Message

Lectures bibliques: Psaume 5, 12-13; Romains 15, 7-13

 

La Bible, et particulièrement les Evangiles, parle souvent de la joie.

En plus des deux textes bibliques que nous venons de réentendre, nous vous proposons ce matin de redécouvrir quelques brefs passages des Evangiles qui nous invitent chacun à leur manière à entrer dans la joie.

 

Au tout début des évangiles, dans celui que nous propose Luc, il y a la joie d’une naissance à venir. Une joie qu’Elisabeth ressent profondément au-dedans d’elle et qu’elle exprime ainsi à Marie: « Au moment où j’ai entendu ta salutation, l’enfant a remué de joie au-dedans de moi ».

Une joie que Marie elle aussi exprime clairement au début d’un hymne de louange appelé le cantique de Marie: « Mon âme loue la grandeur du Seigneur et mon cœur est plein de joie à cause de Dieu mon Sauveur ».

Elisabeth et Marie reconnaissent la présence de Dieu au cœur de ce qui leur arrive. Non seulement elles reconnaissent cette présence mais elles la vivent dans la joie et la reconnaissance et cela malgré l’étrangeté de leur situation à toutes les deux. La joie d’Elisabeth et de Marie devient alors une vraie leçon de confiance en Dieu pour nous tous.

 

Dans l’évangile de Matthieu au chapitre 2, les mages, après un long chemin et leur visite au roi Hérode, retrouvent l’étoile qui les avait guidés: « Elle allait devant eux, mais au moment où elle arriva au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant, elle s’arrêta. Ils furent remplis d’une très grande joie en la voyant ainsi ».

Joie des mages qui arrivent au but de leur voyage. Ce qui leur donne une très grande joie ce n’est pas seulement d’avoir retrouvé l’étoile mais c’est surtout de découvrir qu’enfin elle s’arrête. Enfin ils touchent à leur but, enfin ils vont pouvoir découvrir celui qui leur a été annoncé.

Je suis touchée par la très grande joie de ces savants. Malgré leur détour par le palais d’Hérode, cette fois lorsque l’étoile s’arrête, ils ne se posent pas milles questions, comme il nous arrive parfois de le faire devant un événement extraordinaire. Au lieu de cela ils se laissent complétement habiter par cette très grande joie venue du ciel.  

Alors que nous soyons dans la même joie d’aller à la rencontre du Christ sur notre chemin de vie.

 

Toujours dans l’évangile de Matthieu au chapitre suivant: lorsque Jésus sort de l’eau après avoir été baptisé par Jean, il y a ces mots magnifiques de Dieu: « Celui-ci est mon fils bien-aimé; je mets en lui toute ma joie ».

Jésus, fils de Dieu, mais surtout joie de Dieu. Dieu met sa joie, je le crois pleinement, dans chacun de ces fils et de ces filles. Il met sa joie en chacun de nous. Nous voilà donc à la fois dans un lien de joie avec Dieu et à la fois habité en profondeur par cette joie transmise en Jésus-Christ.

 

Nous continuons dans l’évangile de Marc au chapitre 4. Cette fois, c’est au cœur d’une parabole, celle du semeur, que nous découvrons la joie: « D’autres ressemblent au terrain pierreux où tombe la semence: ils entendent la parole et la reçoivent aussitôt avec joie mais ils ne la laissent pas s’enraciner en eux, ils ne s’y attachent qu’un instant ».

Moment de joie en écoutant la parole de Dieu, peut-être comme nous ce matin et lors de chaque culte, chaque temps de recueillement ou de partage avec d’autres. Oui, je le crois profondément la parole de Dieu entendue et partagée avec cœur nous procure une vraie joie, une vraie lumière sur notre chemin. C’est pourquoi nous avons tant besoin de ces temps communautaires, ensemble.

Pourtant Jésus le sait bien. Il est parfois difficile de laisser la Parole de Dieu s’enraciner profondément en nous. Lorsque nous retrouvons notre réalité de vie: nos occupations, nos soucis, nos difficultés, nos souffrances, nos tristesses sont comme le chemin pierreux. Ils empêchent parfois la Parole de s’enraciner et d’habiter profondément en nous.

Mais retenons cette belle image que Jésus nous donne de la joie que la parole entendue et partagée peut procurer à chacun de nous. Parce que je crois, cette joie ressentie à un moment particulier peut nous aider à traverser les moments où nous avons plus de peine à y accéder.

 

Dans l’évangile de Luc au chapitre 10, c’est en entendant ses disciples de retour de mission que Jésus lui-même, à son tour, est rempli de joie. Luc nous le transmet ainsi: « A ce moment même, Jésus fut rempli de joie par le Saint-Esprit ».

Joie du Christ en écoutant l’émerveillement de ses disciples devant les miracles accomplis.

Oui, je le crois aujourd’hui encore, Jésus se réjouit de notre engagement à aller dans le monde lorsqu’il nous envoie.

 

Dans le chapitre 18 de l’évangile de Matthieu, c’est le récit du bon berger cherchant son mouton perdu et Jésus affirme: « S’il le retrouve, il ressent plus de joie pour ce mouton que pour les 99 autres qui ne se sont pas perdus ».

Dieu ne cesse de nous chercher et quand nous nous laissons trouver par lui, alors c’est bien le sentiment de joie encore une fois qui vient l’habiter. Il n’y a donc pas de souci à s’être perdu parce qu’on se sait cherché et retrouvé dans la joie.

 

Et puis cette histoire que j’aime particulièrement dans le 19ème chapitre de l’évangile de Luc: un homme cherche Jésus au point de monter sur un arbre. Puis il accepte tout de suite, et avec joie, de le recevoir chez lui: « Zachée se dépêcha de descendre et reçut Jésus avec joie ».

Pour cet homme c’est une grâce de recevoir Jésus et sa joie est à la mesure de sa soif de le rencontrer. Que nous ayons cette même soif, qui permet de dépasser les conventions et les regards moqueurs, pour alors recevoir le Christ avec empressement et joie.

 

Dans l’évangile de Jean au chapitre 15, dans un long discours à ses disciples, juste avant d’être arrêté, Jésus leur promet une joie pas comme les autres: « Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ». Jésus promet une joie complète, parfaite et il ajoute cette invitation à devenir ses amis. Non pas ses serviteurs mais ses amis dans l’amour donné les uns aux autres.

 

Nous terminons cette évocation de la joie dans les évangiles, une évocation non exhaustive, par le 20ème chapitre de l’évangile de Jean:

C’est le dimanche soir, les disciples sont enfermés chez eux. Jésus, ressuscité, les rejoint et il leur annonce la paix:  » Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur ».

 

 

Dans notre vie aussi il y a une quantité de moments de joie.

Il y a les petites joies de l’existence: un rayon de soleil, une fleur, recevoir un cadeau, partager un bon repas, s’acheter un joli habit, vivre une rencontre inattendue.

La joie aussi d’avoir pu surmonter des situations difficiles comme celle de la souffrance physique, morale ou relationnelle. La joie d’avoir pu avancer d’un pas, d’avoir repris un peu de force ou d’avoir amélioré une situation.

Il y a aussi de belles occasions de joie dans des projets que nous avons finalisés ou des activités vécues. Joie dans les réussites que nous pouvons faire, nous-mêmes ou quelqu’un de proche. Joie d’un retour ou d’une naissance.

Toutes ces joies je le crois pleinement, les grandes comme les petites, sont des bénédictions de Dieu. Car je le crois Dieu aime la vie et toutes les joies que nous pouvons y découvrir. Ainsi les joies, même les joies simples, peuvent être accueillies comme des signes de la présence de Dieu.

 

Et pourtant, après tous ces mots sur la joie, sommes-nous vraiment tous toujours joyeux ?

Non, évidemment. Comment pourrions-nous être joyeux quand un de nos proches souffre, quand un ami a perdu son emploi, quand une connaissance a du souci pour sa santé, quand un couple se déchire…

Comment pourrions-nous être joyeux au chevet d’un malade ou d’un mourant.

Comment pourrions-nous être joyeux alors que des personnes dans le monde meurent de faim, crient sous les tortures ou restent bloqués sur des bateaux de fortune parce qu’aucun pays n’accepte de les accueillir.  

 

Même si nous avons la joie d’être croyants, nous n’avons pas toujours le cœur joyeux. Et c’est normal, nous avons aussi le droit d’être tristes.

C’est pour cela que je crois que la joie dont parle le psalmiste, Jésus dans les Evangiles, tout comme celle qu’évoque aussi Paul dans sa lettre aux Romains, est une joie encore différente. C’est une joie plus profonde qui surpasse toutes les réalités et les émotions de notre vie.

C’est la joie de se savoir aimé de Dieu profondément et inconditionnellement. La joie de pouvoir ainsi compter sur sa présence pour suivre notre chemin de vie, il est vrai, pas toujours facile et joyeux.

 

Oui, c’est une joie qui nous maintient debout en toutes circonstances, qui nous porte et nous aide à continuer notre chemin de vie quand celui-ci devient rude et caillouteux.

C’est une joie aussi qui nous permet d’être en lien les uns avec les autres, au-delà de nos affinités ou des activités partagées parce qu’elle nous unit profondément.

C’est une joie enfin que nous aimerions partager inlassablement tant elle éclaire la vie de celui qui la ressent.

 

Alors je souhaite de tout cœur, qu’en toutes circonstances, nous prenions le temps de nous laisser toucher et habiter par cette joie particulière et profonde qui nous vient de Dieu.

 

Et je terminerai par ces mots du Pape François: « La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours. »

Amen