Message

 Lectures bibliques:

Jean 11, 5-16; Jean 14, 1-7; Jean 20, 19-29

Thomas… celui qui dans la Bible est appelé le Didyme, c’est-à-dire le jumeau mais dont le frère n’est pourtant jamais mentionné.

Thomas… peut-être est-il le jumeau de chacun de nous, tant son enthousiasme dans sa foi, sa confiance mais aussi ses questions et ses doutes rejoignent parfois les nôtres.

En redécouvrant dans l’évangile de Jean, le chemin de foi de Thomas, oui, je me suis sentie très proche de lui dans son lien avec le Christ.

Un lien qui va durer probablement jusqu’à la fin de sa vie puisque nous aurions encore pu lire un passage au début du livre des Actes où Thomas est mentionné parmi les disciples qui continuent, après le départ de Jésus, à vivre ensemble, à prier ensemble, à partager leurs biens et à témoigner largement de leur foi autour d’eux.

Alors ensemble reprenons ce cheminement de Thomas.

Thomas est mentionné dans les trois premiers évangiles au moment où Jésus nomme tous ses disciples. Il est un parmi les 12 autres.

Mais dans l’évangile de Jean, dès sa première apparition, Thomas se fait remarquer. Il prend déjà une place particulière.

Jésus et ses disciples viennent de vivre un temps bien difficile. Dans le Temple en effet, Jésus échappe de justesse à l’arrestation et à la lapidation. Des juifs avaient déjà ramassé des pierres pour les lui lancer, tant ils étaient fâchés par ses paroles.

Pour y échapper, Jésus se rend alors de l’autre côté du Jourdain, actuellement en Jordanie. Là même, nous dit le texte biblique, où Jean l’avait baptisé.

C’est donc là que nous retrouvons Jésus avec ses disciples. Bien certainement, ensemble, ils évoquent tout ce qui vient de se passer et peut-être parlent-ils clairement des risques qu’il y a maintenant à retourner à Jérusalem.

Alors quand Jésus annonce sa ferme intention de retourner tout près de Jérusalem pour y relever Lazare d’entre morts, on peut légitimement se demander si les disciples ont hésité à le suivre. Ce qui est sûr c’est que lorsque Thomas invite ses compagnons à suivre Jésus en leur disant : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec le Maître » on comprend bien que chacun était conscient du risque qu’il prenait. On découvre alors dans ces paroles fortes de Thomas un vrai don de soi. Cette fois encore Thomas et tous ses compagnons décident de suivre Jésus au risque de leur vie.

Les mots de Thomas m’interpellent. Suis-je prête, comme lui, comme eux, à m’engager auprès du Christ au risque de ma vie ?

Dans le monde, aujourd’hui, certains chrétiens sont parfois concrètement amenés à faire ce choix. Nous pensons particulièrement aux chrétiens en Syrie mais aussi en Egypte ou dans certains Etats musulmans. Nous, ici, il est vrai, nous n’avons pas vraiment à nous poser la question de cette façon. Bien heureusement, nous gardons une vraie liberté de croyance. Mais nous pouvons tout de même nous interroger sur notre engagement quotidien. Etre chrétien aujourd’hui chez nous ce n’est pas toujours un chemin facile et parfois nous sommes confrontés, comme Thomas, comme les disciples à l’époque, à l’incompréhension et à la critique des autres. Avons-nous alors des réactions de replis ou savons-nous faire face à ces difficultés dans la confiance en hésitant pas à proclamer notre foi avec enthousiasme?

Le deuxième texte biblique, nous fait retrouver Thomas, les disciples et Jésus quelques jours plus tard. Lazare a été rendu à la vie, Jésus est entré triomphalement à Jérusalem. Ce soir-là, il vient de faire un geste fort en lavant les pieds de ses disciples. Tous sont restés fidèles jusqu’à ce moment-là.

C’est le dernier repas. Ils ne le savent pas mais ils doivent bien ressentir le trouble de Jésus. Il parle Jésus, il parle beaucoup et de façon plus intime, par moments de façon plus mystérieuse en utilisant des métaphores, puis il évoque clairement sa mort et l’Esprit qui leur sera donné.

Peu de disciples semble-t-il, osent interrompre le maître. Thomas, lui, se risque à une question. Une question plutôt osée. Je la ressens un peu comme une provocation avec un brin d’ironie. Jésus vient en effet d’affirmer : « Quant au lieu où je vais, vous en connaissez le chemin » et Thomas réplique du tac au tac : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous en connaître le chemin ? » Oui, question plutôt osée et même pertinente.

Jésus ne lui fait pourtant aucun reproche. Il répond clairement à la question, mais sur un autre niveau, parlant de lui-même, de sa relation à Dieu et du chemin qui mène au Père.

Et c’est alors un dialogue qui peut s’installer entre lui et les disciples: Philippe prend la parole puis Jude et enfin tous. Patiemment Jésus explique, encore et encore, cette belle relation qui l’unit au Père.

Ce passage, au-delà de mots forts de Jésus, je le ressens comme un encouragement pour chacun de nous à écouter les paroles du Christ. Ecouter ses paroles en lisant les textes bibliques notamment, dans nos temps de prière mais aussi en étant attentif à ce que d’autres nous partagent et aux nombreux signes visibles dans notre quotidien. Un encouragement à écouter mais aussi un encouragement à entrer en dialogue. Pour les disciples c’était directement avec Jésus. Pour nous le dialogue se vit dans la prière mais aussi par le partage avec d’autres. Partager ses doutes, ses questions, ses espérances.

Et j’aime le rappeler : s’il y a bien une personne, et bien certainement la seule, à qui l’on peut vraiment tout dire, c’est bien le Christ.

 

Dans le troisième passage relu ce matin, Thomas est en deuil. Il vient de perdre non seulement un ami mais surtout un maître en qui il avait mis toute son espérance. C’est toute sa croyance qui s’est écroulée, toute sa confiance qui a été bafouée, le lien est brisé.

Dans de telles conditions, il est bien difficile d’entendre et encore plus de croire à des paroles d’espérance et de joie. Difficile encore plus de croire aux paroles incroyables des autres, même si ceux-ci sont des disciples. Pourtant ce qui me touche dans l’attitude de Thomas, c’est qu’il ne ferme pas la porte de son cœur. Déjà il reste avec les autres. Il maintient le lien fort qu’il a avec eux et qui le rapproche de Jésus. Comme on a besoin de le faire quand on est en deuil. Puis au lieu de dire que c’est impossible, il pose une condition simple et tout à fait justifiable. Il demande à voir, comme les autres ont vu. Rien de plus.

Il y a tellement de moments dans notre vie où nous, nous aussi, comme lui, nous aimerions des preuves. Des preuves que Dieu est avec nous, qu’il nous entend, qu’il nous comprend, que le lien existe, encore.

Thomas, une fois encore, a osé parler franchement. Oui, il a osé dire clairement son besoin devant tous. Et cela ne devait pas être facile pour lui. Mais il a osé.

Un exemple pour nous. Oui, oser dire nos besoins… nos besoins de preuves, nos besoins que Dieu agisse, que Dieu réponde, nos besoins d’un lien fort avec lui.

Oser le dire aux autres, comme Thomas, mais oser aussi le dire à Dieu. Je souhaite de tout cœur que nous osions transmettre à Dieu nos propres besoins même si parfois ils traduisent peut-être un manque de confiance ou un questionnement profond. Et je le crois, Dieu entend nos besoins, comme le Christ a entendu ceux de Thomas. Le lien n’est jamais rompu.

« C’est parce que tu m’as vu que tu as cru : bienheureux ceux qui sans avoir vu, ont cru »

On pourrait facilement penser que Jésus adresse là un reproche à Thomas. Personnellement je ne le crois pas. Jésus en revenant une deuxième fois auprès des disciples offre à Thomas le signe dont il avait besoin pour croire. Il prend soin de lui avec toute son affection.

Mais il sait que plus tard, tous les autres devront croire sans le voir.

C’est donc à un chemin de confiance que Jésus nous invite. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus voir le Christ comme les disciples l’ont vu. Mais aujourd’hui encore il y a des gestes, des événements, des personnes, des lieux, des textes qui nous parlent de lui et qui le rendent pleinement présent dans notre quotidien. Et nous sommes invités, comme Thomas, à y puiser toutes les ressources nécessaires pour nourrir notre foi et notre lien avec Dieu.

Alors ce matin, j’ai envie de dire merci à Thomas. Merci pour ce chemin de foi partagé jusqu’au bout avec le Christ et qui éclaire le nôtre.

Merci pour la franchise de ses paroles qui nous invite à la même transparence envers notre Seigneur.

Merci pour ce lien jamais rompu et qui rend plus solide le nôtre.

Amen