Paroisse de Morges-Echichens

Culte du dimanche 9 septembre 2018 – Temple de Morges et temple d’Echichens

prédication de Christophe Peter

 

 

Lectures :

  • Deutéronome 8, 2-6
  • Epître de Jacques 1, 12-18
  • Marc 7, 1-13

 

 

Prédication :

 

« Nous ne savons pas ce que sera la vie sur terre dans 30 – 50 ans, mais nous devons agir dans l’optique d’une biodiversité victorieuse ».

C’est à peu près en ces termes – je cite de mémoire – que s’exprime l’astrophysicien Hubert Reeves dans le documentaire « La terre vue du cœur » qui a été projeté à l’Open Air de Morges.

 

L’humanité est confrontée à un défi énorme en lien avec l’évolution de son environnement : le débat est nourri autour du réchauffement climatique : quel est le degré d’urgence ? Est-il encore possible d’y changer quelque chose ? Difficile de s’y retrouver… Les militants écologistes sont jugés trop alarmistes. Le milieu scientifique n’est pas unanime. De gros lobbies financiers ont intérêt à ce que rien ne soit remis en question dans l’activité humaine basée sur la croissance.

Et le sentiment d’impuissance est abyssal.

 

« Nous ne savons pas ce que sera la vie sur terre dans 30 – 50 ans, mais nous devons agir dans l’optique d’une biodiversité victorieuse ».

Cela signifie qu’il faut agir comme si ce n’est pas trop tard. Une option de lutte, une option responsable et misant sur l’espoir.

La complexité de l’environnement est si grande et nos connaissances sont si limitées qu’il sera trop tard quand toutes les preuves irréfutables seront réunies et que tous les rouages du dérèglement climatique seront mis à jour.

Evaluer l’état d’un pont, nous savons le faire. Et même là, nous peinons à agir à temps.

Alors face à la dégradation de l’environnement, une action décisive à large échelle semble bien difficile.

 

Pas évident d’oser changer notre modèle de civilisation fondé sur la croissance. Le défi est en partie spirituel :

Même si c’est l’enfer, il est difficile de quitter ce que je connais. Sauter dans l’inconnu fait peur… Ai-je assez de preuves pour être sûr que ce sera mieux dans l’inconnu ?

Ce fut le cas pour le peuple hébreu quittant l’esclavage en Egypte. Il en est de même dans les situations de violence conjugale où la victime peine à fuir pour trouver protection. Il en est encore de même pour les migrants qui quittent leur terre. Tellement difficile d’oser faire le pas dans l’inconnu.

Quitter le modèle de civilisation basé sur la croissance… Pourquoi est-ce si difficile ?

Je me trouve assailli de plein de questions : aurai-je assez pour vivre, qu’est-ce qui va changer dans mon quotidien, qu’en sera-t-il de ma retraite ? Des questions pour lesquelles je ne trouve pas de réponses et qui poussent à attendre, à tergiverser. Je ne suis pas encore totalement obligé de quitter le mythe de la croissance.

 

Un article m’a interpelé dans ce questionnement : Le Temps faisait état le 24 août de l’enquête menée par le New York Times retraçant comment la planète avait raté son rendez-vous avec le climat : Tout s’est joué de 1979 à 1989, «une décennie au cours de laquelle nous avions de bonnes chances de résoudre la crise climatique». On savait déjà presque tout sur le réchauffement climatique en 1979, quand à Genève, lors de la première Conférence mondiale sur le climat, les scientifiques de 50 pays unanimes estimèrent qu’il était «urgent d’agir».

Pourquoi l’humain a-t-il tant de peine à tenir compte de ce qu’il connaît, de ce qu’il a appris ?

Pourquoi lui faut-il toujours demander d’autres preuves ?

 

Les textes du jour sont venus en résonnance avec mes questionnements et donnent un éclairage :

  1. Epître de Jacques invite à la reconnaissance pour la vie : tout ce qui nous arrive de bon, tous les plus beaux cadeaux viennent d’en haut, de Dieu le créateur. Rappelons-nous que la biodiversité est un magnifique cadeau. Nous découvrons progressivement, et malheureusement au fur et à mesure qu’elle est mise à mal, combien elle est essentielle pour que la vie puisse se développer.
  2. Ev de Marc : Jésus s’en prend à ceux qui argumentent pour détourner de l’essentiel de la Loi divine. Ces pharisiens qui prétendent connaître parfaitement la loi de Dieu et qui incitent à l’inaction envers des parents qui ont besoin d’aide. Cela ne fait-il pas penser à tous les discours qui relativisent les conséquences néfastes de l’activité humaine et poussent à l’inaction pour protéger des intérêts immédiats ?
  3. Dans le Deutéronome, nous découvrons un Dieu pédagogue. Dieu avait fort à faire avec un peuple qui refusait d’apprendre et qui avait tendance à rejeter ce qui lui avait été enseigné. Dieu est patient.

 

Ainsi depuis bien longtemps, l’humanité peine à apprendre, à véritablement intégrer les connaissances accumulées, elle a tendance à faire les mêmes erreurs.

Quitter le mythe de la croissance… C’est peut-être déjà accepter que l’humanité peine à progresser.

Elle accumule des connaissances nouvelles et cela est fascinant et extraordinaire, mais elle n’en fait pas forcément bon usage.

Des forces destructrices sont aussi à l’œuvre : l’humain peine à maîtriser sa soif égocentrique de tout posséder. Il lui faut toujours plus. Les intérêts à court terme l’emportent trop souvent.

L’humain est difficile à éduquer.

 

Quitter le modèle de civilisation basé sur la croissance à tout prix… C’est difficile.

 

Abraham, lui, a osé tout quitter et faire confiance à la promesse de vie de Dieu.

Quelle promesse de Dieu pouvons-nous discerner aujourd’hui pour notre monde ?

Et si, comme Hubert Reeves, nous choisissions la vision de la biodiversité victorieuse comme étendard. Cette biodiversité, comme un cadeau d’en haut (ép Jacques) qui nous est donné et dont nous devons prendre soin.

Favoriser la biodiversité devient ainsi un critère dans nos choix, une aide pour oser quitter la logique de la croissance, une aide pour chercher une cohérence dans notre quotidien. Quand nous nous observons, c’est terrible de voir comment la logique de croissance s’impose à nous et nous pousse à commettre des contradictions.

Cette option de la biodiversité victorieuse est donc une lutte, déjà avec nous-même, et ouvre des perspectives nouvelles où nous cherchons l’équilibre entre donner et recevoir. De multiples actions prometteuses existent, naissent…

Ne nous lassons pas de les découvrir, de les faire connaître pour que le critère de la biodiversité victorieuse se répande.

D’ailleurs nos œuvres d’entraide s’engagent dans cette lutte pour la biodiversité et PPP, notamment, a toujours eu un rôle de lanceur d’alerte.

Le critère de la biodiversité victorieuse est fédérateur.

 

Amen