Actes 10, 34-43 et Luc 3, 15-22

 

Il est des instants qui sont comme suspendus, des instants qui ponctuent un travail de longue haleine, un travail de précision, un travail pour lequel il aura peut-être fallu s’y reprendre un nombre de fois innombrable avant qu’il aboutisse. On peut l’envisager comme cet instant où l’horloger a fini d’assembler sa montre et qu’il entend pour la première fois le tic tac des aiguilles qui tournent.

Mais avant ça, combien de pièces aura-t-il fallu apprendre à connaître, à construire et à déposer à leur juste place ?

C’est peut-être le même genre de sentiment que Pierre a eu quand il a pris la parole devant toute la maisonnée de Corneille : « Maintenant, je comprends », Il y a l’instant d’avant. Il y a l’instant d’après. Entre les deux, une mécanique très fine s’est mise en route, une mécanique dont il est certainement encore impossible pour lui de saisir toutes les imbrications.

A défaut de tout comprendre, je vous propose d’aborder cette étrange histoire sous un angle si possible méthodique.

Tout d’abord pour nous rappeler que Corneille est centurion romain et qu’il est grec. Cela dit, il est un Grec fréquentable : il est pieux, et avec lui toute sa maison. Il est sincère dans ses convictions. Il mène une vie exemplaire. Il fait beaucoup d’aumônes et il prie Dieu souvent. Pour ces différentes raisons, il attire sur lui le regard bienveillant de Dieu.

Pour autant, est-ce que cela signifie que Pierre va chez lui parce qu’il est désireux de le connaître ? Absolument pas ! Corneille est converti à la religion juive mais il n’est pas allé jusqu’à adopter toutes les pratiques. Pierre va chez Corneille parce que Dieu le lui demande.

 

Revenons maintenant aux faits qui ont précédé l’arrivée de Pierre chez Corneille : Pierre se trouve dans la ville de Jaffa. Il loge chez un certain Simon. Il prie lorsque Dieu lui envoie une vision que, tout d’abord, il ne comprend pas. Dieu lui fait voir une sorte de grande nappe, tenue aux quatre coins, sur laquelle il y a toutes sortes d’animaux, de reptiles et d’oiseaux impurs. Une voix lui demande de les tuer et les manger. Or Pierre refuse. Jamais, il n’a fait une telle chose de sa vie. Mais la voix lui dit : « Ce que  Dieu a déclaré pur pour toi, ne le regarde pas comme étant souillé. »

Au  même moment, on frappe à sa porte : ce sont deux serviteurs de Corneille. Ils ont marché la soirée du  jour d’avant, se sont levés au petit matin et arrivent providentiellement chez Pierre au moment où il reçoit sa vision. Ils viennent demander à Pierre de les suivre chez leur maître, lequel le jour précédent a reçu la visite d’un ange lui ordonnant d’aller le chercher.

Cette coïncidence entre la vision de Pierre et l’arrivée des deux serviteurs est providentielle.

 

Comprenons bien ici que Dieu a employé les grands moyens en envoyant un ange à Corneille et une vision à Pierre. Voilà ce qui a été nécessaire pour que l’apôtre et un Grec se rencontrent. Mais ça n’est pas tout. Avant ça, on a l’impression que Pierre a été mis dans de bonnes dispositions. Peu auparavant, il a accompli deux miracles : il a guéri un homme, Enée, puis il a ressuscité une femme, Tabitha. Ces deux miracles lui prouvent que le Christ est avec lui et qu’il agit à travers lui, Ce que Jésus leur avait annoncé se réalise : les apôtres chassent les démons, guérissent les malades et ressuscitent les morts. Pierre a donc d’excellentes raisons d’être attentif aux signes qu’il reçoit.

Mais ça n’est pas tout ! Avant ça, les apôtres ont été témoins de tout ce que Jésus a fait. Ils ont été les témoins privilégiés des paroles et des gestes de Jésus. Ils ont assisté à sa mort, sa résurrection, son Ascension. Ils étaient là le jour de Pentecôte.

Jusqu’à quand faut-il remonter pour savoir quand la première pièce a été posée ? Nous voilà avertis ! On est là face à un vrai travail d’horlogerie ! Et même si nous nous perdons un peu entre le cadran, les aiguilles, le barillet, les ponts, les roues, les pignons, le balancier, l’échappement, le ressort du spiral et autre système anti-choc, n’ayons aucun doute, l’Esprit est au travail. Il l’est pour nous aussi. Quand la roue d’échappement est libérée, le rouage peut tourner, le ressort se désarme et, quelques étapes plus loin, rien ne peut nous empêcher de vivre cet instant où nous pouvons nous exclamer avec Pierre : « Maintenant, je comprends ! ».

 

Mais qu’est-ce que Pierre a compris au juste ?

Il comprend que ses scrupules religieux représentés par des animaux impurs dans son rêve, n’ont plus lieu d’être. Dans un premier temps, on peut même se demander si ce n’est pas surtout à lui-même que Pierre parle. Il fait l’aveu et partage sa conviction que Juifs et païens sont égaux face au salut offert en Jésus Christ. Tout homme qui croit en Jésus, reçoit par le lui le pardon de ses péchés. « Tout homme », c’est-à-dire pas seulement les Juifs, mais aussi les païens peuvent entrer dans cette nouvelle Alliance.

Pierre prend le risque de témoigner. Il raconte l’histoire de Jésus. Il le fait avec des mots simples. Il annonce la nouvelle alliance en Jésus le Christ. Et c’est alors qu’arrive quelque chose d’étonnant : tandis que l’Evangile est annoncé, que tous écoutent, l’Esprit Saint agit. L’Esprit Saint descend sur tous ceux qui écoutent le discours de Pierre. Si seulement, nous pouvions avoir cette confiance que l’Esprit agit, d’une manière ou d’une autre, lorsque Jésus est annoncé et que pour cela, il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de l’évangélisation, mais que des mots simples suffisent.

 

Ainsi, il aura fallu un ange qui vienne parler à Corneille et lui dise d’aller chercher Pierre. Il aura fallu que Pierre, suite à sa vision, accepte de suivre les deux serviteurs de Corneille et se fasse porteur du message de l’Evangile. Enfin, le Saint-Esprit est venu sceller la qualité d’enfants de Dieu des nouveaux convertis par leur baptême de feu, ce à quoi Pierre ne pouvait répondre autrement qu’en reconnaissant là le signe public de la volonté de Dieu et en le sanctionnant par le signe du baptême chrétien, le baptême d’eau.

Tout est bien qui finit bien ! La mécanique a suivi un cours par moment déconcertant mais Corneille et toute sa maisonnée sont maintenant pleinement convertis. Mais sont-ils les seuls ? Car je vous rappelle que Pierre est tout de même entré dans la maison de Corneille, un grec et, de plus, officier dans l’armée d’occupation. Par la suite, on apprendra qu’il a logé chez lui pendant quelques temps et qu’il a partagé sa table. Cela n’est pas anodin ! C’est un comportement contraire aux règles alimentaires, qui séparaient les strictement les juifs des autres peuples. En vérité, Pierre s’est converti lui aussi. Il s’est converti à la fraternité envers et entre tous. Cela, il l’a fait grâce à l’œuvre puissante de l’Esprit Saint.  Dieu a voulu d’une fraternité entre juifs et païens. Jésus est venu l’annoncer. Bien plus, il a donné sa vie pour nous réconcilier tous en Dieu. Alors pour se faire pleinement comprendre Dieu a encore répandu la force de l’Esprit. Il l’a fait aussi sur la maison de Corneille.

 

Mais nous ? Comment pouvons-nous faire pour nous lier, ou nous relier, à des personnes dont nous avons l’impression que tout nous sépare et, quand je pose cette question, je parle autant de notre voisin que de celui a traversé les continents avant de nous rejoindre.

En cela, cette rencontre entre Pierre et Corneille est très claire : il suffit de nous laisser guider par l’Esprit. Il suffit d’aller vers l’autre avec confiance, de la même manière que l’Apôtre l’a fait en son temps, sans nous laisser arrêter par des éventuels désagréments, des inconforts ou toute autre incertitudes.

 

 

 

Alors, oui je le sais ! Ce que je viens de vous dire n’est pas considérer comme une méthode infaillible. Dieu a mille manière de nous surprendre. Les conversions de Saul, ou de l’Ethiopien sont là pour nous rappeler que nous ne fixons pas les règles… Dieu a mille manières de nous surprendre. La conversion, le baptême ne sont qu’un début.

Même la plus parfaite des montres peut prendre du retard. Même la plus précise des montres mécaniques peut avancer ou retarder de quelques secondes par jour. Elle est sensible aux variations de température, d’humidité. Avec le temps, ses pièces peuvent s’user, les huiles sèchent et des poussières peuvent s’interposer entre les dents d’une roue.  C’est normal ! L’horlogerie, c’est très délicat ! Mais pensez parfois que s’il suffit de très peu pour la dérégler, il suffit aussi de très peu pour  la remettre en route. C’est juste une question de conversion, de changer de regard, de perception, de se tourner, se tourner vers Dieu bien sûr.