Message

Genèse 24, 1-4 & 9-21/ Jean 4, 1-15

 

Le puits, un lieu où l’on vient pour étancher sa soif et celle de ses bêtes.

Le puits, un lieu de passage aussi, où l’on se tient informé des dernières nouvelles du village, de la région et du pays.

Le puits, un lieu enfin de rencontres. Lieu où naissent des sentiments et des unions, lieu où se vivent des conflits, où se partagent des peines.

Le puits, tout simplement un lieu de vie. Lieu de vie, au temps d’Abraham, comme au temps de Jésus.

 

Et c’est là, là justement au bord d’un puits, dans ce lieu de vie que se déroulent ces deux rencontres que nous venons de relire ce matin. Deux rencontres visiblement l’une comme l’autre conduite par Dieu : rencontre entre le serviteur d’Abraham et celle qui deviendra l’épouse d’Isaac; rencontre entre une femme étrangère et Jésus de Nazareth.

C’est cette dernière rencontre que je souhaite évoquer avec vous ce matin parce qu’elle me semble vraiment extraordinaire.

Le puits auprès duquel elle s’est déroulée devait ressembler passablement à celui que vous avez sur vos feuillets. Il se situe dans le site archéologique de Tel Beer-Sheva dans le désert du Négev en Isarël.

 

Oui, la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine est extraordinaire. Extraordinaire en premier lieu parce que tout simplement elle n’aurait jamais dû se passer. Visiblement elle a bel et bien été conduite et voulue.

Ce jour-là nous dit le texte, Jésus décide de se rendre à nouveau en Galilée. Pour cela, il choisit le chemin traversant la Samarie, un pays franchement hostile, habité par une population rivale depuis des siècles. Alors pourquoi donc Jésus choisit-il ce chemin-là?

Le texte nous dit : « il devait ou il fallait qu’il traverse la région de Samarie ». Mais loin d’être une obligation géographique ou logique, puisqu’un autre chemin existait, le choix que fait Jésus semble plutôt être destiné bel et bien à provoquer volontairement cette rencontre.

 

Pourtant si la rencontre elle-même est déjà extraordinaire, la relation qui va s’y créer l’est encore plus. Une seule chose unissait ces deux êtres, là au bord du puits, leur soif, tout le reste les séparait : il était juif, elle était samaritaine, deux peuples, ennemis depuis plusieurs générations. Il était homme, elle était femme et à cette époque il était interdit à une femme de dialoguer avec un homme seul et inconnu. Il était pur et elle, elle était vraisemblablement une femme mal considérée, venant chercher de l’eau à l’heure la plus chaude du jour, dans l’espoir de ne personne rencontrer.

 

Et pourtant… malgré tout cela, bien visible aux yeux et dans le cœur de Jésus, c’est lui qui prend le chemin menant à la rencontre et c’est lui qui sans hésitation fait le premier pas. Lui qui entame le dialogue, dépassant toutes les conventions. Lui qui invite à la relation.

Jésus fait le premier pas, loin de toutes les conventions… Comme dans bien des cas tout au long de son ministère. Comme dans bien des cas, je le crois, aujourd’hui encore.

 

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Lui donnant ce qu’il demandait, en silence, la samaritaine aurait pu repartir sans autre vers son quotidien, lourde du poids de son eau, de la chaleur du soleil et de ses préoccupations.

Oui, la rencontre aurait pu être manquée. Et je peux imaginer que les rencontres de Jésus, n’ont pas toutes été aussi ouvertes et fructueuses. Peut-être que certaines personnes, à son époque déjà, sont bel et bien passés à côté de sa présence, parce que ce n’était pas ni le bon moment, ni le bon lieu pour elles ou parce qu’il bousculait trop l’ordre établi.

Et je le crois, aujourd’hui à nous aussi il nous arrive de manquer notre rencontre avec le Christ, parce que trop absorbés par nos soucis, nos souffrances ou nos projets, parce qu’on n’a pas le temps…

 

Mais elle, elle l’étrangère, elle la femme se cachant du regard des autres, oui elle la samaritaine, elle a su prendre le temps et le risque de la rencontre en tournant son regard vers Jésus et en continuant le dialogue avec un brin d’ironie: « Mais tu es juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? » et plus tard « Maître tu n’as pas de seau et le puits est profond. Comment pourrais-tu avoir de l’eau vive ? »

Oui, Elle a pris un risque, la Samaritaine en ouvrant son cœur et en parlant vrai avec cet inconnu. Mais un risque, vous pourrez le découvrir en lisant la suite de ce récit dans l’évangile de Jean, un risque qui va alors totalement la transformer, lui redonnant force et confiance et l’appelant à vivre de nouvelles relations.

Une raison de plus, s’il en fallait encore, pour trouver cette rencontre extraordinaire.

 

Il y a plus de 2000 ans, la samaritaine, une femme qui était loin de correspondre aux bons critères de l’époque, faisait une rencontre avec Jésus qui allait bouleverser sa vie.

 

Alors aujourd’hui, aujourd’hui j’ai envie de vous transmettre cette espérance et cette conviction : qui que nous soyons, quelle que soit notre situation personnelle ou nos convictions, au travers du Christ, Dieu a fait le premier pas pour venir nous rencontrer. Son amour pour chacun de nous dépasse de loin, je le crois, tous nos critères humains. A nous de lui ouvrir notre cœur dans la transparence et la vérité.

Et le baptême que nous venons de vivre ce matin symbolise bien à la fois cette présence d’un Dieu qui fait le premier pas, Dieu qui accueille inconditionnellement chacun de nous. Il symbolise aussi notre réponse à Dieu parce que demander le baptême que ce soit pour soi-même ou pour son enfant est une réponse à cet accueil inconditionnel, un engagement.

Oui, je le crois pleinement, inlassablement Dieu nous invite à entrer en relation avec lui. Et pour cela, j’ai envie de nous inviter à faire preuve d’une même ouverture et d’une même audace que la samaritaine. Elle a vécu une relation vraie avec le Christ, parce qu’elle a osé dépasser les obstacles des interdits qui les séparaient et qu’elle a osé interpeller Jésus avec audace.

 

Nous pouvons nous aussi avoir une relation vraie avec Dieu, lui partageant en toute simplicité nos questionnements, nos doutes et le poids de notre quotidien. Il est déjà là pour nous entendre.

 

A la fin du récit, dans l’enthousiasme de sa rencontre, la samaritaine a laissé au bord du puits sa cruche, et avec elle le lourd poids de son passé et elle s’est mise alors à courir pour annoncer la nouvelle de son extraordinaire rencontre. Elle qui, en venant puiser de l’eau en plein midi, se cachait du regard des autres, elle s’en est allée sans aucune crainte, ni honte, et même avec empressement, annoncer une incroyable nouvelle aux habitants de son village. Quelle transformation ! Sa joie, son enthousiasme et sa foi en ont alors convaincus plus d’un, nous dit la suite du récit.

 

Quelle a été la suite de la vie de la Samaritaine? Le texte biblique ne le dit pas. Je ne crois pas en un changement de vie radical. Je l’imagine revenir au puits chaque jour, mais plus en plein soleil, en fin de journée avec les autres femmes, parlant ou non de sa rencontre exceptionnelle mais surtout ayant dans le cœur cette joie qui transforme notre regard sur nous-même et sur le monde.

 

C’est vraiment ce que j’aimerai que nous puissions vivre notamment à chaque culte, une vraie rencontre avec le Christ qui nous donne une joie dans le cœur toute particulière. Certes, nous n’allons pas changer de vie: le lundi les soucis professionnels et privés reviendront mais notre rencontre avec le Christ, je le crois pleinement peu changer notre regard sur le monde, sur ceux qui nous entourent, sur nos différentes activités et sur nous-même.

J’aimerai que chaque culte soit comme un puits où l’on vient se rencontrer, se rafraîchir et se souvenir qu’il y a en chacun de nous une source qui ne tarit jamais.

Et peut-être, qu’en sortant, sommes-nous nous aussi, comme la Samaritaine appelés à laisser éclater notre joie de la rencontre vécue afin de donner envie à d’autres de la vivre aussi.

Amen