Prédication à partir du Psaume 42    version Stan Rougier, Psaume 41.

Esaïe 44 : 1 à 5

Jean 7 : 37 à 39

Pour préparer cette prédication en référence au Psaume 42, je me suis inspirée de divers témoignages vécus dans le contexte de l’hôpital de Lavigny, hôpital de neurologie et de neuro-réhabilitation. Il s’agit d’un lieu de soins et de thérapies dans lequel les patients bénéficient de projets et d’accompagnements thérapeutiques adaptés à leurs situations particulières. Ces personnes sont souvent sous le choc d’un traumatisme brusque et profond ou en chemin avec une maladie invalidante sur le long terme. Beaucoup de patients font de longs séjours à Lavigny. Toutes ces personnes sont appelées à recruter leurs ressources profondes et à les mettre en œuvre dans des itinéraires de longue haleine et des efforts considérables, avec une patience indicible, pas à pas. Ils sont accompagnés par des équipes de professionnels motivés, spécialisés qui travaillent de manière interdisciplinaire et engagée. En vue de réhabilitations souvent magnifiques, toujours bouleversantes.

L’accompagnement spirituel et le ministère de l’aumônerie dans ce contexte se doit de respecter les sensibilités, les convictions, les religions, les ressources et les questionnements des patients, tout en se profilant dans une identité claire et ouverte. Ceci implique écoute, respect, sensibilité, intuition et attention. Et aussi ressourcement personnel auprès de Celui qui est la Source. Ceci implique une parole ou un silence toujours soucieux de pertinence.

La devise de l’Institution de Lavigny est « Agir pour la vie ». En tant qu’accompagnants spirituels et aumôniers, nous nous y impliquons dans un esprit de service et d’humilité, dans l’élan d’une vocation au service de l’Evangile.

Je me réfère aujourd’hui au Psaume 42, qui est historiquement la prière d’une personne déportée ou exilée. Quelle que soit sa prison, son exil, son lit de souffrance, celui-ci est comme une barrière qui l’empêche de retrouver Dieu.  Le psalmiste se sent comme coupé de la joie de la Bonne Nouvelle. C’est comme un exil en soi-même dans un bouleversement total et un brouillard épais. Un patient avec lequel j’ai prié ce psaume m’a confié qu’il se retrouvait exactement dans l’ensemble de cette prière, dans sa progression que nous allons découvrir.

 

Je vous invite à prendre la feuille de culte et à regarder un instant l’illustration en aquarelle qui y figure.

 

Que voyez-vous ?

2 silhouettes, 2 personnages,…, la main posée sur l’épaule, la proximité et la distance suggèrent un accompagnement respectueux du personnage qui semble éprouvé, chargé, fatigué…et d’abord le respect de l’insaisissable identité, du chemin de vie de ces deux êtres appelés à se rencontrer sans pour autant se confondre,

Sur cette image est suggérée une présence offerte, dans un espace ouvert, dans la gravité et la légèreté, la discrétion, l’instant partagé… comme une invitation…

Cette image a été créée pour illustrer l’accompagnement spirituel et l’offre de l’aumônerie à l’hôpital de Lavigny, tant par la présence, les visites proposées que par les temps de recueillement offerts.

Tout commence dans l’écoute et le respect profond de l’identité, des désirs et des réticences, du paysage intérieur et extérieur de chacun, de son mystère, de sa réalité présente. Ce respect permet de « se dire » ou de « se taire », même au-delà des mots, quand la parole est difficile, impossible, quand le silence parle.

Ainsi, les personnages que nous voyons là, ce peut être les autres, ce peut être moi, ce peut être vous, ce peut être Dieu ou tous à la fois…

Et lorsque la Parole de Dieu se dit dans l’histoire humaine, lorsqu’elle offre sa main à votre épaule, elle se donne elle-même comme une présence, une force, pourtant si fragile, qui rejoint, un partenaire de dialogue en profondeur, un chemin possible qui questionne les obscurités.

Lire Psaume 41 version Stan Rougier vv 2 à 5a

Un espace pour déposer les questions, dire les souffrances, les douleurs, souffler, soupirer, expirer, aspirer, comme le cerf, se dire en vérité avec sa soif et sa faim..

 

Dire que je ne me reconnais plus…

Dire où est Dieu ?

Dire que je ne trouve pas ou plus le sens…

Dies que les valeurs qui me semblaient acquises paraissent fades ou effacées, bien lointaines…

Dire que tout est à l’envers…

Comme un cerf brame vers l’eau des sources, dire sa soif, sa faim, en vérité…

Le Psaume me parle, le Psaume me prie, la Parole me rejoint…comme une présence, qui ose rester avec moi dans ce no–mens land, il y a un compagnon qui offre sa présence dans ce Psaume qui dit ma vie…Jusque dans mon silence, ma consternation, cette prière prend le relai de ce que je n’arrive plus à dire vraiment, elle me visite, elle me dit…

Lire vv 5b à 6

Pourtant , je me souviens, la joie, qui n’était pas qu’un rêve, qui paraît si loin, entre nostalgie, doute et questionnement de l’incertitude qui taraude…

Avec le psalmiste, je prie il y a une quête, une aspiration, comme un crochet à vif mais sans ancrage, une gorge ouverte qui cherche son air…

Avec le psalmiste, en Esprit, je découvre, je retrouve un compagnon qui offre sa présence, un lieu où Dieu se laisse accrocher, c’est le Christ mort et ressuscité qui l’a manifesté, révélé, fortement, totalement…

Dieu qui se laisse accrocher, agripper, qui offre une aspérité à la main qui cherche sa prise, si abrupte que soit la paroi…

Le message spirituel du Psaume 42 révèle que Dieu se laisse accrocher, comme un roc qui s’expose aux crochets de nos espérances rudoyées, éprouvées, qui ont tant besoin d’être réalistes…Dieu se laisse accrocher, avec la tendresse d’une main posée sur l’épaule..

Lire vv 7 à 10a

C’est un homme emmené loin de ce qu’il croyait être qui prie pour trouver son chemin, un homme qui prie de tout son être, avec son corps, avec ses soupirs, la parole est difficile, déposer, lâcher prise, reprendre souffle dans la simple et mystérieuse présence de Dieu. Dans cette prière, dire Amen, dire que c’est solide, que ça tient la route, qu’en Dieu je peux accrocher mon espérance.

Témoigner de la fidélité de Dieu dans la rencontre c’est d’abord accueillir l’autre dans sa réalité, parfois son silence, sa révolte, oser rester dans l’impuissance, savoir parfois se retirer, se taire,

C’est toujours et avant chaque visite, dire à Dieu, Seigneur, tu me précèdes et après chaque visite, je te confie, je te remets la personne que je viens de rencontrer, je la considère dans la lumière de Ta résurrection. Mon regard est fragile, mon regard est porté. Cela permet de se tenir avec l’autre sur la frêle passerelle du présent.

Lire v 12

C’est une invitation à risquer une espérance, une espérance réaliste pour aujourd’hui, demain viendra en son temps, mais risquer cette espérance pas à pas.

E.F. est une personne qui, dans un contexte différent de l’hôpital, a connu et parcouru des situations extrêmes, au cours de sa vie. Voici quelques reflets, grandes lignes émanant de son témoignage d’espérance :

Dans la relation avec le Christ, par sa mort et sa résurrection, quelque chose nous est donné qui est plus fort que le malheur. Lorsque nous sommes submergés par lui, nous pouvons recevoir un esprit de créativité envers et contre tout, qui peut nous permettre de nous relever et de connaître la résilience. En fait de goûter malgré tout à la joie de Pâques…

Guérir du malheur ne signifie pas revenir à l’état initial. Nous gardons toujours des séquelles de ce qui nous est arrivé. Mais oser l’espérance réaliste, c’est ouvrir devant nous de nouvelles possibilités de vivre, c’est revisiter le gouffre de nos blessures pour favoriser la Grâce et la réconciliation, en soi et autour de soi.

Avec tous les témoins de cet Evangile, osons dès lors explorer nos propres chemins d’espérance réaliste, pour aujourd’hui et pour demain, à l’écoute de la Parole…

Accroche en Dieu ton espérance…

Amen