Cultes du 22 janvier 2017 Morges & Monnaz (cène) Pasteur Michel Muller

Textes : 1 Corinthiens 1/1 à 9 – Psaume 40/6 à 12

 

PREDICATION

Evangile de Jean 1/29 à 42

 

Bien-aimés de Dieu,

D’emblée Jésus choisit de ne pas faire tout seul.

Il aurait pu.

Notre foi affirme qu’il est Fils de Dieu. L’autorité et le pouvoir de prêcher, d’accomplir des miracles, nous semblent ainsi aller de soi dans notre image et notre conception de sa personne et de son ministère. Il aurait pu alors mener à bien sa tâche en comptant sur ses propres forces, et la certitude de la présence et de la puissance de Dieu en lui.

Mais d’emblée Jésus choisit de ne pas faire tout seul.

D’abord il se situe comme partie prenante dans l’histoire du salut en reconnaissant à Jean-Baptiste son rôle de précurseur, de prédécesseur. Il se situe dans une continuité dont témoigne toute l’Ecriture sainte avant lui. La continuité des patriarches, des prêtres, des prophètes et des rois, celle des auteurs des psaumes, et de tous ces croyants qui au cours des siècles témoignent de leur foi, simplement, et la mettent en pratique, dans leur entourage.

Historiquement déjà, Jésus est au milieu des siens. Il admet d’être précédé, entouré, désigné par cette succession de témoins, et en particulier par Jean le Baptiste qui l’identifie en tant qu’Agneau de Dieu, celui qui vient mettre fin à la culpabilité de l’humanité.

Pour un contemporain de Jésus, l’expression fait mémoire d’un événement essentiel de l’histoire de ce peuple. Agneau de Dieu : rappel d’un événement survenu durant la captivité en Egypte, des siècles auparavant. L’agneau sacrifié, dont le sang fut appliqué sur le montant des portes, en signe de purification et de protection, pour que l’ange ex­terminateur frappant le peuple de Pha­raon ne s’en prenne pas au peuple élu.

Agneau de Dieu : l’agneau sacrifié, con­sommé debout, avec herbes amères et pain sans le­vain, par le peuple prêt à partir du pays de l’esclavage. L’agneau sacrifié, signe de la li­béra­tion.

« Voici l’Agneau de Dieu. » A ces mots, les deux disciples de Jean se souviennent de toute l’Exode, l’histoire du peuple libéré, accompagné et conduit par Dieu. Dans ces quelques mots se concentre tout l’espoir d’un pays occupé par les Romains, privé de son auto­nomie, empêché de prendre en mains sa destinée. L’espoir d’une nou­velle, grande et efficace intervention de Dieu.

Historiquement déjà, Jésus est au milieu des siens. Il admet d’être précédé, entouré, désigné par cette succession de témoins, et en particulier par Jean le Baptiste qui l’identifie aussi en tant que Fils de Dieu, porteur de l’Esprit, « celui qui va donner l’Esprit aux êtres humains et rendre ainsi possible une nouvelle relation avec Dieu », comme l’écrit le professeur de Nouveau Testament M. Zumstein (Zumstein, L’Evangile selon Saint Jean 1-12, p. 83). Jésus est reconnu, et se reconnaît, comme l’un de ceux qui révèlent la présence de Dieu, la rendent vivante et vraie.

D’emblée Jésus choisit de ne pas faire tout seul.

Alors il commence par réunir une équipe. Et l’Evangile nous rend compte aujourd’hui de ce processus, de quelle manière va se constituer cette équipe. Nous allons partager quelques réflexions à ce propos.

Ce qui est intéressant dans cet extrait de l’Evangile de Jean, c’est que Jésus n’appelle pas directement ses trois premiers disciples. Il accueille simplement ceux qui viennent. Il y a de la spontanéité dans cette histoire ! Jésus est ouvert à l’imprévu, et d’une grande flexibilité, il accepte de ne pas tout contrôler. Les deux premiers sont des disciples de Jean le Baptiste. Accompagné de ce dernier ils entendent son témoignage, et l’appellation « Agneau de Dieu » est une sorte de déclic ! Jean le Baptiste ne les retient pas, Jésus les accueille, puis ils l’accompagnent volontairement. « Venez et vous verrez », c’est le seul impératif, mais il est prononcé après que les deux aient eux-mêmes fait la démarche.

Ensuite se produit une sorte de cooptation. L’un des deux, désigné par son prénom, André, rencontre son frère Simon Pierre, lui rend témoignage, et l’emmène voir Jésus. André tout fraîchement devenu disciple recrute déjà un autre disciple.

Sur l’impulsion de Jean le Baptiste, dans la même journée, se trouvent ainsi réunies déjà autour de Jésus trois personnes disponibles, convaincues, motivées. A noter qu’on ne connaît pas l’identité du troisième. Il reste anonyme, ce qui nous permet sans doute d’y reconnaître tous les disciples, tous les chrétiens, qui se sont approchés de Jésus et l’ont servi, durant des siècles, sans se trouver nécessairement sur le devant de la scène. Dans ce disciple anonyme, je nous vois, chacun et chacune d’entre nous, qui prenons notre part d’engagement et de service, par la prière, par des gestes d’entraide, par une disponibilité à accueillir et à écouter, par des compétences pratiques, techniques, d’administration ou de gestion. Je parle bien sûr de cet engagement et de ce service à l’intérieur de l’Eglise, mais qui « débordent » aussi à l’extérieur, et contribuent à son témoignage de la Bonne Nouvelle.

Nous n’avons pas lu la fin du premier chapitre de cet Evangile. Je la résume en disant que l’équipe autour de Jésus s’est ensuite agrandie par la venue de deux autres personnes. Ces deux personnes s’appellent Philippe et Nathanaël. Seul Philippe est appelé directement par Jésus, qui lui ordonne de le suivre. Et c’est par Philippe que Nathanaël est recruté, de la même façon que cela s’est passé entre André et Simon Pierre.

A la fin du premier chapitre donc, 5 personnes autour de Jésus, 5 disciples. Sur cet effectif, 80% est là grâce au témoignage, à l’engagement et à la parole d’une autre personne. La norme, dès le départ, pour l’Evangile de Jean, c’est ce témoignage des convertis. Je ne peux adhérer à la vérité de l’Evangile, je ne peux suivre le Christ, recevoir et accepter sa parole qu’à travers le témoignage de l’Eglise, c’est-à-dire de ceux et celles qui sont déjà réunis autour de Jésus, avec cette conviction qu’il change leur vie.

Alors à mon tour, en toute liberté, je peux dire oui, consentir à cette réorientation, être réconcilié avec Dieu, et devenir à mon tour porteur de cette vie nouvelle et témoin de cette réconciliation.

Quand je lis ce récit de l’Evangile me viennent encore d’autres réflexions, dont le texte ne parle pas comme telles.

L’une de ces réflexions est un constat. Les cinq personnes réunies autour de Jésus ne se sont pas choisis, en tant qu’équipe (même si individuellement deux d’entre eux sont allés chercher deux autres qu’ils connaissent). Cette équipe, en tant que telle, l’on n’a aucune garantie qu’elle fonctionne ! Au moment où elle est constituée, aucune certitude que la sauce prenne si j’ose dire, du point de vue de la répartition des tâches, du point de vue spirituel, affectif, social.

Vous avez ici des gens qui laissent leur famille, qui changent de statut, d’un certain métier à celui de disciple. Et vous avez les questions de leur formation, de l’adaptation mutuelle du point de vue des caractères, et la coordination des compétences, et la communication, et la collaboration.

Voici des questions que le texte n’aborde pas directement mais qui nous sont renvoyées, à nous qui nous savons choisis par le Christ, à titre personnel, mais qui ne nous sommes pas choisis en termes de communauté. Au même titre que je reçois le Christ dans ma vie, je reçois l’Eglise, ce rassemblement d’hommes et de femmes avec lesquels je ne me sentais à une certaine époque rien avoir en commun. Et dans ce partage d’une même foi il s’agit d’avancer ensemble.

Ce n’est pas donné au départ, ce n’est pas garanti. Ecoute mutuelle, formation, gestion d’équipe, coordination, communication, collaboration, nous n’en avons pas toujours conscience, mais cela fait partie des conditions du « vivre ensemble », des conditions nécessaires pour choisir des priorités, prendre des décisions, opter pour certains modes de faire, s’engager dans des activités.

Elle paraît toute simple, cette constitution d’une équipe autour de Jésus, et même assez peu professionnelle si l’on se base sur les critères et les méthodes actuelles en termes de RH. Je suis sûr que par la suite, cette équipe a passé par un certain nombre de discussions, de mises au point, de retraites, de colloques, pour atteindre son but : faire connaître l’Evangile. Bon, cela n’a pas si mal marché, puisque nous sommes encore là aujourd’hui pour en parler, et pour en vivre !

L’Evangile de ce matin se prolonge ainsi par ces questions actuelles dans notre vie d’Eglise, des questions qui concernent nos Paroisses et nos Régions, nos Conseils et nos Commissions à tous les échelons, nos colloques de ministres, et toutes les équipes qui prient, travaillent et s’engagent, nous tous en somme, pour que l’Evangile soit annoncé aux enfants, aux jeunes et aux adultes, en tous lieux et en tous contextes, dans notre société.

Je suis encouragé par ce texte, alors que nombreuses sont les voix critiques, dans notre société, sur la place et l’influence de notre Eglise dans notre monde. L’Evangile ne se situe pas sur le terrain idéologique, mais mise sur la transformation intérieure. Cette transformation intérieure élargit notre regard, nous fait nous rencontrer, nous accorder et travailler ensemble, avec tout ce que nous avons pu traverser, avec nos divergences, avec nos différences, avec nos diversités.

S’il n’y a effectivement pas de garantie que « ça marche », au moment où en Eglise des personnes se réunissent, et en particulier y prennent des responsabilités, l’Esprit Saint agit, parfois comme « en tâche de fond » selon le langage de l’informatique, c’est-à-dire sans que nous ne nous en apercevions.

Et l’Esprit Saint nous fortifie pour « faire équipe », pour décider, nous engager et agir ensemble.

Amen.

DEO GRATIAS