Christ ne me demande pas de le pousser à rejoindre une Eglise, ou une communauté. Il ne m’invite même pas à essayer de le convaincre que pour être vraiment croyant, il faut adhérer à une certaine pratique, voire à une certaine théologie. Non, le Christ, c’est en tous cas ainsi que je le comprends, m’invite à être à l’écoute de ceux qui croient peut-être différemment que moi. Il m’invite à recevoir d’eux, symboliquement un verre d’eau, c’est-à-dire à recevoir l’hospitalité, à recevoir de l’attention et même plus à recevoir de l’autre ce qui est essentiel à ma vie.

 

Recevoir de l’autre ce qui est bon pour nous au nom du Christ dans le respect et l’amour du prochain. Recevoir de l’autre ce qui est bon… c’est peut-être là un garde-fou car bien malheureusement il existe aussi des personnes qui utilisent le nom du Christ pour imposer leur point de vue, voir pour provoquer le mal autour d’eux.

 

Mais je le crois profondément, pour l’avoir expérimenté, lorsqu’on partage sa foi avec d’autres dans le respect et l’écoute mutuelle, cela nous aide à y réfléchir et à la renouveler.

 

Moïse va même plus loin avec cette belle espérance qui est la sienne. Faisant face aux critiques de Josué concernant les deux anciens prophétisant dans le camp, Moïse s’exclame: « Ah! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ». Moïse, qui se réjouit même de perdre une part de l’Esprit que le Seigneur lui a donné pour que celle-ci si pose sur d’autres et que la Parole de Dieu soit largement annoncée. Quelle belle leçon de foi et d’humilité!

 

Puissions-nous avoir ce même enthousiasme et cette même joie quand nous découvrons que l’Esprit de Dieu souffle aussi en dehors de nos communautés, par des mots et des gestes d’hospitalité, de compassion et d’amour!

Et puissions-nous accepter de tout notre cœur les verres d’eau qui nous sont tendus au nom du Christ et en être vivifiés dans l’Esprit.

Amen