Message

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Amos 2, 6-16; Amos 5, 21-24; Amos 7, 10-15; Amos 9, 11-15

 

Amos, né dans le royaume de Juda, accepte d’aller de venir à Béthel, sanctuaire du royaume d’Israël pour y dénoncer l’immoralité, les injustices sociales et l’hypocrisie d’une religion trop formelle.

Comment a-t-il eu ce courage de répondre à l’appel de Dieu, de quitter son petit village, sa famille et son métier pour aller dans une autre région, dans une ville importante afin d’y dénoncer la manière de vivre de ses habitants ? Et surtout comment a-t-il pu trouver le courage d’aller annoncer à ces gens ce qu’il devait bien imaginer qu’ils n’auraient aucun plaisir à entendre.  Oui, comment a-t-il pu avoir ce courage incroyable presque au-delà du raisonnable humain ?

En redécouvrant cette histoire du prophète Amos, dont le nom signifie « porteur de fardeau », oui en relisant son histoire, je me dis que c’est peut-être bien cela être prophète : répondre à un appel, avoir confiance que c’est le juste chemin, mettre cela en priorité dans sa vie et faire fis des conséquences.

Amos lui-même parle de sa vocation. Il rappelle qu’il n’était qu’un simple paysan qui cultivait les sycomores et gardait les moutons et non pas, comme on l’accuse, un membre d’une confrérie de prophètes comme il en existait à l’époque, une sorte de prophète fonctionnaire vivant de ses oracles. « Le Seigneur m’a pris, m’a saisi de derrière le troupeau » explique Amos. Rien, ni sa famille, ni son métier, ni ses relations sociales ne le prédisposaient à une telle vocation. Il a été saisi par le Seigneur, comme il le dit.

L’apôtre Paul utilisera lui aussi ce même terme pour parler de sa vocation. Il dit avoir été saisi par le Christ. Dieu a fait irruption dans sa vie et a vraiment tout bousculé dans son quotidien.

La vocation d’Amos, comme celle de Paul, illustre combien celle-ci n’est pas toujours un projet personnel long et réfléchi mais aussi et souvent le fruit d’appel soudain et fort.

 

En regardant l’histoire et les paroles d’Amos, on découvre un homme enraciné dans le passé mais très en lien avec le présent et annonçant l’avenir. En effet un prophète est souvent à la fois un homme du passé, du présent et de l’avenir.

Homme du passé parce qu’il s’enracine dans une histoire. Celle de l’Alliance de tout un peuple de croyants avec son Dieu. Celle de la fidélité de ce Dieu qui se réjouit lorsque cette relation est belle et qui souffre lorsque celle-ci est bafouée.

Homme du présent parce qu’il entend l’appel que Dieu lui envoie et décide d’y répondre, allant jusqu’à risquer sa vie.

Homme de l’avenir enfin, annonçant des paroles parfois bien difficiles à entendre, se faisant le porte-parole d’un Dieu plein de tristesse et de colère à cause du comportement insensé et des dérives du peuple.

Oui, c’est bien à travers les mots de son prophète que Dieu exprime sa déception, sa colère et sa tristesse face à l’éloignement de son peuple. Même à travers les malheurs vécus: la sécheresse, le ravage des champs, le manque de nourriture, les maladies, le massacre des plus jeunes, oui même face à tout cela, constate Dieu, le peuple n’est pas revenu vers lui. Alors Dieu n’a plus d’autres choix qu’annoncer la destruction.

Et pourtant à plusieurs reprises, au milieu de ses mots durs, c’est un appel plein de tendresse que l’on ressent de la part de Dieu. Une envie de retrouver un lien fort avec les siens. Dieu finit par des mots de consolation, d’espérance et même d’abondance.

C’est là je le crois l’amour inconditionnel de Dieu. 

C’est là je le crois ce qui nous tient en vie. « Si vous voulez rester en vie, crie Amos, c’est le Seigneur qu’il faut consulter »

Et les derniers mots d’Amos, comme ceux de beaucoup d’autres prophètes, sont des mots d’espérance et réconciliation. Le but premier de son discours est bien de faire réagir chacun afin qu’un nouvel élan dans cette relation avec Dieu puisse naître.

« Cherchez Dieu et vous vivrez » crie encore Amos. « Cherchez Dieu et vous vivrez » C’est simple, c’est profond et tellement juste.

 

 

Alors quels pourraient être les enseignements de ce prophète pour nous aujourd’hui?

 

Un enseignement à reconnaître que Dieu est notre Créateur. Lui seul est Dieu. Les idoles ne sont rien. En d’autres termes, il est illusoire de mettre sa confiance dans des objets, des habitudes, des rites ou des personnes aussi bons soient-ils. Rien ne remplace le lien fort et personnel que nous pouvons construire jours après jours avec Dieu. 

Un enseignement à reconnaître que Dieu n’est pas un dieu que nous pouvons convaincre par des bonnes actions, des offrandes ou même des sacrifices. Il reste libre, puissant et souverain. 

Un enseignement à reconnaître qu’en mettant notre énergie et notre confiance dans un grand nombre d’activités et de projets, cela nous empêche de rester avec un cœur ouvert à l’alliance que Dieu nous offre.

Et enfin Amos prône aussi un changement de comportement dans le domaine social face à l’oppression des pauvres et aux injustices sociales qu’il dénonce. Mais il le dit, ce changement de comportement doit venir de l’intérieur. Il doit être le signe d’un changement spirituel, le signe d’un retour à Dieu. Pour Amos la pratique du bien social n’a de sens que si elle est portée par la foi.  

Paul aura ce même discours, nous invitant d’abord à recevoir la grâce puis à agir en conséquence. De la foi découlent les œuvres et non le contraire.

« Cherchez Dieu et vous vivrez »

Nous sommes de ceux qui sont invités à entendre, à recevoir et à transmettre ces paroles fortes. Des paroles de confiance et d’amour certes mais des paroles qui aussi nous bousculent, nous invitent à la réflexion et nous convertissent.

 

Comme le prophète Amos, enraciné dans le passé, que nous sachions puiser nos convictions dans toute l’histoire de l’alliance de Dieu avec son peuple.

Comme le prophète Amos, se mettant pleinement au service de Dieu, que nous sachions entendre inlassablement l’appel de Dieu et y répondre avec toutes nos priorités.

Comme le prophète Amos enfin, invitant chacun à se tourner vers Dieu, que nous sachions trouver les mots qui invitent à renouveler le lien de chacun avec Dieu.

 

Ce qui me touche à la fin du livre d’Amos, et je terminerai pas là, c’est que Dieu n’attend même pas la réaction de son peuple pour annoncer la fin du malheur. Oui, il annonce la reconstruction du pays et l’abondance de vie, avec son cœur de père dont l’amour pour les siens, je le crois, dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

 « Cherchez Dieu et vous vivrez » Amen