CULTES SOLIDARITE 30 août 2015 à Morges et Monnaz (par Anita Baumann, diacre et

les membres du Conseil Présence et Solidarité Région Morges-Aubonne)

Lectures bibliques :

Matthieu 15 : 29 à 39 ; 1 Corinthiens 12 : 12 à 27 puis

Histoire d’Elie et de la femme veuve de Sarepta (histoire racontée) :

1 Rois 17 : 1-16

Prédication :

La situation dans laquelle se sont trouvés Elie et la femme veuve de Sarepta

ressemble à celle que connaissent d’innombrables personnes tout autour du monde.

Aujourd’hui, comme au temps du prophète, des hommes, des femmes, des enfants

sont confrontés eux aussi à des conditions de vie très précaires.

Certains souffrent de faim et de soif, comme ce fut le cas au temps du prophète Elie,

d’autres doivent faire face à des instabilités politiques, à la guerre, à des

catastrophes naturelles, au chômage.

Si nous avons certainement tous en tête des images de ces drames évoqués par les

médias, nous pensons certainement aussi à des situations auxquelles nous sommes

nous-mêmes confrontés, personnellement ou par le biais de proches.

Nous savons également que la misère reste souvent cachée. Il y a au loin mais aussi

au près des situations difficiles dont on ne soupçonne pas l’ampleur.

Si j’évoque avec vous ces souffrances, ce n’est pas pour nous orienter vers une

forme de misérabilisme.

Il ne s’agit pas d’entretenir des tendances pessimistes qui nourrissent le

découragement et qui peuvent aussi donner envie d’ignorer la réalité.

A l’inverse, il n’est pas question non plus de nous laisser aller vers un optimisme béat.

Les textes bibliques que nous avons lus et racontés ce matin nous invitent plutôt à

vivre la réalité en étant portés par la confiance.

Cette force peut paraître dérisoire. Elle suscite toutefois un élan porteur de vie et

d’espérance. Elle permet d’avancer malgré l’obscurité et elle transforme des

situations.

L’histoire d’Elie et de la femme veuve de Sarepta en témoigne. Ces deux personnes

auraient eu toutes les raisons de désespérer, de se replier sur elles-mêmes. Elles ont

choisi toutefois le chemin de la confiance, confiance en Dieu mais aussi confiance

en l’autre.

Cette confiance, Elie en avait déjà fait preuve auparavant. Il était prophète et il

savait qu’il pouvait se fier à l’Eternel. Il avait déjà pu vérifier, maintes fois, l’exactitude

des messages que Dieu lui avait demandé de transmettre.

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Ces messages ne lui avaient pas toujours attiré la sympathie du roi et de la reine

d’Israël. Elie avait même dû fuir leur colère. Il avait toutefois été conduit par Dieu vers

un endroit sûr. Lorsque la sécheresse a sévi, Elie n’en a pas souffert tout de suite. Il a

eu pendant un certain temps à boire et à manger en suffisance.

Cette situation, toutefois, n’a pas duré. Elie a été confronté, comme les autres

membres du peuple d’Israël, à la précarité. Cet homme n’avait toutefois pas cessé

de faire confiance à Dieu. Brusquement, toutefois, Elie a vu ses conditions de vie

changer.

Cet homme aurait pu alors douter de Dieu. Il aurait pu se demander à quoi sa foi

pouvait encore lui servir. Il aurait pu remettre aussi en question sa mission de

prophète.

Elie a traversé un de ces passages difficiles que l’on peut aussi connaître lorsque

notre vie bascule, lorsque tout semble s’effondrer. Dans ces moments, nous pouvons

être tentés, comme le prophète aurait pu l’être, de nous replier sur nous-mêmes.

Elie aurait pu devenir sourd à la voix de Dieu. Cet homme toutefois a su garder ses

oreilles ouvertes. Mais ce qu’il a entendu aurait pu une fois de plus le faire douter.

Dieu a demandé à Elie de faire quelque chose de difficile. Il lui a dit de reprendre la

route, de se rendre dans une ville inconnue et d’aller demander de l’aide à une

femme veuve tout aussi inconnue.

Elie savait que les femmes veuves de son époque étaient très pauvres. De plus, celle

qu’il était appelé à rencontrer ne connaissait pas le Dieu d’Israël.

Cette femme n’avait donc ni les moyens, ni les motivations de venir en aide à Elie,

qui n’était pour elle qu’un homme étranger.

Ce raisonnement toutefois n’a pas éteint la foi du prophète. Elie a choisi, une fois de

plus, de faire confiance à Dieu. Il a continué de croire que Dieu a une solution à ses

problèmes même si à vues humaines tout cela semblait absurde et impossible.

La femme veuve qu’Elie a rencontrée à Sarepta avait elle aussi toutes les raisons de

douter de cet homme qui est venu lui demander à boire et à manger.

Cette femme a connu la situation précaire à laquelle tant d’humains sont

aujourd’hui aussi confrontés. Cette femme ne savait pas de quoi demain serait fait. Il

ne lui restait qu’une poignée de farine et un peu d’huile, juste de quoi préparer le

pain du jour.

Lorsqu’Elie a tendu la main vers elle pour lui demander son aide, elle aurait pu la

refuser. Elle aurait pu envoyer cet homme voir ailleurs. Cette femme toutefois a choisi

elle aussi la confiance, confiance en cet homme qui avait … les mains vides mais qui

lui assurait néanmoins que Dieu, Celui en qui il croyait, allait lui donner la nourriture

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dont elle et son fils avaient besoin, non seulement pour aujourd’hui mais aussi pour

l’avenir.

Cette femme a accepté de partager le peu qu’elle avait sans avoir l’assurance que

ce qu’Elie lui disait allait se réaliser. Elle a donc pris le risque de la foi, de la

confiance. Elle a donné sans recevoir d’abord manifestant ainsi cet amour que Dieu

nous offre, amour qui donne sans condition.

Ce partage a permis alors à cette femme de découvrir que lorsque nous confions

entre les mains de Dieu le peu que nous avons, Dieu produit le miracle de l’amour.

L’amour se partage mais ne s’épuise pas. Il est une source intarissable dont Dieu luimême

en est l’origine.

La femme de Sarepta a ainsi découvert que Dieu renouvelle ce que nous

partageons pour soutenir la vie.

Les moyens que nous offrons pour lutter contre la précarité, aujourd’hui comme hier,

peuvent souvent sembler dérisoires, comme une poignée de farine et un peu

d’huile. Lorsque nous confions à Dieu ce peu, il en fait toutefois un miracle, le miracle

du partage.

Ce message est aussi au coeur du récit que nous avons lu dans l’Evangile de

Matthieu, un récit qui relève là encore l’amour de Dieu. Jésus le manifeste en étant

touché par la situation des personnes malades qu’il rencontre. Il est attentif aussi à la

faim de la foule, démontrant par là que Dieu n’est pas indifférent à ce que nous

vivons. Pour répondre à cette faim, toutefois, Jésus fait appel à l’engagement de ses

disciples. Il les invite, comme la femme de Sarepta, à mettre à disposition le peu

qu’ils leur restent : 7 pains et quelques petits poissons et ce peu, Dieu le multiplie,

Dieu produit donc à nouveau le miracle du partage.

Ce miracle, Dieu ne l’accomplit pas tout seul. Il compte sur chacune et chacun de

nous. Il nous invite toutes et tous à oeuvrer avec lui, tels que nous sommes, avec un

peu ou beaucoup de farine ou d’huile. Nous avons tous notre place et notre rôle

dans la belle aventure du partage. C’est ce que l’image du corps évoqué par Paul

nous a rappelé. L’oeil ne peut pas dire à la main, je n’ai pas besoin de toi.

J’aime cette solidarité à laquelle Dieu nous invite. Une solidarité où il n’y a pas d’un

côté celui qui donne et de l’autre celui qui reçoit mais où la confiance réciproque

permet la rencontre et le partage ; où la foi en Dieu permet aussi de nous engager

sans savoir à l’avance comment tout va se passer.

Cette foi a déjà accompli de multiples miracles au cours des siècles. Elle a donné

naissance à des organismes, des associations d’entraide. Elle n’a pas changé la

réalité de façon magique mais elle a mis en route et elle nous met aussi en route

pour vivre ensemble la solidarité, les uns avec les autres et avec Dieu.

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Cette attitude est loin de l’optimisme béat dont nous avons parlé au début de notre

méditation. Elle ne minimise pas les difficultés mais elle nous donne la force de les

affronter ensemble.

Au sein de l’aumônerie de rue, de la permanence d’accueil et d’entraide que nous

proposons le mercredi à la Cure du Bluard à Morges, nous rencontrons des

personnes qui vivent des situations difficiles mais qui ressemblent aussi bien souvent à

Elie et à la femme de Sarepta. Ces personnes nous offrent leur confiance et elles

nous enrichissent aussi bien souvent par cette force qui leur permet de se relever,

malgré l’adversité ; de continuer de chercher, d’avancer, d’espérer. Un homme m’a

dit l’autre jour, lors d’un entretien individuel, que dans sa famille, on se rappelle

souvent que « l’espoir meurt en dernier ».

L’entraide que nous proposons à ces personnes est aussi témoignage de votre

confiance. Les dons qui nous permettent d’offrir un petit coup de pouce

manifestent aux gens qui les reçoivent que vous n’êtes pas indifférents à leur

situation.

Par ces quelques échos de la permanence, je ne cherche pas à embellir la situation

mais à relever quelques-unes des lumières qui permettent d’avancer et qui ne

laissent pas triompher l’obscurité.

Que la lumière de la confiance en Dieu et les uns envers les autres éclaire toujours

notre route !

AMEN

Dimanche 30 août 2015 – Morges et Monnaz – Anita Baumann, diacre